‹ Collection des constitutions (volume 3)Chapitre 112 sur 118 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

4 l8 VILLES ANSÉA.T1QIJES.

tïommerciale,et c estce qui la distingua spécialement de toutes les institutions analogues, anciennes et modernes.

La hanse se trouva en moins de trente ans en possession d'un commerce immense; et bientôt on y compta les principales villes de l'Europe: elle portait les productions du nord dans tous les ports de l'Europe , et les y échangeait contre les marchandises du midi et de l'orient. Ce commerce se faisait principalement par ses quatre grands entrepôts , Londres, Bergen en Norvège, Novogorod en Russie , et Bruges en Flandres. La direction générale des affaires était confiée à quatre autres villes dont chacune en avait un certain nombre qui formaient son département: c'étaient Lubeck , Cologne, Brunswick et Dantzick ; mais Lubeck entre ces quatre était investie d'une sorte de directorial

« Par cette forme d'administraticn sage et compassée sur » l'intérêt général et particulier des villes confédérées par » une industrie et une persévérance supérieures à tous les » obstacles, mais surtout par une concorde bien rare entre » des corps séparés par de vastes espaces régis par des lois » et des coutumes essentiellement différentes et que le com- » merce seul avait réunis, la hanse teutonique se soutint 5> pendant près de trois cents ans à un point de prospérité » dont jusqu'alors il n'y avait point eu d'exemple, enrichissant » l'Allemagne des dépouilles de l'univers, respectée et favo- » risée par les nations les plus éloignées, faisant trembler » plus d'une fois des voisins jaloux de ses succès et disposant » des trônes de Suède et de Danemark, à l'aide d'une ma- » rine militaire qui n'avait pas son égale dans tout le reste » de l'Europe. La découverte des Indes sapa enfin les fonv démens de cette grandeur, etl'esprit de commerce se rani- » mant tout d'un coup chez toutes les nations, mit des en- » traves à celui de cesfiers confédérés. L'assujettissement ab- » solu des villes provinciales à leurs souverains territoriaux » rompit les liens qui s'étaient formés et entretenus jusqu'à- » lors entre des villes médiates et immédiates j et la jalousie

VILLES ANSÉATIQUES. j±lQ

* de Charles V qui voulait concentrer dans les Pays-Bas ^ » le commerce de l'univers consomma la destruction dé cette » formidable hanse. La ligue fut entièrement anéantie vers » le milieu du 1 6e siècle , et il n'y a plus que les villes deLu^ » beck, de Bremen et de Hambourg qui , conservant le nom » de villes anséatiques , rappellent encore le souvenir de » son existence, et jouissent à l'ombre d'une qualité toujours » respectée -, d'une partie des privilèges que l'ancienne hanse » teutonique avait obtenus des puissances étrangères (1). *

Il est facile de reconnaître les causes de la décadence et de la chute de cette fédération commerciale ; c'était une situation sociale qui l'avait fait naître, et elle accéléra puissamment le mouvement des esprits qui en appelait le terme. Mais il arriva que, lorsque les couronnes eurent reconquis partout , sur le régime féodal, les droits de la communauté , Cette institution devenait inutile, nuisible même, puisqu'elle eût arrêté les efforts individuels des gouverneniens et des nations ; dès-lors elle dut déchoir et succomber enfin.

Deux des trois villes anséatiques, Lubeck et Brêmen, étaient dans l'ancien empire au rang des villes impériales , et sié^geaient à la diète en cette qualité. Hambourg n'avait pas pu obtenir ce titre. Cette fédération , considérée plutôt comme association municipale que comme puissance politique, n'avait pas droit d'ambassade ; elle traitait de ses intérêts commerciaux par députés.

Après avoir fait partie de l'empire français, les trois villes anséatiques ont été rendues à l'indépendance par la dissolution de la monarchie napoléonienne. On va lire la constitution de chacune d'elles; au reste elles sont unies comme autrefois par un lien fédératif, et c'est encore à Lubeck qu'appartient le directoriat et la décision des affaires communes.

(i) Histoire du droit public d'Allemagne , par M. Pfeifel , tora. i,

%îO CONSTITUTIONS

Page 1