‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 160 sur 219 · I. Voii" p. II 6. ,' Jïiil · texte numérisé non relu

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français-latin. Nous avons essayé de voir quelles formes on pourrait dès aujourd'hui lui donner, et nous ne doutons pas qu'il devienne, dans un prochain avenir, l'égal de la version. Mais il suppose des cahiers de vocabulaire et de syntaxe lentement composés, assidûment revus, des auteurs soigneusement préparés et dépouillés, bref, tout le système que nous venons d'exposer, et faute duquel on ne saurait adopter la seule forme intelligente du thème, le thème sans dictionnaire . Ce thème, le jour où il deviendra possible, devra être fait en classe, sous forme de composition. On y consacrera une heure tous les quinze jours, en stipulant que cette épreuve compte à la fois pour les prix etpour l'examen de passage. Ce jour-là, nous aurons un premier moyen de contrôler par écrit le zèle ou la négligence des élèves ; et il ne sera pas d'un médiocre secours pour rétablissement désii^é d'une exacte discipline.

En attendant, il faut bien nous contenter de l'autre moyen, la version, puisqu'elle peut, plus rapidement, s'adapter à notre méthode. Ce n'est pas que la version actuelle, la version faite à domicile, à coups de dictionnaire, soit dans un état sensiblement meilleur que le misérable thème. Elle est travaillée des mêmes vices. Les élèves, à force de traduire mollement, sans goût, sans exactitude, deviennent incapables de fournir un travail consciencieux... sans compter la tentation (à laquelle les meilleurs n'échappent pas toujours) de copier la traduction qui circule obligeamment de mains en mains... Là aussi, il. faut en venir au seul régime qui assure un contrôle un peu sérieux : la composition de quinzaine, faite sans dictionnaire, sous une surveillance efficace, toute fraude étant punie d'une exclusion définitive.

Il n'est pas impossible, même actuellement, de procéder à cette expérience. Nous l'avons faite six fois, pendant les deux mois et demi qu'a duré l'explication des Lettres de Gicéron. La première fois, deux élèves apportèrent une traduction, et la copièrent si maladroitement que je n'eus aucune peine à les démasquer. Ils furent mis en retenue un dimanche entier (cette punition n'a été supprimée que

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dans certains lycées). Sous un régime encore un peu plus sévère, ils auraient été renvoyés pour un temps,... ou plutôt, ils n'auraient même pas eu lïdée de risquer pareille aventure. — La plupart de leurs camarades montrèrent au contraire une réelle bonne volonté, et nous pûmes constater que cette tentative, faite dès la Cinquième ou la Quatrième, serait assurée du succès.

Le résultat le plus clair fut la diminution, presque la disparition des fautes causées par Vinsuf/isance de l'analyse préliminaire. Rien n'est plus fréquent, non seulement dans les devoirs faits à domicile, mais même dans les compositions où nous sommes obligés de laisser le dictionnaire entre les mains des élèves. Combien de professeurs jugent leurs élèves, au début de la première composition, d'après la hâte plus ou moins grande avec laquelle ils se précipitent sur le funeste in-quarto ! Combien rares leur apparaissent les meilleurs, ceux qui commencent par lire l'ensemble du texte et faire l'analyse préliminaire de la première phrase... Ceux-là n'éprouvent pas avant un grand quart d'heure le besoin de chercher un mot peu connu. Mais les autres! Et quel spectacle, pour les yeux à la fois navrés et amusés du maître, que de suivre, sur presque toutes les tables, le mouvement des feuilles hâtivement bousculées, l'agilité des doigts fébriles par laquelle on croit remplacer la souplesse de l'intelligence! — A ce défaut de méthode il n'est qu'un remède : la suppression radicale de l'in-quarto tentateur... Sur ce point, le témoignage des élèves sérieux | est unanime; ils ne voient pas d'autre moyen de vaincre une habitude aussi invétérée! Ils réclament une cure analogue à celle de l'alcoolique ou du morphinomane! Le seul acte de volonté qui leur reste possible est de prier le professeur de « vouloir » à leur place et de leur imposer l'abstinence. Mais ils font cet acte avec cœur, avec conviction, et se félicitent ensuite d'avoir été obligés d'étudier le texte en lui-même, d'étudier les fonctions des mots avai^ d'en chercher le sens. De fait, leurs copies prouvaieffl! qu'ils avaient évité, pour la première fois, les contresens dus à ce genre de négligence. «.

Un autre résultat, beaucoup moins complet, appréciable cependant, fut un progrès dans la recherche de l'expression française. Voici comment nous nous y prenions. Si bien choisi que soit le texte, dans Fauteur habituel d'explication, il y aura toujours des termes que les élèves connaîtront mal et dont lignorance aurait sur Fintelligence du texte entier les plus fâcheuses conséquences. A plus forte raison, dans l'état actuel de nos études, où l'abus du dictionnaire réduit à rien les connaissances sur le vocabulaire... Nous avions donc décidé que chaque élève, en silence, inscrirait sur un billet les mots restés pour lui trop mystérieux. De temps en temps, je voyais cinq ou six mains se tendre, et j'allais recueillir autant de billets, à peu près identiques, qui m'évitaient la peine d'en attendre d'autres. J'indiquais alors, au tableau, non pas toujours le sens du terme, mais le moyen de le découvrir. Ces billets, très révélateurs, prouvaient, en effet, trois fois sur quatre, que les élèves s'étaient découragés trop vite et qu'ils étaient fort capables de trouver presque seuls ce qu'ils croyaient ignorer. Je conformais ma conduite à ces précieuses indications, suivant les règles suivantes :

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