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DEUXIÈME PARTIE

Les diverses parties de la plante.

Pour définir le développement d'un principe immédiat léterminé, il convient de préciser d'abord la marche générale de la végétation, à un double point de vue, savoir :

1° La composition relative et Taccroissement des diverses parties de la plante :

Feuilles, tige, racine, inflorescences, etc. ; 2° La formation et l'accumulation des principes immédiats et matériaux essentiels :

Principes ligneux, principes albuminoïdes, hydrates de carbone solubles (extrait), sels de potasse,matières fixes insolubles. Cette étude doit être accomplie aux différentes époques de la végétation et dans les diverses parties de la plante; elle doit être contrôlée en répétant les expériences sur plusieurs espèces, les conclusions n'étantstrictement applicables qu'aux groupes mêmes des plantes examinées.

Comparons d'abord les poids relatifs des diverses parties de la plante, ces parties étant pesées à l'état sec. Nous y joindrons le poids total, comme terme de comparaison ; ce poids n'ayant d'ailleurs rien d'absolu et étant susceptible de varier d'un pied à l'autre, entre des limites étendues.

Nous avons opéré sur dix espèces distinctes, dont la plupart appartiennent à la famille des Amarantacées, toutes génératrices du salpêtre, l'un des objets essentiels de notre recherche.

L — Bourrache

Soit d'abord la Bourrache {Borragoofficinalis), Borraginées. Voici les poids de la plante et de ses diverses parties, à

différentes époques et sur des échantillons placés dans des conditions de végétation différentes.

1. On a pesé un lot de graines et on a trouvé, pour le poids d*une seule graine, la valeur moyenne :

o»',oi5o8, humide,

Eto^^oiSg, sec.

Ainsi, la graine contenait 8,7 centièmes d'eau.

2. Une première analyse, faite le 26 avril i883, a porté sur le végétal entier, le poids de la plante étanttrop faible pour se prêter à des études de répartition.

Nous avons trouvé :

Poids moven d'un' végétal.

gr. gr.

Poids de 6 végétaux humides o,3483 o,o58o5

Après dessiccation à 110° 0,1012 0,01687

3o autres végétaux avant dessiccation >

pesaient ) ^ '

On voit que le poids moyen d'un végétal humide, dans son état normal et à ce moment, était voisin de 08^% 060.

Le poids d'un végétal sec a varié de o»',oi49à os^^oiôq. Sur 1 00 parties, i végétal renfermait :

Matière sèche 39,05

Eau 70,95

Le poids du végétal sec, à ce moment, différait peu de celui delà graine ; le poids de la portion des tissus détruits, ou disséminés dans le sol, compensant celui des organes de nouvelle formation. Mais la quantité d'eau avait augmenté considérablement : elle avait passé de o»'',oii ào»'',o4i.

La végétation a été peu active à ses débuts, à cause de la température demeurée assez basse. Un mois après, la végétation avait acquis une certaine puissance, et nous avons

fait de nouvelles analyses, en séparant cette fois la plante en ses différentes parties.

3. 29 med 1 883. Nous avons trouvé, en opérant sur trois pieds :

Pour un pied moyen.

Poids des feuilles (limbes) à Tétat humide. 23,65 7,88

Poids des tiges, pétioles, grosses nervures, / ^ c - 35

réunies, humides > * '

Poids des racines et radicelles de 4^ pieds. 15,70 0,89

L'infloresce n'existait pas encore 0,0 0,0

Poids d'un pied moyen (humide).. . i3,62

Après dessiccation :

Les feuilles furent réduites à 3»%o44 ; soit 12,9 centièmes du poids de la matière humide.

Les tiges, pétioles, etc., se réduisirent à i^^^o^ji^ ; soit 6,7 centièmes du poids de la matière humide.

Les racines à i»'*,883i ; soit 12 centièmes du poids de la matière humide.

On voit que la dose de Teau dans les tiges et pétioles était à peu près double de ce qu'elle était dans les feuilles ou les racines ; probablement parce que les tiges, pétioles, nervures, sont le siège principal de la circulation des liquides.

