LE THEME D'IMITATION
La récitation des cahiers, sous ces différentes formes, suffirait sans doute à graver dans la mémoire des élèves ce qu'ils doivent surtout retenir : le rapport entre l'expression latine et l'expression française qui en est réquivalent.|i Si l'on tient, pourtant, à leur laisser plus d'initiative, onl peut recourir à ce genre bien connu de thème qu'on appelle] le thème d'imitation; c'est la seule manière que nous ayons! d'appliquer à une langue ancienne les procédés si heureusement employés pour les langues modernes.
Toute auti'e tentative faite pour imiter la Méthode directe semble vouée à un échec, étant données les conditions dififérentes où se trouvent placés les deux enseignements, soit pour l'acquisition du vocabulaire, soit pour celle de la grammaire. — II est tout naturel que le professeur de langues vivantes commence dès le premier jour à s'exprimer en anglais et en allemand et fournisse à ses élèves les éléments nécessaires pour qu'ils lui répondent de la même manière; les mots, en effet, sont presque tous des mots concrets, désignant des objets familiers relatifs à la classe, à la maison, à la ville ou à la campagne, à la nouri'iture on au vêtement, aux formalités du voyage ; et c'est bien par
I. Nous ne pouvons discuter ici la question de la prononciation. Qu'il nous suffise de dire que, précisément pour faciliter ces exercices si nécessaires, nous désirons nous en tenir aujourd'hui à la prononciation traditionnelle. La prononciation réformée, qui sera peut-être celle de l'avenir, aurait le défaut de compliquer en ce moment notre travail. C'est une question réservée.
t que la vie nous met tout de suite en rapport avec les angers : nous allons chez eux en chemin de fer, nous scendons dans un hôtel, nous voyons de nos yeux la ison allemande ou la rue anglaise; les premières impresns d'outre-Rhin et d'outre-Manche pénètrent en nous r les sens, et le langage concret, proche de la matière, ilite singulièrement les conversations Berlitz. L'antiité, au contraire, ne nous est connue que par les livres, ces livres nous entretiennent de tout autre chose que des ;ails de la vie quotidienne. Si nous voulons (on l'a coujeusement essayé) copier en latin les premiers dialogues
la Classe en Allemand ou de la Classe en Anglais, le :;abulaire nous manque pour désigner précisément les jets les plus familiers ; lorsque le mot existe, il n'apparat pas toujours à la langue classique : le vieux Gaton û pourrait nous entretenir de cuisine; c'est dans les ;*ties les moins intéressantes de Plante qu'on trouverait
termes relatifs à certains usages domestiques; et peute faudrait-il, pour s'occuper des faits divers de notre rnal à un sou, avoir imprudemment recours au Satyricon
Pétrone. Bref, les sujets d'entretien les plus naturels squ'il s'agit d'une langue vivante sont les plus excepanels quand nous abordons une langue morte; et l'on e bien inutilement avec la difficulté si l'on cherche à nmencer justement par ceux-là. — Aux obstacles venus vocabulaire viennent encore s'ajouter ceux que fait sur- ■ la grammaire. Déjà dans les classes de langues vivantes grosses imprudences ont été commises. Il ne faut pas, me là, se contenter longtemps de mots isolés et de tourres élémentaires : la connaissance d'une langue, vivante
morte, ne commence véritablement qu'avec celle des otismes, et la grammaire doit être enseignée sans retard, urtant, quelles que soient les difficultés de la déclinaison smande ou du verbe anglais, elles n'ont pas à être toutes iolues dès le premier jour; on peut, pendant plusieurs lis, se contenter d'indications sommaires, parce que les iinences sont relativement peu nombreuses, lorsqu'elles
se trouvent pas radicalement supprimées. En latin les
'Il
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désinences sont à la fois si nombreuses et si importantei que nous devons, avant toute chose, les fixer dans 1; mémoire d'une manière imperturbable. Or ce n'est pas l'œuvre d'un jour. Nous avons vu que le professeur d( Sixième n'a pas, dans les premiers mois, de plus granc souci. Tout exercice de conversation qui s'éloignerait de; questions et des réponses les plus terre à terre et les moin^ variées ne saurait avoir pour résultat que de donner l'habi tude de l'incorrection. Le seul latin qu'apprendraient no! élèves serait ce dialecte spécial pratiqué jadis par les m mitons des collèges et resté célèbre longtemps av> l'apparition des écoles Berlitz sous le nom de latin de cui sine. Ce n'est pas ainsi qu'il convient d'appliquer au Latir les sérieux principes de la méthode directe ^
Le thème d'imitation, composé d'après les fables d( Phèdre, le De Viris ou le Selectœ, nous permet, au con traire, de nous y conformer, en usant des idiotismes qu( nous fournissent les cahiers de vocabulaire et de syntaxe 11 n'est pas un professeur qui ne se soit amusé à compose de temps à autre un petit récit sur les fables traduites pai ses élèves, pour leur donner l'occasion de parler à leuj tour la langue de Phèdre. Tel est, par exemple, celui qu( mon collègue de Cinquième retrouvait dans ses papiers ai cours d'une de nos causeries et qui nous a semblé conformJJ au bon vieil usage de nos maîtres. Nous avons été obligéi avant de le proposer aux élèves, de leur donner deux trois renseignements; il est probable que si nous avions loisir de composer, au jour le jour, une série de thèm gradués, nous n'aurions pas de peine à éviter cet inconvé nient et que nous pourrions faire appel uniquement à leui mémoire. Pourtant, il faut croire que celui-là convenait
I. J'ai 1-e regret de ne pas être d'accord sur ce point avec l'auteui des Lettres à Françoise Maman (p. a^i), et je crains fort de passeï aux yeux de M. Marcel Prévost pour « un de ces marchands de soup( routiniers qui se rebellent parce qu'on bouscule du pied leurs vieilles écuelles..! » Il y a des cas où il ne faut pas confondre la routine avec la pi'udence, et nous attendrons, jjour nous ranger à l'avis di; charmant écrivain, d'avoir constaté de visu « les résultats prodigieux » obtenus par Petit-Pierre.
;se?. à une classe de Cinquième, car le résultat fut meilur que dans les thèmes ordinaires. Voici, à titre d'indiition, et pour préciser notre pensée par un exemple très mple, le texte et l'une des copies les plus correctes ; la oitié des devoirs étaient à peu près semblables à celui-là, les autres (sauf les quatre ou cinq derniers) ne descendent guère au-dessous de la moyenne. Nous avions été Animent moins satisfaits des thèmes reçus précédemment, li ne permettaient pas de reproduire immédiatement les ots et les tournures de l'auteur expliqué.