‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 120 sur 219 · Les charmes du village · texte numérisé non relu

Les charmes du village

Une phrase gracieuse.

— A vous, de V. Insistez sur at, marquez la vive opposition entre les soucis de la ville et le repos champêtre.

De V. — Mais par contre, un repos assuz'é, — une vie sans mécomptes, — riche en ressources de toutes sortes, — une existence paisible en présence de vastes horizons, — des grottes et des lacs d'eau vive, — de fraîches vallées, le mugissement des bœufs, — un doux sommeil sous les arbres * —

— Bonne énumération...

De V. — ... Voilà ses biens!

— Et bon résumé. Il suffit de bien suivre Tordre du latin pour rendre le mouvement de la phrase. ,

Une idée discutable. Qui a raison? I

D. — Est-ce que nescia fallere ne signifie pas « honnête »?

— Non. Il s'agit ici des avantages de la vie rurale; les vertus ne viendront qu'après.

De K. — Ici le paysan protesterait encore. Il trouve sa vie pleine de mécomptes, non nescia fallere! Il y a toujours quelque récolte qui manque...

— Oui, mais d'autres réussissent... * De k. — 11 risque toujours quelque échec : il craint la

gi'êle, la gelée, l'orage; trop de pluie; trop de sécheresse. = C'est vrai, « il a des maux! » Mais il a aussi de bonnes années.

I . At secura quies — et vita nescia fallere, — clives opum variarum ; — at otia latis fundis, — speluncse vivique lacus; — at frigida Tempe, mugitusque boum, — mollesque somni sub arbore non absuut :

— Seulement il a besoin de courage, de persévérance, avec cet amour du risque sans lequel on ne tente rien... Cet amour, cette bravoure ont diminué chez beaucoup d'entre eux aujourd'hui.

r= Il y a dix ans surtout, les gens de mon village franccomtois ne pensaient qu'à obtenir une place de sergent de ville à Paris, ou de chasseur au Louvre. Tenir le parapluie rouge au-dessus de la tête des dames, à la sortie du magasin, et toucher un fixe. Voilà quel était Fidéal pour de braves garçons bien bâtis, et capables de mieux faire... Cela a changé depuis... heureusement.

Une constatation moins discutable : la force physique du paysan.

— Le retour à la terre!... Il serait temps! Là fut jusqu'ici notre force. Nous étions, comme les Romains, un peuple de laboureurs. Et Virgile vous dit les vertus d'un tel peuple. Lisez, D.

D. — C'est ^ là qu'on trouve les pâturages boisés — et les repaires des animaux sauvages —

— Le terrain de chasse! La garenne! La chasse, entraînement à la guerre !

L. — ... là que grandit une forte i^ace dure au travail — it sobre dans ses habitudes.

— Le paysan seul est habitué dès l'enfance au soleil et lUX intempéries... Il vit de soupe et de- légumes... du noins dans les familles les plus robustes que je connaisse...

De K. — Et l'alcool?

— Hélas! Le criminel alcool... Mais Virgile ne le conlaissait pas. Fortunatos olim...

Les champs et la morale.

D. — On y honore les dieux ; la vieillesse y est resectée...

E. — Pas toujours !

= C'est vrai : pas toujours. Virgile a dit ailleurs un mot

I. Illic saltus — ac lustra ferarum — et juventus patiens operum parvoque assueta, — sacra deum, sanctique patres; — per illos istitia excedens terris — fecit extrema vestigia.

27'^ LES HUiMANITÉS LATINES

bien sévère, mais bien vrai : durus arator... Cette rude I existence donne la force et le courage, plus rarement la tendresse. Et puis il est âpre au gain; il faut que tout paie et que tous travaillent... Il n'aime pas les bouches inutiles. Pourtant, on y voit de belles familles...

De V. — Ce sont des familles religieuses. Sacra deum!

— Souvent. Le christianisme seul a pu civiliser nos rudes laboureurs...

= Tout en les laissant parfois bien païens.

D. — C'est aux champs que la Justice, lorsqu'elle a quitté la terre, — a laissé la trace de ses derniers pas.

^^ Et c'est bien là toujours, si l'on arrive à enrayer l'alcoolisme, à contenir les violents, à civiliser l'enfance que sont nos meilleures réserves à la fois morales et phy siques... Virgile a raison contre le paysan lui-même. Viiv gile soutiendrait nos ligues contre l'alcoolisme. Il y a des cas, vous le voyez, où le sage des villes a raison de dire' aux laboureurs : Heureux, trop heureux, l'homme des champs ! — Mais il faut que nous le forcions à connaître son bonheur !

G. — Certains d'entre eux le connaissent. Ils aiment leur existence...

N. — Cela dépend parfois de leur âge. Les vieux y soni généralement attachés. Les jeunes songent surtout ï s'amuser...

De K. — Cela dépend du pays. Les Bretons aiment leurs côtes et leur sol.

— La forêt aussi retient; les hommes y restent attaché? d'un amour instinctif et profond...

= Ceci nous amène justement à la seconde série de ver que nous avons choisie... Il faudi'ait seulement analyser ei quelques mots les 3o vers qui se trouvent dans l'intervalle et qui sont si différents.

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