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CHAPITRE II

De ia conquête des Normands jusqu* à ta grande Charte.

Guillaume ne fat pas paisible possesseur de son nouveau royaume. De fréquentes révoltes éclatèrent, surtout pendant son absence; mais toujours vaincus, les Anglais furent enfin obligés de se soumettre. Il est difficile de savoir si la rébellion de ses sujets fut provoquée par la pesanteur du joug qu'il leur imposa ; ou si ce ne furent pas au contraire les séditions réitérées qui l'amenèrent à gouverner d'une manière tyrannique ; du moins est-il certain que beaucoup de terres furent confisquées , et formèrent des fiefs que Guillaume donna comme récompenses à ses officiers.

Le nom d'Anglais fut un titre d'exclusion de tous les emplois, la langue anglaise fut même proscrite; on enseigna le normand dans les écoles publiques , et cet idiome fut seul employé dans tous les actes de l'autorité , jusqu'au règne d'Edouard III.

Comme nous l'avons déjà indiqué , ce fut Guillaume qui porta en Angleterre le régime féodal proprement dit. La manière dont il fut établi, et l'influence que durent nécessairement avoir sur ce régime les institutions préexistantes , lui donnèrent un caractère bien différent de celui qu'il avait en France. Aussi voyons-nous qu'il a eu dans les deux pays des résultats tout opposés.

En France , la souveraineté du roi, à l'égard des grands vas-

{{) L'Europe au moyen âge, tome 2, page 5'o.

Dû GOUVERNEMENT d'anGLETERRE 5o5

saux , n*était qu'un vain titre ; ceux-ci s'étaient arrogé le droit de faire la guerre entre eux ; ils la firent souvent au roi luimême ; d'ailleurs le monarque n'avait aucune autorité féodale sur ses arrière- vassaux.

En Angleterre, au contraire, Guillaume, en donnant des fiefs à ses généraux, s'attribua toujours sur eux une puissance réelle , et les soumit à des charges qu'il imposa comme conditions de ses libéralités : en outre il conserva une partie de l'autorité sur ses arrière-vassaux, et reçut, en io85 , le serment de fidélité de tous les possesseurs de terres , tant arrièrevassaux que vassaux immédiats. Enfin , la cour souveraine du roi ( Auta Régis ) , les tribunaux des comtés et des àundred restraignaient beaucoup la juridiction des cours seigneuriales. Rien de semblable n'existait en France.

Il faut remarquer en outre que les fiefs d'Angleterre étaient bien moins considérables que ceux de France, et que par conséquent les seigneurs avaient moins de moyens pour se soustraire à l'autorité royale ; enfin ( ainsi que l'a remarqué Delolme ), « les différens ordres du gouvernement féodal an- » glais étaient liés les uns aux autres par des tenures exacle- » ment semblables ; ce qui était vrai vis-à-vis du seigneur » suzerain en faveur d'un seigneur dominant , était vrai vis- » à-vis de celui-ci en faveur du seigneur d'un ûet servant ; >> ensorte que les seigneurs étaient , aussi bien que le peuple , soumis aux rigueurs du régime féodal (i).

De là , il est arrivé qu'en France , le roi et le peuple ont eu également intérêt de renverser le régime féodal; le roi, pour diminuer l'autorité des seigneurs , rivale de la sienne ; et le peuple , pour se soustraire à un joug odieux : mais les communes , lorsqu'elles ont été affranchies, se sont trouvées en

(i) Ils étaient même assujétis aux lois de forêt : par ces lois, Guiliaumele-Conquérant s'était réservé le droit exclusif de la chasse, et avait établi les châtimens les plus terribles contre ceux qui chassaient sans sa permission : on crevait les yeux à quiconque tuait un cerf, un sanglier, ou même un lityre , et cela, dans un temps où le meurtre d'un homme n'était puni que dune amende

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