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maire quelconque, que nous voulons constituer. C'est votre grammaire, la grammaire de Télève N., qui ne sera pas absolument celle de son voisin M. ou de son voisin D., parce qu'il y aura mis quelque chose de lui-même, de l'ordre, de la clarté, du goût, à sa manière, qui n'est pas et ne peut pas être tout à fait celle des autres... Jamais un livre, même si vous le relisez sans cesse, ne vous tiendra lieu d'un recueil composé avec amour, peu à peu, par vous-même I » — « On ne saurait trop insister, me répétait à ce sujet mon collègue de Quatrième, sur la nécessité de faire fabriquer à l'élève ses instruments de travail. Les programmes de 1902 souhaitent, je crois, que pour la physique et la chimie les instruments soient construits, au moins en partie, par les élèves eux-mêmes, et il y a longtemps que certaines maisons allemandes fournissent à bon compte les matériaux de ce travail d'assemblage. Nos physiciens partent de cette idée très juste, que le meilleur moyen de bien connaître et d'avoir en main ses outils est, quand la chose est possible, de les façonner soi-même. Sans abuser de l'écriture, nous devons inviter les élèves à faire de leurs mains leur grammaire, afin d'y mettre quelque chose de leur personne et d'y retrouver, avec leurs souvenirs, l'image de leur propre esprit. »
On peut concevoir deux manières de réaliser cette idée et donner au recueil de syntaxe deux formes différentes. Il faut choisir entre une série de tableaux ou un simple cahier. Le premier système eut longtemps mes préférences ; et ce n'est qu'après des années d'expérience que, sans y renoncer complètement, je me suis rallié au second, adopté par M. Géant.
L — Le système des tableaux est, au premier abord, assez séduisant. Lorsque, en 1899, je l'avais vu recommander pour les déclinaisons et conjugaisons par MM. Demolins et Olivier Benoist, il m'avait semblé que la syntaxe se trouverait également simplifiée par ce procédé. Nous nous servions justement alors d'une grammaire dont le plan se prêtait bien à l'essai d'une pareille méthode ; riche
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de remarques et d'exemples, elle ne pouvait que gagner à être ainsi résumée, et l'auteur lui-même ^ venait de présenter au public un recueil d'exemples très suggestifs : la syntaxe latine et la syntaxe grecque y tenaient en 92 pages, l'une à gauche sur les pages paires, l'autre à droite sur les pages impaires... Le travail était tout préparé. Je me procurai donc de grands cartons (1,20 X 0,90) sur lesquels je reportai en grosses lettres les exemples de M. Brelet. La syntaxe tenait ainsi tout entière sur huit doubles tableaux :
I et II (4 cartons) : Etude de la proposition. III et lY : Propositions subordonnées complétives. V, VI, VII et VIII : Propositions subordonnées circonstancielles.
Ces tableaux restèrent exposés pendant quelques mois dans ma classe de Troisième, facilitant la revision de la grammaire et permettant de se reporter, au cours des explications de textes, aux exemples de la syntaxe, et nous en fûmes alors assez satisfaits. J'ai reconnu depuis qu'ils auraient besoin, pour rendi-e de vrais services, d'être extrêmement simplifiés. Le tableau ne convient que pour représenter de grands ensembles. Dès qu'on entre dans les détails, il est à la fois trop long et trop court. On se voit obligé d'omettre des parties importantes, et il reste encore trop de choses, malgré ces éliminations, pour que l'œil distingue du premier coup ce qu'il faut d'abord retenir. Aussi avais-je préféré, depuis dix ans, dicter à mes élèves, sur leur cahier de latin, les parties essentielles de mes tableaux muraux, remettant à une année de loisir le soin de les refondre en les abrégeant.
IL — M. Géant avait, de son côté, dès le début, adopté le système du cahier, comme offrant un double avantage :
1. Il permet, d'abord, d'être à la fois clair et complet dans la partie consacrée aux exemples de la grammaire.
I. M. Brelet, professeur de Quatrième au lycée Janson-de-Sailly : Grammaire latine — Tableau des exemples des grammaires latine et grecque, 1898 (Masson).
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ur toutes les pages paires, à gauche, sont portées succesvement les différentes parties de la syntaxe, réduites autant de petits plans très nets, qui rendent sensible IX yeux la logique grammaticale. Ceci est la partie fixe, imuable du cahier, le minimum indispensable que l'élève )it savoir d'une manière imperturbable. Deux fois par maine en Cinquième et en Quatrième, une fois en Troième, en Seconde et en Première, la leçon du jour doit insister dans la récitation d'une ou plusieurs de ces pages. . . li fait l'expérience ces années deimières dans des classes ; Seconde et de Première : la grande majorité des élèves rivaient à savoir en trois mois, très convenablement, les incipaux exemples de la syntaxe. Dans l'interrogation rite qui terminait le premier trimestre, je demandais variablement qu'on reproduisît par cœur : 1° Un chapitre entier (par exemple, les propositions Snitives) ;
1° Deux demi-chapitres (par exemple, l'emploi des conactions dans l'interrogation indirecte — ou les divers iplois de la conjonction cum dans les circonstancielles de ups);
3° La traduction de dix exemples dont je donnais le franis.
