TOME I
5o GOUVERNEMENT DE FRANCE,
repousser d'injustes aggressions, et pour établir quelques règles
de police. C'est ce qu'on appelle le droit de commune ou de
comm^unauté.
Le nom de Louis-le-Gros €st à jamais fameux dans nos annales , parce que c'est au règne de ce roi que se rapportent les premières chartes d'affranchissement et de création des communes. Ce prince voulut-il faire le bien , ou seulement retirer de l'or de ses sujets? c'est ce qu'il est difficile de savoir: mais , dans le dernier cas même, «il faudrait encore le louer, » dit l'abbé M ably , de ne l'avoir pas pris sans rien accor- » der (i). »
Ces chartes sont les monumens les plus intéressansde notre histoire. Elles sont les premières conquêtes de l'esprit de la civilisation sur la barbarie. Elles font connaître les âges désastreux où elles naquirent ; là est le berceau de notre industrie , de nos arts et de nos libertés.
Les communes se multiplièrent rapidement , parce que les seigneurs, n'y voyant qu'un autre moyen d'obtenir de l'argent, vendirent aussi des chartes.
Les communes formèrent les villes.
Les communes purent se choisir des magistrats , créer des compagnies de milice, garder leurs fortifications, et repousser la force par la force. Les roisfurent quelquefois, d'abord garans des conventions entre le seigneur et les affranchis, puis médiateurs dans leurs différens, puis enfin souverains uniques des uns et des autres.
Ainsi fut puissamment neutralisée l'action du gouvernement féodal.
§ XXIL
Philippe- Auguste. (i3' siècle.) Le pèlerin qui entraînait tout l'Occident vers le tombeau de Jésus-Christ , changeait la face de l'Europe , et portait aux institutions féodales un nouveau coup.
(i) Observations sur i' Histoire de France, tom. ii.
jusqu'à l année 178g. 5i
Les croisades ruinèrent plusieurs grands vassaux , et relevèrent les rois , chefs naturels de ces entreprises. Elles opérèrent une espèce de renouvellement parmi les barons de la chrétienté. On n'a pas remarqué en outre quelle influence dut avoir sur les mœurs et les idées le séjour de TOrient, et combien le spectacle du despotisme des califes , et de la soumission aveugle de leurs sujets, put contribuer à fonder l'autorité royale des princes chrétiens.
Philippe-Auguste est en quelque sorte le premier roi de France de la troisième race.
Voici l'événement qui établit sa puissance. Le roi d'Angleterre était alors vassal du monarque français, parce qu'il possédait plusieurs fiefs dans le royaume. C'était ce Jean-Sans- Terre , dont la grande charte et les crimes ont éternisé le nom , qui régnait alors dans l'île Britannique. Meurtrier de son neveu Arthur , duc de Bretagne , il fut cité devant le tribunal des grands vassaux de la couronne de France ; il refusa de comparaître. Le tribunal porta un arrêt de confiscation de tous ses domaines ; les grands vassaux aidèrent eux-mêmes Philippe à exécuter cet arrêt fameux; et Philippe, en acquérant la Normandie, l'Anjou , le Maine, la Touraine, le Poitou , le Vermandois, l'Auvergne et l'Artois, cessa d'être l'égal des possesseurs de grands fiefs , put solder une armée, et humilier leur orgueil au moyen de cette grande innovation.
Ici , nous devons nous occuper de l'un des points les plus ii]itéressans de notre ancien Droit public.