‹ Collection des constitutionsChapitre 26 sur 169 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

Du Concordat,

Les ^vénemens réunirent Léon X et François I". Il fut question de terminer, par un concordat, les différends relatifs aux affaires ecclésiastiques. Alors se fit, dit notre historien Mézerai, l'échange le plus bizarre. Le chef religieux prit le temporel, et laissa le spirituel au chef politique. La pragmatique sanction fut abrogée , et en outre anathématisée par une bulle particulière du pontife; la liberté des élections abolie, et la nomination des évêques déférée au monarque : mais les précieuses annates furent, en retour, rendues à la cour romaine.

y 2 GOUVEPlNEMENT de FRANCE,

Tous les ordres de l'État se récrièrent contre le concordat , et demandèrent le maintien de l'acte qu'il abolissait. Le parlement refusa long-temps de l'enregistrer; il obéit enfin , mais en insérant que c'était par V ordre du roi ; et il fit , peu de jours après, une protestation par laquelle il déclarait qu'en publiant ce concordat, il n'entendait ni l'approuver , ni l'autoriser, ni même avoir l'intention de l'observer. L'université était allée plus loin encore : elle avait défendu de l'imprimer. Il est à remarquer que le rétablissement de la pragmatique sanction a été plusieurs fois sollicité depuis, soit par les étatsgénéraux , soit par les assemblées du clergé lui-même , et que le concordat a communément été regardé comme une altéra-^ tion des lois fondamentales de l'Eglise gallicane.

§ XXXYIL

Du Concile de Trente.

Il y a deux choses distinctes à considérer dans les décrets du concile de Trente : le dogme et la discipline. Les décisions dogmatiques n'ont point été admises et publiées en France , suivant les formes ordinaires, pas plus que les articles de réformation. C'est sous cette dénomination que les actes du concile désignent ce qui est relatif à la discipline ; mais il a été constamment reconnu et proclamé que les principes de foi professés dans le royaume étaient parfaitement les mêmes que ceux que le concile avait exprimés. Les articles de réformation, au contraire, ont toujours été tenus pour manifestement attentatoires, du moins en partie, aux libertés de l'Eglise gallicane et aux droits de la couronne.

On peut donc poser en principe que le concile de Trente n'a point été admis en France ; mais il faut ajouter que les décisions que renferment les actes de ce concile , conformes à nos antiques franchises ecclésiastiques, ont été consacrées par l'usage de l'Église , et ont pu faire autorité , non pas à la vérité comme émanées du concile de Trente spécialement , mais comme exprimant des règles constantes et antérieures

jusqu'à l'année 1789. 75

4e l'Église catholique. Il ne faut pas d'autre preuve qu'on n'a jamais pu invoquer légalement dans le royaume le concile de Trente, que l'ordonnance de Blois, portée par Henri IIÏ , en 1576, et où divers articles de discipline furent extraits des actes du concile , sans que le nom même de cette assemblée fût prononcé.

En 1682, le génie et l'éloquence de Bossuet firent arrêter dans une assemblée du clergé quatre articles fameux qui consacrèrent invariablement les antiques libertés de l'Eglise

gallicane.

g XXXTIII.

Des Calvinistes.

Lequinzième siècle est un des plus mémorables qui aient marqué jusqu'à nous les annales du monde. Des découvertes dont les résultats possibles ne peuvent être encore appréciés après trois âges ; l'aurore d'un des grands siècles de la littérature et des beaux arts ; les guerres d'Italie ; l'élévation d'une puissance au rang de dominante en Europe; la réforme enfin: tels sont les traits principaux qui signalent cette époque.

L'opiniâtreté de la cour de Pvome à ne point réprimer les désordres auxquels l'Eglise était en proie , et qui fournissaient depuis si long-temps un aliment aux satires des plus savans hommes de ces siècles, fut la principale cause de la réforme: c'est Bossuet quil'a dit (1), et l'histoire est là pour justifier l'assertion de ce grand homme. Le mouvement imprimé aux esprits dut naturellement se porter d'abord sur les abus de la puissance temporelle des papes , et sur les moyens adoptés par eux pour la soutenir. On osa discuter les uns et les autres; on osa même attaquer les doctrines de l'autorité qu'on voulait abattre. La cour pontificale n'avait pas voulu adoucir le joug : on le rompit; des moines écrivirent ; et (juelques livres commencèrent l'embrasement de l'Europe.

(1) Histoire des F aviations ^ lîv. i.

François I'' avait allumé les bûchers sur la fin de sou règne ; Henri IV les éteignit par Tédit de Nantes , qui donna une existence aux Calvinistes dans le royaume : édit que louis XIV révoqua plus tard, par l'influence qui avait jadis dicté les persécutions.

Ce n'est pas sans un sentiment de confusion pour l'espèce humaine qu'on parcourt nos annales pendant près d'un siècle.

On se demande comment une vérité aussi simple que la tolérance a pu coûter tant de sang à notre pays.

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