I. Le regret du passé; les bonnes résolutions
Gratos tibi optalosque esse, qui de me rumores afferuntur, >n dubito, mi dulcissime ïiro, prœstaboque et enitar ut in es magis magisque hsec nascens de me duplicetur opinio. uare, quod polliceris te buccinatorem fore existimationis eœ, flrmo id constantique animo facias licet. Tantum enim ihi dolorem crucialumque attulerunt errata setatis meœ, ut solum animus a factis, sed aures quoque a commemora- )ne abhorreant. Cujus te sollicitudinis et doloris participera isse notum exploratumque est mihi. Nec id mirum...
Le contrôle, ici, est fait de deux procédés bien distincts :
A. — Questions préliminaires sur certains points.
Douze questions avaient été prévues sur les dix prelères lignes ; les questions relatives à la grammaire se )uvaient indiquées sur mon texte par un trait bleu, les estions relatives au vocabulaire par un trait rouge. Elles
. Les réponses précédentes prouvaient qu'on avait lu G. Boissier. le-ci, portant sur la fin de la lettre, montrait, dans sa précision, 5 le texte lui-même avait été bien étudié.
33o EN PREMIÈRE
étaient choisies de telle sorte qu'un élève moyen fût inexcusable de n'y pas répondre immédiatement... Il m'es arrivé de punir un élève pour une seule erreur commise en général, pourtant, on se contente d'une mauvaise note à deux conditions : le
i) que la mauvaise note soit suivie tôt ou tard d'un» sanction ;
2) qu'elle soit irrévocablement marquée. Quand il es*»' bien clair que l'élève n'a pas cherché le mot, ou réfléch sur l'expression, il faut le frapper tout de suite sans lu poser une seconde question.
J'avais vu. Tannée précédente, dans ma division dePre mière C, ce système fonctionner avec une grande efficacité C'était une classe homogène, sans « ténors » remarqua blés en tête, mais composée d'honnêtes travailleurs, e presque entièrement pure de non-valeurs. Je puis dir qu'on aurait « entendu une mouche voler », quand le pro fesseur et l'élève interrogé se regardaient les yeux dans le ii; yeux, et que l'un pouvait soupçonner l'autre de n'avoir pa bien préparé... Nous avons ri plus d'une fois, à la fin d l'année, de ces petites terreurs; mais il est certain que, su le moment, personne n'avait envie de rire, encore moin de souffler, deux ou trois retenues bien appliquées n'ayan laissé aucun doute, dès le mois d'octobre, sur le caractèr inquiétant de ces interrogations! M. le sénateur Gouz aurait été réconcilié avec les préparations s'il avait v fonctionner notre petite guillotine I — La discipline, pou diverses raisons, n'a pu être aussi stricte en 1912-191 dans les sections A et B ; elle était pourtant suffisante pot maintenir dans la bonne voie les élèves capables de suivi la classe... Naturellement, les questions et les réponsf étaient concises et rapides ; sans avoir institué coma M. Weil, un « chronométreur », nous ne manquions pt d'expédier en quelques minutes cette petite « chasse l'homme ». Dans ces conditions, elle amuse la malice d< élèves et stimule leur curiosité.
— Quel est le sens de gratia, H.? '
H. — Gratia, faveur, reconnaissance.
LE CONTRÔLE ORAL 33l
— Et gratiis, ici?
H. — Agréable.
— Soit. Prsestabo, T.?
T. — Prxsto, as, stiti. stituin, are, fournir... Ici : je èrai tout mon possible.
— Enitar, B. ?
B. — Enitor, eris, enisus sum, eniti, faire effort. Je ferai ous mes efforts.
— Le sens de in dies, X. [un des derniers]? X. —In dies...?
— Vous ne savez pas? Zéro... In dies, L.? L. — De jour en jour.
— M agis ac m agis, M.?
M. — De plus en plus.
Quod, A. ?
Il se rattache au sens de « quod, ce fait que ».
— D., vous nous traduirez la phrase. Demandez à explifuer à cet endroit.
■ Buccinatorem, Y. [autre élève « indésirable »]? Y. — Trompette !
— Ahl Vous avez donc préparé?
Y. — Oui, monsieur.
— Tout arrive I... Existiinatio, G.?
G. — Appréciation, opinion...
— Quel est le sens de consiantia'! [Sans désignation Irélève : nous avions souvent vu ce terme.]
Tous. — Fermeté!
— Quel est l'exemple de la grammaire que nous rappelle \antuin... ut..., N.?
N. — Eo nuntio ita movetur ut œger sit, il est tellement Irappé de cette nouvelle qu'il en est malade...
(Propositions circonstancielles : chap. n, la Conséquence.)
— Le sens à'exploratum, P.?
P. — « Parfaitement connu ».
— Le sujet de notum exploi'atumque est, G.? G. — La proposition infinitive te fuisse participent...
Encore n'est-ce qu'une manière d'interroger. Il y en a
d'autres, non moins efficaces; et l'on se demande vraimen sur quels témoignages se décident les adversaires de la préparation orale, quand on sait combien de professeurs excellent dans cette partie essentielle de leur métier. La vérité est que, le jour où on nous délivrera des classes trop nombreuses, le jour oîi les élèves trop réfractaires seront éliminés dès la Sixième ou la Cinquième, l'interrogation orale deviendra pour les Lettres ce qu'elle est déjà pour les Sciences, le meilleur des moyens de contrôle. Il ne tient pas aux professeurs qu'il n'en soit ainsi partout dès aujourd'hui.
