Les charmes du village
Une phrase gracieuse.
— A vous, de V. Insistez sur at, marquez la vive opposition entre les soucis de la ville et le repos champêtre.
De V. — Mais par contre, un repos assuz'é, — une vie sans mécomptes, — riche en ressources de toutes sortes, — une existence paisible en présence de vastes horizons, — des grottes et des lacs d'eau vive, — de fraîches vallées, le mugissement des bœufs, — un doux sommeil sous les arbres * —
— Bonne énumération...
De V. — ... Voilà ses biens!
— Et bon résumé. Il suffit de bien suivre Tordre du latin pour rendre le mouvement de la phrase. ,
Une idée discutable. Qui a raison? I
D. — Est-ce que nescia fallere ne signifie pas « honnête »?
— Non. Il s'agit ici des avantages de la vie rurale; les vertus ne viendront qu'après.
De K. — Ici le paysan protesterait encore. Il trouve sa vie pleine de mécomptes, non nescia fallere! Il y a toujours quelque récolte qui manque...
— Oui, mais d'autres réussissent... * De k. — 11 risque toujours quelque échec : il craint la
gi'êle, la gelée, l'orage; trop de pluie; trop de sécheresse. = C'est vrai, « il a des maux! » Mais il a aussi de bonnes années.
I . At secura quies — et vita nescia fallere, — clives opum variarum ; — at otia latis fundis, — speluncse vivique lacus; — at frigida Tempe, mugitusque boum, — mollesque somni sub arbore non absuut :
— Seulement il a besoin de courage, de persévérance, avec cet amour du risque sans lequel on ne tente rien... Cet amour, cette bravoure ont diminué chez beaucoup d'entre eux aujourd'hui.
r= Il y a dix ans surtout, les gens de mon village franccomtois ne pensaient qu'à obtenir une place de sergent de ville à Paris, ou de chasseur au Louvre. Tenir le parapluie rouge au-dessus de la tête des dames, à la sortie du magasin, et toucher un fixe. Voilà quel était Fidéal pour de braves garçons bien bâtis, et capables de mieux faire... Cela a changé depuis... heureusement.
Une constatation moins discutable : la force physique du paysan.
— Le retour à la terre!... Il serait temps! Là fut jusqu'ici notre force. Nous étions, comme les Romains, un peuple de laboureurs. Et Virgile vous dit les vertus d'un tel peuple. Lisez, D.
D. — C'est ^ là qu'on trouve les pâturages boisés — et les repaires des animaux sauvages —
— Le terrain de chasse! La garenne! La chasse, entraînement à la guerre !
L. — ... là que grandit une forte i^ace dure au travail — it sobre dans ses habitudes.
— Le paysan seul est habitué dès l'enfance au soleil et lUX intempéries... Il vit de soupe et de- légumes... du noins dans les familles les plus robustes que je connaisse...
De K. — Et l'alcool?
— Hélas! Le criminel alcool... Mais Virgile ne le conlaissait pas. Fortunatos olim...
Les champs et la morale.
D. — On y honore les dieux ; la vieillesse y est resectée...
E. — Pas toujours !
= C'est vrai : pas toujours. Virgile a dit ailleurs un mot
I. Illic saltus — ac lustra ferarum — et juventus patiens operum parvoque assueta, — sacra deum, sanctique patres; — per illos istitia excedens terris — fecit extrema vestigia.
27'^ LES HUiMANITÉS LATINES
bien sévère, mais bien vrai : durus arator... Cette rude I existence donne la force et le courage, plus rarement la tendresse. Et puis il est âpre au gain; il faut que tout paie et que tous travaillent... Il n'aime pas les bouches inutiles. Pourtant, on y voit de belles familles...
De V. — Ce sont des familles religieuses. Sacra deum!
— Souvent. Le christianisme seul a pu civiliser nos rudes laboureurs...
= Tout en les laissant parfois bien païens.
D. — C'est aux champs que la Justice, lorsqu'elle a quitté la terre, — a laissé la trace de ses derniers pas.
^^ Et c'est bien là toujours, si l'on arrive à enrayer l'alcoolisme, à contenir les violents, à civiliser l'enfance que sont nos meilleures réserves à la fois morales et phy siques... Virgile a raison contre le paysan lui-même. Viiv gile soutiendrait nos ligues contre l'alcoolisme. Il y a des cas, vous le voyez, où le sage des villes a raison de dire' aux laboureurs : Heureux, trop heureux, l'homme des champs ! — Mais il faut que nous le forcions à connaître son bonheur !
G. — Certains d'entre eux le connaissent. Ils aiment leur existence...
N. — Cela dépend parfois de leur âge. Les vieux y soni généralement attachés. Les jeunes songent surtout ï s'amuser...
De K. — Cela dépend du pays. Les Bretons aiment leurs côtes et leur sol.
— La forêt aussi retient; les hommes y restent attaché? d'un amour instinctif et profond...
= Ceci nous amène justement à la seconde série de ver que nous avons choisie... Il faudi'ait seulement analyser ei quelques mots les 3o vers qui se trouvent dans l'intervalle et qui sont si différents.