La proportion de la matière sèche dans le végétal entier était de 10,4 centièmes

Les poids précédents, rapportés à un pied moyen, donnent :

gr-

Feuilles 1 ,oi5

Tige, pétioles, nervures 0,3575

Racines et radicelles 0,047

Poids total d'un pied sec i ,4*9^

La proportion relative des diverses parties est la suivante, sur 1 00 parties :

P lant e humide. sèche-.

Feuilles 57,9 71,5

Tige et pétioles 89,3 25,2

Racines et radicelles 2,8 3,3

Inflorescences 0,0 0,0

Poids total de la plante. i38r«*,62 i»^4ï95

On voit que le poids total de la plante, dans son état d'humidité naturelle, était devenu 23o fois aussi considérable que celui de la graine. A Tétat sec, il avait augmenté dans la proportion de i à 90.

L'eau s'était accrue également, et même en plus forte proportion relative ; car elle avait passé de la dose de 8,7 centièmes (graine), à 71 centièmes (jeune plante); puis à 90 centièmes.

La plante contient donc à ce moment, absolument et relativement, beaucoup plus d'eau qu'aux débuts de la végétation : circonstance qui coïncide avec une proportion plus grande des principes solubles et avec une activité plus grande de l'évolution physiologique.

4. La végétation poursuivant son cours, les inflorescences se montrèrent. Cependant, le 12 juin, elles n'avaient pas encore donné naissance a des fleurs apparentes. A ce moment, on a prélevé quatre pieds pour les analyses. Mais nous croyons inutile de reproduire toutes les données de nos cahiers d'analyse, avec la même minutie que ci-dessus ; il suffit d'avoir donné une notion précise de la marche suivie, et nous nous bornerons désormais à transcrire les données fondamentales. Ces données suffiraient d'ailleurs pour reconstituer tous les chiff*res, si l'on en éprouvait le désir.

Nous avons trouvé le 1 2 juin :

Poids moyen d'une plante humide 25,509

Poids moyen d^ne plante sèche 2, 127

Composition relative :

Matière sèche 8,66

Eau 91,34

Rapport delà Poids matière sèche

de la à la

matière sèche, matière humide

pour 100 parties dans

du végétal. chaque partie.

Feuilles 38,7 ' ' »^ centièmes

Tiges et pétioles.... 17,2 5,o »

Radicelles 4,5 17,5 »

Inflorescences i4t4 ^3,6 »

Total 100,0 Rapport moyen. 8,7 »

Poils i5,9 »

A ce moment, les poids relatifs de Teau et de la matière sèche ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui ont été observés dans la période précédente, soit dans la plante totale (8,7 au lieu de 10,4), soit dans chacune de ses parties.

Feuilles 1 1,5 au lieu de 12,9 centièmes

Tiges 5,0 » 6,7

Racines 7,5 » 12,0

On voit cependant que l'eau a augmenté partout.

Enfin, aux deux moments envisagés, Teau est toujours prépondérante dans la tige et les parties congénères, siège principal de la circulation.

A cet égard, l'analyse comparative des racines et des radicelles est instructive, les radicelles étant bien moins aqueuses; car les racines contiennent 7,5 centièmes de matière sèche et 92,5 d'eau, et les radicelles 17,5 centièmes de matière sèche et 82,5 d'eau.

De même les poils (i5,9 centièmes de matière sèche), comparés à la tige et aux pétioles (5 centièmes de matière sèche). j. Comme terme de comparaison, nous avons cru utile

40 LIVRE 1. — GHAP. I. — 2* PARTIE.

d'examiner le même jour (12 juin) un pied de la même plante, dont la végétation avait eu lieu moins régulièrement et qui était un peu étiolé.

Voici les poids observés :

deU Poids mat. sèche

de la au poids

mat. sèche delà

pour mat. humide 100 parties dans

Humide. Sec. du végétal, chaque partie.

gr. gr. centièmes centièmes

Feuilles i5,554 1,307 :)3,4 8,40

Tige et pétioles i4,oi3 0,753 3o,8 5,37

Racines 1,628 0,1 56 6,4 9,57

Inflorescences 2,116 o,23o 9,4 10,88

Total 33,3 II 3,446 100,0 7,34

Un certain nombre de feuilles jaunies ont été examinées séparément. Par suite de leur état physiologique, elles avaient déjà perdu la plus grande partie de leur eau primitive ; car elles contenaient 78,7 de matière sèche.