B. — Explication du texte.
Si le « soufflage » est le danger à craindre dans l'interrogatoire, le « bavardage » est l'inconvénient capital à redouter dans l'explication. Le professeur a besoin de tout son calme pour garder un silence de glace, ne pas même laisser voir sur sa physionomie la moindre impression, entendre sans sourciller les choses les plus énormes, ei résister à ces « réflexes » qu'a très finement signalés M. Gouzy. Il faut que l'élève chargé de l'explication soit livré à lui-même, ne se sente ni aidé ni critiqué, qu'il dispose de toute la liberté, de tout le temps nécessaires pour exprimer sa pensée; tant qu'il n'a pas terminé sa phrase, la parole lui appartient, et ne doit lui être coupée sous aucun prétexte. Certains pédagogues ont soutenu cette opinion paradoxale qu'une classe est d'autant meilleure que le professeur y parle moins ! « Il faut faire parler les élè ves », répètent aux professeurs débutants tous les inspecteurs; « il faut aussi les écouter... ! « Et ils appliqueraient volontiers à la classe ce que La Bruyère dit de la conversation : « L'esprit de la conversation consiste bien moins à montrer de l'esprit qu'à en faire trouver aux autres. »... Sans doute, dans la pratique, cette substitution des élèves au professeur n'est pas toujours possible ni même souhai table; la « leçon magistrale » ne frappe qu'à la condition d'être « magisti'ale »; jamais les interrogations et les audi lions ne remplaceront la parole du maître! Mais il y a dès'
LE CONTUÔLE ORAL 333
loraents où le silence est d'or; et le contrôle de Texplicaon exige que nous sachions nous taire, écouter, attendre propos.
Il en résulte que la désignation des élèves est étroitement éterminée par la nature du texte. Les phrases un peu difciles doivent être, dans l'intérêt de tous, réservées aux ons élèves. Il est même nécessaire que la classe soit constuée d'une manière aristocratique, et habituée à s'effacer, ms les cas sérieux, devant les premiers. Les a-t-on assez iloraniés, diminués, découragés, pendant vingt ans, ces auvres pi^emiers, ces « lauréats » I On aurait cru qu'ils snaient les autres en les humiliant, à voir toutes les prélutions prises contre eux. Combien de fois avons-nous itendu attirer la sollicitude des maîtres sur les « élèves ibles », ces chers « élèves faibles », desquels, jusque-là, les bêtes à concours » détournaient notre attention ! Heureuiment, les élèves ont quelquefois plus de bon sens que s pédagogues ; ils savent que leur intérêt bien entendu ;ige que la classe soit faite sinon pour les premiers, au oins par les premiers, et qu'une élite bien entraînée fasse 'ancer l'explication... Il reste assez d'occasions pour les moyens » de répondre, soit sur les phrases les plus îiles, soit dans les interrogations, soit surtout dans la prise des phrases les plus difficiles expliquées par les •emiers... C'est la seule chance que nous ayons de voir tte petite élite s'agréger peu à peu les élèves suscep- )les de la grossir, et dont les compositions écrites nous ront révélé les progrès. En attendant, notre devoir est
nous adresser aux meilleurs, et voilà pourquoi le but de la lettre, ce joui'-là, fut confié à N. et à A. icore n'ont-ils pas toujours obtenu, du premier coup, traduction que nous devons donner ici (pour ne pas iguer le lecteur) sous sa forme définitive. Souvent la emière expression qu'ils avaient trouvée était un peu gue, un peu lourde; mais ils sentaient d'eux-mêmes mperfection de cet équivalent mal dégrossi, ils en découaient un second, plus exact, plus français, qui parfois ïme les conduisait à un troisième... Ce n'est qu'à la der-
nière extrémité, lorsque la tâche dépassait trop visiblement leurs forces, que le professeur s'est décidé à sortir de sa ^^ réserve pour fixer la traduction.
N. — Je ne doute pas, mon bien cher Tiron ^, — que tt ,; n'accueilles avec joie, avec soulagement, — les bruits quj te parviennent sur ma conduite. — Je n'épargnerai aucuuL effort — pour que de jour en jour et de plus en plus — se n confirme cette opinion — que je commence à donner df *' moi. — Aussi, puisque tu me promets ^ — de te faire h trompette de ma bonne réputation — tu peux y aller sans hésitation, hardiment, je te l'assure.
— C'est bien. Continuez. A... toujours de la mêm'e ma nière, expression par expression.
A. — Si tu savais quels remords, quels tourments mi causent — les erreurs de mon âge !
— Mes erreurs de jeune homme 1
A. — Non seulement mon âme a horreur de mes fautes
— mais mes oreilles même ne peuvent les entendre rappe 1er. — A ces tourments, à ces remords — tu as compati
— je le sais, — je le sais à n'en pas douter. — Et je n m'en étonne pas.
— Soit. Vous voyez que dans cette première partie d la lettre, le ton est simple, naturel, enjoué. On ne peutpa dire encore absolument qu'il joue la comédie... Je n'e dirais pas autant de la suite.