‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 56 sur 219 · TEXTE · texte numérisé non relu

TEXTE

Phèdre raconte que l'agneau fut dévoré injustement par le

up. Il ajoute que celle fable a été écrite contre ceux qui

)priment les innocents.

Les écoliers ont coutume de plaindre le malheureux agneau

de s'irriter contre le loup cruel. Mais les écoliers ne res-

mblent-ils pas quelquefois au loup? Que font-ils lorsqu'ils

ennent une mouche inoffensive et lui enlèvent les ailes, lui

upeut les pattes et la noient dans l'encre? Est-ce qu'eux

ssi n'oppriment pas l'innocent?

Ajoutez que le loup, en dévorant l'agneau, satisfaisait sa

im suivant les lois de sa nature, tandis que le supplice de la

ouche n'est d'aucune utilité aux élèves.

Soyez donc désormais meilleurs que le loup et ne faites pas

! mal aux bêtes.

Phœdrus narrât agnum a lupo injuste devoratum esse; addit me fahulam adversus eos scriptam esse qui innocentes oppri- 'tnt. Discipuli infelicis agni misereri soient et lupo crudeli xsci. Nonne autem discipuli aliquando similes sunt lupo? lid enim faciunt, cuni muscam innoxiam. capiunt, et ei ipiunt alas , pedes succidunt atque illam in atramento ?rgunt'? Nonne ipsi innocentes opprimunt? Ad hoc accedit .od lupus in devorando agno fainem explehat, pro legibus se naiurie, cum muscse supplicium nuUius utilitatis discipulis '.. Ergo^ in posterum, curate ut lupo meliores sitis, neve quid ali bestiis faciatis.

Le lecteur pourra imaginer une série de contes analoles, en s'attachant à ne pas employer un mot ou une

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tournure qu'il n'ait fait réciter vingt fois au moins à l'en fan Ainsi procédaient jadis Bossuet et Fénelon,dans les thème; supérieurs aux nôtres probablement, qu'ils prenaient '. peine de composer pour leurs élèves, et où les jeunt princes retrouvaient comme par hasard tel ou tel épisoc emprunté à leur propre existence ; ils n'y avaient pas jom en général, le beau rôle, et la leçon de grammaire se dor blait d'une plaisante leçon de morale... C'est sous cet forme que la « Classe de latin » s'inspirerait le mieux, sar doute, des exercices en faveur dans celles de langm vivantes. Nous ne pensons pas qu'on puisse, pratiquemen s'en rapprocher davantage.

Notre domaine, en effet, n'est pas la vie contemporaine c'est le passé, c'est l'histoire. Ne pouvant consacrer rann( entière aux Fables de Phèdre, ne pouvant même pas la cou mencer par elles, c'est au De Viris et au Selectx que noi devons adapter nos thèmes d'imitation. Malheureusemen dans l'état présent des choses, le professeur de Cinquièrr se heurte à deux grosses difficultés.

La première est l'insuffisance de V enseignement historiqw Si nous voulons que les élèves s'intéressent au De Viris été Selectœ, qu'ils traitent volontiers les sujets qu'on leur propi sera dans les thèmes, il est indispensable qu'un bon coui d'histoire leur fasse connaître en Sixième l'antiquité grei que et en Cinquième l'antiquité latine. Il faut que l'histoii crée pour la yie romaine une atmosphère analogue à cel que les professeurs de langues vivantes arrivent à cré< pour la vie allemande ou anglaise... Il n'en est rien aujou d'hui. Il semble que le législateur de 1902 n'ait eu aucu souci d'établir entre les lettres et l'histoire l'harmonie indi pensable. Aussi voyons-nous les professeurs de lettres, ( grammaire et d'histoire demander d'un commun accor qu'on rende enfin à nos études l'unité qu'elles avaient jadi Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, apparaît divergence que nous avons signalée entre la méthode trc souvent suivie par les commissions de réforme et celle qi la pratique de l'enseignement amène à lui préférer. L'uni des études a été sacrifiée en 1902 à l'établissement du sy

ne des cycles et au désir que Ton avait de faciliter aux îves le départ du lycée à Tâge de quatorze ans. Sans scuter la valeur intrinsèque de cette réforme, il faut connaître qu'elle s'inspirait de considérations étrangères X besoins propres de renseignement littéraire. Tout ofesseur, tout père de famille, en effet, qui suit les efforts

l'enfant dans ces classes de Sixième et de Cinquième, nsidère avec stupeur ces programmes qui entassent dans première année toute l'histoire ancienne, pour passer à istoire du moyen âge au moment même où l'explication

