I. — Qu'est-ce qu'une proposition
— Relisez la première phrase du récit, P.
P. — Je ne puis me rappeler, sans en rire et sans en être louché, un trait caractéristique d'un de mes plus chers amis.
— Pourquoi appelons-nous ceci une phrase?
P, — Ce groupe de mots offre un sens complet et se termine par un point.
— Y a-t-il plusieurs propositions ?
Une dizaine d'élèves. — Oui!
— On pourrait à la rigueur le soutenir, « sans en rire » et « sans en être touché » étant des propositions infinitives...
= ]^]t elles deviendraient en latin de vraies propositions avec un mode personnel : quin rideain, quin mocear...
— Il est convenu, pourtant, pour plus de simplicité, que le verbe ayant un sujet est le signe auquel on reconnaît une proposition. Les propositions infinitives jouent le rôle de compléments. Or, ici, combien y a-t-il de propositions dont le verbe possède un sujet?
Tous. — Une!
— Laquelle?
Tous A LA FOIS...
[Ou ne peut rien distinguer!]
— Vous devenez, c'est le cas de le dire, maintenant que nous savons le sens du mot, « turbulents » ! Cessez de nous « troubler » et laissez répondre M. seul.
M. — La proposition est : « Je ne puis me rappeler... »
— Qu'appelez-vous une proposiùon'!
^L — Un ensemble de mots qui renferme un sujet et ce qu'on dit de ce sujet.
1t. AVANT LE LATIN
— Quel est le sujet?
M. — Celui qui fait l'action,
— Toujours ';'
Plusieurs. — Ou celui qui la subit.
— Exemples ?
D. — « Je suis couché! »
E. — « Cet enfant est malade. »
— Et un exemple d'action?
S. — « Je joue. »
G. — « Je vais à la porte. «
— Ici, quel est le sujet?
Tous. — « Je. »
— Le verbe, ou plutôt la locution verbale ? Tous. — <( Puis me rappeler. »
— Le complément direct?
Tous. — « Un trait caractéristique. »
— Quel rôle joue l'adjectif « caractéristique », G. ? C. — C'est l'épithète de « trait ».
— Quelle est la fonction de « d'un », J. ?
J. — « D'un » est le complément de « trait ».
— Et « de mes plus chers amis », N. ? N. — Complément de « un ».
— Reste à définir le rôle des deux propositions inflnitives. Quel est-il?
M. — Ce sont des compléments indirects de la proposition « je ne puis me rappeler ».
— Est-ce votre avis à tous?
— Oui, oui !
— Pourquoi, V, ?
V. — Parce qu'il y a une préposition, sans. Tout complément non précédé d'une préposition est un complément direct. Tout complément précédé d'une préposition est un complément indirect.
Un accident symbolique.
— La a'^ phi-ase... Non, pas vous. M... J'aimerais mieux un des plus faibles... Allez, N. {A voi.v basse) C'est tout à fait ce qu'il nous faut!
N. — Il revenait de Belgique avec sa belle-mère.
— Combien y a-t-il de propositions?
N. — Une seule.
— Décomposez.
N. — i" Sujet : il.
a° Verbe : revenait.
V Complément direct ' : avec sa belle-mère. Tous. — Oh!!
— Quelle faute commet-il, V.?
V. — Un verbe in transitif comme « revenait » ne peut pas avoir de complément direct. « Avec sa belle-mère » est un complément indirect.
= Un élève qui ne sait pas, du premier coup et dans vingt phrases différentes, distinguer ces compléments, ne doit pas, dans son intérêt, entrer en Sixième A.
— Soyez sûr que Tindulgence mal entendue qui laisse entrer en Sixième un grand nombre d'élèves plus faibles encore et plus étourdis que N., est une grande cause de faiblesse pour les études latines. Il faudrait être impitoyable. Dites-le bien aux pères de famille. N. est, à cet égard, un élève symbolique : car il n'est pas ici le seul de son espèce et ne manque pas ailleurs de tristes symétriques. Combien d'élèves auraient à donner, comme ce pauvre N., un effort des plus sérieux d'ici à la rentrée d'octobre! et combien auront la sagesse ou même l'idée de le faire?