‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 182 sur 219 · I. Morale sociale, p. 2i4 (Alcan · texte numérisé non relu

I. Morale sociale, p. 2i4 (Alcan

a. De la Méthode Utte'raire, p. 875. *

miner chaque partie et découvrir Tidée secondaire qui en ressort naturellement ;

3'^ Procéder sur chaque phrase au travail à' analyse préliminaire, sans se préoccuper du sens, en s'appuyant avant tout sur les règles de la syntaxe;

4° Traduire en suivant l'ordre du latin, expression par expression, chercher le sens primitif des mots et en déi i duire soi-même le sens dérivé qui convient au texte. ï.

] Une méthode aussi prudente, rigoureusement appliquée,

J permet de réparer bien des fautes et de combler bien des lacunes Puisse-t-elle vous sauver, dans quelques

semaines, au jour de la grande épreuve !

Tel est, simplement décrit, l'état des études latines dans un de nos bons lycées. Nous espérons que le lecteur pourra, d'après ce document, se faille une idée exacte de la réalité et s'en inspirer plus ou moins dans la direction des jeunes gens auxquels il porte intérêt. — Gomme le voulait la forme donnée à cette enquête, nous n'avons rien dissimulé des difficultés que soulève, dans nos lycées comme ailleurs, en France comme à l'étranger, l'adaptation au milieu moderne d'un enseignement plus que tout autre enlisé dans la routine. L'Université a toujours tenu à honneur ^ de laisser à ses maîtres l'indépendance nécessaire pour qu'ils pussent, en toute occasion, porter sur ses méthodes un jugement loyal; nous n'avons fait que nous inspirer de son esprit libéral, en tâchant de dire franchement, sans parti

I. Sauf pendant une très courte période, au milieu du siècle dernier. Que de fois les Normaliens de ma génération ont entendu rappeler par leurs grands anciens cette période troublée! Quels jolis récits contiennent les biographies de l'Ecole Normale sur les tribulations subies avec courage toujours, et souvent avec esprit, par les camarades de Taine, d'About, de Sarcey et de Prévost-Paradol! Quelles leçons de libéralisme nous ont données ces vieux maîtres, depuis l'illustre philosophe de Vlntelligence, depuis le charmant auteur de Cicéron et ses awt's, jusqu'à nos chers professeurs : Gaucher. Cucheval, Auguste Henry, d'autres encore, dans leurs causeries familières ! Vraiment, on était tenté de ne pas regretter plus qu'eux les misères de ces temps lointains, quand on retrouvait chez ces braves gens, trempés par leurs épreuves même, ce qu'il y a, ce qu'il y aura toujours, espérons-le, de meilleur, dans F « esprit universitaire ».

pris comme sans faiblesse, la bienfaisante vérité. — Mais cette partie quelque peu négative de notre ouvrage n'est pas celle que le lecteur a dû surtout considérer. Peu importent les vestiges de traditions surannées, dont le temps, avec ou sans notre aide, aura bientôt fait justice. C'est sur un tableau plus réconfortant que nous avons voulu attirer filboy son attention bienveillante ; sous le poids encore un peu lourd d'un passé qui s'évanouit, nous espérons avoir montré, pleines de vigueur et de sève, les forces de l'avenir, et flim nous n'avons, pour terminer la série de ces comptes rendus, -; jlci qu'à en dégager les motifs de nos fermes espérances.

I. — Le principe sur lequel reposera désormais l'enseignement du latin.

Il en ressort, avant tout, que sur le principe auquel nous devons rattacher notre enseignement, tout le monde est à peu près d'accord. C'est un truisme, digne de M. de La Palice, de dire que l'étude du latin est V introduction naturelle à l'étude des langues modernes, et les adversaires les plus acharnés de nos études classiques ne songent pas un instant à nier les origines latines de la culture européenne. La meilleure manière de se préparer à l'étude des idiomes modernes est de remonter à celui qui les a tous précédés ou qui s'est mélangé aux langues anglo-saxonnes dans une proportion plus ou moins appréciable; et cela pour deux raisons.