Mais si Ton met ces feuilles à part, on voit que les autres parties, demeurées vertes, n'ont pas changé notablement dans leur état d'hydratation.

La proportion des racines et des inflorescences, relativement au reste de la plante, est moindre que dans l'autre analyse. Mais ceci peut tenir à une différence individuelle.

6. Une autre analyse a été faite sur un pied de Bourrache arraché le 24 juillet i883. Par suite d'un accident, les pesées ont été faites seulement vingt-quatre heures après l'arrachage : aussi les doses d'eau sont-elles bien moindres que dans les analyses précédentes. En effet, on a trouvé sur 100 parties de chaque portion :

Matière sèche.

Feuilles 19,2 centièmes

Tiges, etc n , i » •

Racines, etc 12,1 »

Inflorescences 16,0 »

En raison de cette circonstance, nous avons cru devoir éliminer cette analyse ; le commencement de dessiccation spontanée de la plante ayant pu altérer la répartition des principes solubles.

7. Le 7 septembre, la végétation de la Bourrache touchait à son terme, la floraison était terminée et la fructification s'accomplissait. En même temps un certain nombre de pieds avaient éprouvé une dessiccation spontanée, plus ou moins avancée. C'est pourquoi la dose de l'eau n'a rien d'absolu. Trois analyses complètes ont été efîectuées; il suffira d'en donner ici deux.

Première analyse; plante en bon état, un pied :

Rapport

de la

mat. sèche

au poids total

dans

Humide. Sec. chaque partie.

gr. gr. centièmes

Feuilles 8,o3 6,o43 76,0

Tiges. 120,00 35,a59 21,0

Racines '8,77 2,862 i5,2

Inflorescences '12,01 16,100 38,3

On déduit de ces nombres la composition centésimale

suivante :

Poids relatifs.

Feuilles 12,0 centièmes

Tiges, etc 5o,3 »

Racines 5,7 »

Inflorescences 32, o »

Plante sèche, poids total : 5o»'',254.

8. Donnons encore les nombres suivants, relatifs à une plante séchée sur pied, qui a été isolée et soumise à l'analyse le même jour. Ici les doses d'eau ont moins d'intérêt.

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Poids total de la plante humide : îo8^%7i ; Plante sèche : 34^^073.

Rapport du poids de la matière sèche Poids à celui

de la de la

mat sèche matière humide

pour 100 parties dans

du végétal total. chaque partie.

centièmes

Feuilles 20,0 86,9

Tiges, etc 4^.0 81,1

Racines 8,6 82,0

Inflorescences, etc 28,4 84 j

100,0 Plante totale. .. . 88,7

D'après l'ensemble de ces données, on voit d'abord que, pendant le cours annuel de la vég-étation, le poids absolu de la plante et celui de ses diverses parties vont en croissant ; ce qui est parfaitement connu d'ailleurs. Une graine de bourrache, pesant ()»'',oi39 à l'état sec, a fourni ainsi une plante pesant jusqu'à à 5o»',254 : toujours à l'état sec.

En outre, la tige devient de plus en plus prépondérante par rapport aux feuilles ; le rapport des poids de ces deux portions de la plante au poids total du végétal ayant présenté les valeurs successives que voici :

Feuilles. Tiges.

29 mai 71,5 îî5,2

2 '1 juillet 19,2 II, I

7 septembre ] ,«'

On voit que le rapport de la tige aux feuilles a passé de% I : 3 à 2 : I et même jusqu'à 4 : j ; c'est-à-dire que le poid^ relatif de la tige augmente sans cesse, tandis que celui des=^ feuilles diminue.

La racine a joué un instant le rôle d'une réserve, où le ^ matières formées par la plante se sont accumulées.

En effet, le 29 mai, elle formait 3, 3 centièmes du poids total de la plante.

Le 1 3 juin 29,7 centièmes

Le 7 septembre i * '

Cependant, aux débuts comme à la fin de la vég-étation, la proportion relative de la racine est faible.

Les inflorescences jouent un rôle à part : leur importance croissant avec celle des fonctions de reproduction, à mesure que la végétation s'avance.

Leur poids, d'abord nul (29 mai), s'élevait, par rapport à la plante sèche :

.... ( i4f 4 centièmes

Le 27 lum a ] ;

Le 6 septembre -, J ,

Dans cet intervalle, la plante avait développé successivement sa floraison et sa fructification.