Les premières copies étaient à peu près sans fautes, et iivent la io% la 1 5e môme ne présentait pas plus de trois
quatre erreurs... Ce succès ne nous empêchait pas de olonger le traitement héroïque, et de réciter au moins ax fois encore la série de nos exemples dans le cours du ;ond trimestre. — Aussi plus d'un de ces élèves, sans être venu certes un latiniste, a obtenu un i5 ou un i6 à l'exain oral du baccalauréat parce qu'il avait bien défini, à 3pos d'un texte, le sens de quod, « ce fait que », ou de ut,
supposer que »... Ces connaissances, malheureusement p récentes et trop superficielles pour que mes tardifs jphytes en recueillissent un réel profit dans les versions Inès, s'étaient gravées dans leur mémoire avec la plus inde facilité. Il n'est guère de professeur de Première qui it fait avec le même succès des tentatives analogues, et
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le lecteur n'aura pas besoin d'en interroger beaucoup poui s'assurer que la récitation assidue de ces exemples bien classés est le seul moyen de relever quelque peu les candidats compromis... A plus forte raison un pareil régimt imposé avec fermeté, avec persévérance depuis la Cinquième donnerait-il aux études latines une suite, une soliditt qui leur font actuellement défaut. Il faut « rabâcher » h syntaxe comme les formes, et ce n'est peut-être qu'à h trentième ou quarantième récitation que l'on posséderi comme il convient ces connaissances indispensables.
2. Apprendre et retenir les exemples-types de la syntax< ne constitue pourtant que la moitié du travail : il fau encore savoir appliquer la grammaire, reconnaître dans le. textes les tours de phrases analogues aux paradigmes^ bre passer de la théorie à la pratique par la lecture de: auteurs. Là est le côté le plus original de l'expérienci tentée par M, Géant, celui qui lui appartient en propre. Le exemples de la grammaire n'occupent que les pages paire de son cahier : les pages impaires, à droite, sont restée blanches. Dès lors, à mesure que ses élèves rencontrent au cours des explications, des phrases intéressantes, de tournures propres à confirmer ou à compléter les exemple traditionnels, il n'ont plus qu'à les noter, à les « collée tionner » en face des paradigmes. « Les enfants, me disai mon collègue, aiment tous les genres de collections : plantes timbres, cartes postales, tout leur est bon pour coller aligner, classer... Un peu plus tard, chez les jeunes filles ce goût se traduit sous la forme des albums redoutables o elles collectionnent sans pitié les écritures, les signature et les pensées de leurs amis et connaissances... Eh bien j'ai constaté nombre de fois que notre cahier de syntax leur pr-bcure, jusqu'à un certain point (il ne faut rien exa gérer), le même genre de satisfaction. Seulement, au lie de recueillir par une savante persécution les réflexions plu ou moins plates de nos contemporains , nous alloinj quêtant de-ci de-là dans les livres, à la Montaigne, les ju ments de Jules César, de Virgile et de Tite-Live, et '^o
S transcrivons nous-mêmes sous leur dictée; c'est, pour ettre au ton du jour le mot célèbre de Pascal, une interview ntinuelle, sous la forme grammaticale, des plus honnêtes ms des siècles passés. »
On voit quel élément de richesse et de variété un pareil stème ajoute à la récitation pure et simple des paradigmes
I la grammaire, telle que je l'ai pratiquée in extremis en 'emière. Si trois mois suffisent pour qu'une classe, talonnée .Y la crainte du baccalauréat, retienne la suite des exemes consacrés par la tradition, que ne pourra-t-elle pas (prendre au cours des longues années d'études, quand i répétera sans relâche les précieuses paroles recueil- !s de la bouche même des auteurs latins ! Naturelleent, les paradigmes de la page paire doivent être avant ut gravés dans la mémoire; ils forment les cadres rigides, uls capables d'imposer aux connaissances postérieures )rdre logique sans lequel il n'est pas de souvenir durable, ais combien il sera facile d'y souder peu à peu les autres :emples, et de compléter les résultats de l'enseignement •ammatical par ceux de l'expérience personnelle 1 Ainsi, grâce à la méthode de M. Géant, les leçons auteurs sont étroitement soudées aux leçons de gramaire; l'élève s'habitue dès le premier jour à ne pas les stinguer les unes des autres ; la théorie le dirige dans îtude des écrivains, et la lecture, à son tour, lui permet ; contrôler sans cesse la théorie par la pratique. La mémoire
soutient dans l'éducation du jugement; et le jugement son tour vient fortifier, enrichir, l'endre tous les jours ius vaste et plus souple cette mémoire que Cicéron a iusieurs fois définie « le trésor de nos connaissances » : esaurus omnium rerum mémorial