Cette méthode est, d'abord, une méthode historique. Elle habitue les élèves à comparer sans cesse le présent au passé, à remonter de cause en cause jusqu'à la cause première, pour expliquer les faits actuels d'une manière complète et satisfaisante. Les adversaires du latin déclarent qu'une pareille ambition est inutile et dangereuse; il suffit, disent-ils, pour suivre dans l'histoire l'évolution du vocabulaire et de la syntaxe européenne, d'étudier chaque langue en elle-même, et de remonter, pour l'allemand jusqu'à Luther, pour l'anglais jusqu'à Shakespeare, pour l'italien et l'espagnol jusqu'à Dante ou jusqu'aux romanceros; pour le français, Joinville et les chroniqueurs sont des ancêtres suffi-

Bamment vénérables; tout au plus nous laisse-t-on, par ^râce, jeter un coup d'œil sur la Chanson de Roland. Ils consentent ainsi à remonter aux principes, à expliquer les "aits par les causes, jusqu'à un certain point ; mais au delà Js s'inclinent devant le texte latin, comme les lecteurs du Mioyen âge devant la citation grecque, et répètent, dans la [îerté de leur splendide isolement : Latinum est, non legitur!.,, — Nous n'avons pas constaté, pour notre compte, dans l'étude comparée du français et du latin, la nécessité d'une pareille barrière. Dès notre visite en Septième, nous avons été amenés, par les réponses mêmes des petits élèves, à leur montrer l'aide précieuse qu'allait leur procurer l'étude du latin; leur professeur de français les ivait conduits jusqu'au seuil de la Sixième latine, et il ne leur restait plus (à ceux du moins qui avaient profité de son .enseignement) qu'à le compléter en abordant l'année sui- ; vante la déclinaison de « rosa, la rose ». Ils entraient de i plain-pied dans la maison classique, à l'heure précise où * elle leur ouvrait ses portes. Depuis, et dans toutes les classes que nous avons pu visiter, c'est à chaque phrase, à 6 chaque mot, que nous avons constaté les rapports étroits |; qui unissent, malgré tant de différences, la langue dérivée \ à la langue mère, et cette comparaison continuelle nous est [ apparue comme le moyen le plus intéressant, le plus naturel, I le plus rapide aussi (très probablement), de comprendre la langue et la pensée françaises. Sans négliger (loin de là) l'étude du « français par le français », nous l'avons complétée sans cesse par l'étude comparative du « français par le latin », et nous n'avons pas vu qu'elle dût en souffrir. On ne fait pas à l'esprit historique sa part : du moment que nous remontons au « Roman », il nous conduit au « Romain » ; ce procédé nous amène à refaire en quelques années le chemin entier que nos pères ont fait au cours des siècles ; et par là déjà nous croyons qu'il est conforme à la nature.

Historique et naturelle, comment une pareille méthode ne serait-elle pas, par là même, scientifique et philosophique'i A remonter ainsi, constamment, de l'effet à la

cause première, à trouver dans le passé l'explication du présent, comment nos élèves ne contracteraient-ils pa& l'habitude de s'élever toujours du fait à l'idée, du partie™ lier au général, du phénomène à la loi? L'élève qui procèdl par comparaison entre le latin et le français, qui réduit & l'unité les connaissances grammaticales relatives à cesdeu^l langues, ne tarde pas à sentir que la même méthode s'api plique à l'allemand, à l'anglais, à l'espagnol, à l'italien, 9 toutes les langues que notre race a répandues dans 1^ monde. Il découvre entre les syntaxes, comme entre lea vocabulaires, des éléments communs; il aperçoit ces loig' générales du langage qui ne sont autres, appliquées àj l'expression de la pensée, que les lois mêmes de l'esprit;] il conçoit le rôle que jouent, dans tous les idiomes et sous toutes les latitudes, un adjectif ou une conjonction, un temps ou un mode, une proposition principale ou une proposition |j; subordonnée; il comprend, à mesure qu'il avance, la portée )p générale des humbles principes constatés dès la classe de ' Septième dans sa bonne langue maternelle; il découvre, sous les différences créées par les idiotismes, les analogies qui tiennent à l'identité des pensées, et il retrouve, sous la prodigieuse variété des idiomes, les caractères invariables de la raison humaine... Unité, continuité l Ces deux notions primordiales pénètrent ainsi dans les jeunes esprits. Malgré ; la dispersion presque inévitable de nos études encyclopédiques, ils aperçoivent peu à peu les rapports entre des choses d'apparence si différente, et la raison leur apparaît comme une dans son essence, continue dans son développement. Ils trouvent ainsi en eux-mêmes, grâce à de bonnes habitudes contractées dès la Septième, l'art de réduire à quelques principes très simples les enseignements les plus divers, le secret d'éviter les efforts inutiles et les doubles emplois. Et c'est la classe de Latin qui le leur a révélé.

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