De Viris appellerait un cours détaillé d'histoire romaine, ne peut comprendre cette dispersion alors que tout nous ^riterait à concentrer sur un même ordre d'idées et de ts l'attention de nos disciples. Aussi l'introduction de istoire romaine en Cinquième est-elle une des mesures les as urgentes qui s'imposent à l'heure actuelle. Seule, elle ndrait possible une certaine analogie entre la classe de latin celles de langues vivantes ; seule, elle nous permettrait

soutenir sans trop de désavantage leur écrasante concurnce, en donnant de la vie et de l'intérêt à nos exercices

thème, en faisant vivre nos élèves dans un milieu latin. La seconde difficulté sera plus longue à résoudre, parce l'elle suppose une sérieuse refonte des deux livres en âge dans la classe de Cinquième. Le Selectse d'Heuzet et De Viris de Lhomond constituaient, à l'époque où ils ont ru, une grande nouveauté; ils ont marqué en 1727 et en 79 un progrès considérable. Mais rien n'oblige à penser ! ce progrès qu'il ait été définitif. Beaucoup de profesurs de grammaire les trouvent à la fois mal gradués et 3p peu vivants; nous rêverions, pour notre compte, d'un 're où l'on condenserait l'œuvre des deux humanistes, lur la rendre plus simple encore dans les premiers châtres et plus animée dans les autres, un livre qui serait t peu à peu en classe, avec les élèves, où l'on modifierait 5 textes traditionnels suivant l'accueil que leur font les isses du XX® siècle. Ainsi procède M. Bouillot pour ses tits livres français de l'enseignement élémentaire : pas

texte n'a été imprimé et commenté par lui sans qu'il

Tait éprouvé, plusieurs années de suite, dans sa propri classe... Ainsi devra procéder le Lhomond doublé d'ui Heuzet qui voudra nous donner enfin le « tableau de k vie romaine », à l'usage des débutants. — C'est alors, dam ce patient travail d'accommodation, que cet humanist pourra doubler le nouveau texte d'une série de thème d'imitation; il les écrira en songeant à la constitution ( cahier de vocabulaire et du cahier de syntaxe, de manié: à offrir chaque jour à nos élèves une dose raisonnable t mots et de tournures nouvelles; et le thème de la semaini s'appuyant sur les quatre ou cinq chapitres expliqués dépouillés, assimilés, sortira tout naturellement de ce tri vail bien conduit. Les Académies récompensent tous l jours des livres moins utiles et plus ennuyeux cent f( que ne serait ce modeste ouvrage. Œuvre de patience c de bonté, elle exigerait chez le professeur de Cinquièna qui consacrerait à l'écrire plusieurs années de son ensé gnement des qualités de caractèi'e égales à son talei d'humaniste... Souhaitons qu'apparaisse bientôt ce biei faiteur de l'enfance, et qu'il rende possible, dans une cen taine mesure, l'application au thème latin des meilleui( procédés de la méthode directe.

Jusque-là, il est à craindre que le thème ainsi conçu n reste ce qu'il est encore, un procédé ingénieux, assez goûl des élèves, mais peu praticable, en raison du travail excessi parfois découi'ageant, qu'il demande aux maîtres. Il fau: pour que la rédaction de ces thèmes ne devienne pas pou nous un casse-tête chinois, que le livre même d'explicî tion soit conçu en vue de ces exercices, et ce n'est le cas i du De Viris ni du Selectse actuel, ni même des Fables i Phèdre. On pourra s'y exercer de temps à autre, s'e amuser à propos de quelques textes favorables, faire entr voir aux élèves la terre promise à leurs successeurs. Mais il faudra sans doute se contenter, dans le train ord naire de la classe, de la récitation assidue des cahiers c vocabulaire et de syntaxe. Nous avons la conviction qm d'une manière évidemment moins complète et moins int< ressante, mais suffisante néanmoins, elle nous rapprochei

1 but que nous devons désormais poursuivre : la compalison continuelle entre l'expression latine et l'expression ançaise, et l'habitude de découvrir, en passant de Tune à mtre, l'idiotisme équivalent.

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