Pour analyser plus complètement les phénomènes, nous avons cherché à écarter Tinfluence des fonctions de reproduction sur la végétation. A cet effet nous avons analysé :

D'abord un pied, à végétation vigoureuse, mais retar- <iée, sur lequel les inflorescences s'étaient à peine développées ;

Puis un pied normal, sur lequel nous les avons écartées dans le calcul de l'analyse ;

Et enfin un autre pied, sur lequel elles ont été systématiquement retranchées, au fur et à mesure de leur apparition ^t pendant deux mois et demi, c'est-à-dire pendant toute la ^Urée de la végétation. Tout se réduit alors aux fonctions de 'Nutrition.

Toici ces trois analyses, qui sont fort instructives.

•'l4 LIVRE I. — CHAP. I. — 2* PARTIE.

9. 22 juin i883. Pied vigoureux sans inflorescences sensibles (végétation naturelle retardée) :

Rapport de la Proportion mat. sèche

cen- à la

tésimale. mat. humide Végétal dans

Humide. Sec. sec total, chaque partie.

gr. gr. centièmes

Feuilles '17,0 7,073 34,3 i5,o

Tiges ii3,5 8,8i3 42,7 7,7

Pétioles et grosses nervures. 33,o 2,773 i3,4 8,7

Radicelles 4»o o,563 2,7 18,9

10. 3o juin i883. Pied dont les inflorescences ont été écartées au moment de l'analyse :

Humide. Sec.

Feuilles 3,398 3 1 ,5 centièmes

Tiges et pétioles. .. . 10,070 58,8 »

Racines i ,656 9,7 m

11. 7 septembre i883. Pied dont les inflorescences avaient été détruites systématiquement au fur et à mesure, pendant deux mois et demi de végétation :

Rapport delà Proportion mat. sèche

cen- à la

tésimale. mat. humide Végétal dans

Humide. Sec. sec total, chaque partie.

gr. gr. centièmes

Feuilles 10,21 8,20 17,4 8o,3

Tiges 220,00 34,35 72,8 i5,6

Racines 32,i8 4,61 9,8 14, 3

On voit que la prépondérance de la tige s'accentue davantage, et cela d'autant plus que la végétation de la plante

poursuit plus loin son cours; car elle forme, le 22 juin, 42,7 centièmes du poids total.

Au lieu de ! . o o l 12 juin.

Et 72,8 centièmes le 7 septembre,

Au lieu de . 1 5o,3 dans un pied qui a fructifié.

Ainsi la suppression des organes de la reproduction dans la plante profite à la nutrition générale : phénomène qui se produit aussi chez les animaux, et qui est utilisé couramment sur les bêtes destinées à Talimentation humaine.

A un autre point de vue, on peut remarquer que la plante annuelle privée d'inflorescences tend à se rapprocher de plus en plus par sa composition des arbres et des végétaux permanents.

Tels sont les résultats généraux fournis par Tétude du développement comparatif des diverses parties et organes d'une plante annuelle ; ils seront confirmés dans les parties suivantes par l'analyse et la détermination de la composition immédiate de chacune de ces parties.

Mais auparavant il importe de poursuivre l'exposition des résultats observés sur d'autres espèces que la Bourrache. En effet, le nombre des végétaux est si grand, et les conditions de leur vie sont tellement variées, que l'on ne saurait espérer les éclaircir d'une manière générale par des études faites sur une espèce unique. La discussion immédiate de celles-ci, envisagées isolément, nous a paru indispensable pour préciser le problème et le rapporter à des données bien définies : c'est à ce titre que nous avons exposé d'abord nos recherches sur la Bourrache. Mais, pour parvenir à des

notions plus générales, nous avons jugé nécesscdre d'étudier simultanément la marche annuelle de la végétation dans neuf autres plantes, toutes choisies d'ailleurs, sauf une, dans le groupe de celles qui produisent le salpêtre en abondance ; attendu que nous nous proposions comme objet final Tétude même de la production de ce principe immédiat.

Nous allons donner les tableaux qui résument cette vaste série d'analyses, en en comparant brièvement les résultats avec ceux que nous venons de publier plus en détail sur la Bourrache.

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