‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 127 sur 219 · V. — Blanc · texte numérisé non relu

V. — Blanc

D. — Frêle... • I

— Vous vous égarez. Lëvis est opposé à villosus, velu... « Blanc ■>■> est encore le terme le moins inexact.

M. — Et béante, — sur sa blanche poitrine, — la blessure que lui fit le javelot d'Ausonie, — il s'exprime ainsi, — les yeux pleins de larmes ^

— Il est difficile d'être plus discret. L'analyse a beau être complète dans les deux tableaux, elle est brève, parce que les traits sont admirablement choisis ; nous voyons d'abord la foule gémissante, ses cris, ses gestes et l'écho de ses cris répercutés, ensuite le corps du jeune guerrier, sa position, sa couleur, la blessure... autant de mots, autant d'idées, tant le poète sait distinguer les traits qui résument tous les autres et permettent de les évoquer-. Je suis sûr qu'on ne peut pas en dire autant de l'abbé Delille... Vous avez encore la traduction, B.? Lisez-nous ce passage... Delille supprime la moitié des images et y substitue des termes vagues, inutiles, un véritable i^eraplissage.

B. — Mais au lit funéraire à peine Enée arrive.

Soudain de tous côtés sort une voix plaintive;

Et les pleurs, les sanglots, les plaintes, les regrets...

1. Patensque — in pectore levi, — vulnus cuspidis Ausonise, — ita fatur — lacrimis obortis.

2. Voir, sur le choix et le pouvoir d'évocation des images, La datai, de Français, p. /i4 et Z|5.

l'humanité dans la poésie de VIRGILE IÇf'i

— Quatre mots, dont trois inutiles! •

B. — De leur deuil unanime ont rempli le palais.

— Unanime!... A Tunanimité! Voilà encore un mot, qui détonne comme une fausse note...

B. — A peine il aperçoit la blessure cruelle.

Ce beau front que flétrit une pâleur mortelle, Il gémit, il s'écrie en le baignant de pleurs...

J. — /Eneas pleurait comme un veau!

— Scarron a tort, et c'est Delille qui trouve ici la note

juste Scarron, d'ailleurs, « ce misérable Scarron »

(comme disait Boileau), n'a pas traduit ce vers, car son Enéide travestie s'arrête au VIII'^ chant.

J. — Bien ou mal traduit, ce lacrimis obovtis n'est pas en situation. Un soldat ne doit pas pleurer.

= « Je n'avais jamais vu des matelots pleurer sous les armes, et ils pleuraient silencieusement, tous ceux du piquet d'honneur... Quand le corps de cet amiral reviendra en France, on déploiera, c'est certain, une pompe infiniment plus brillante qu'ici, dans cette baiç d'exil. Mais qu'est-ce qu'on pourra lui faire, qu'est-ce qu'on pourra inventer pour lui qui soit plus beau et plus rare que ces larmes?... » (P. Loti, La Mort de l'amiral Courbet.)

Je pense que vc^us ne récuserez pas ce témoignage d'un soldat! D'ailleurs, Virgile, plus discret que Delille, parle seulement de larmes obortis; lacriime oboriuntur, les larmes commencent à poindre... Elles ne coulent pas... « Pleurait îomme un veau! »... Misérable! Barbare !... C'est Scarron |ue je veux dire.

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