‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 64 sur 219 · ORGANISATION GÉNÉRALE EXERCICES ORAUX ET EXERCICES ÉCRITS · texte numérisé non relu

ORGANISATION GÉNÉRALE EXERCICES ORAUX ET EXERCICES ÉCRITS

Nous voici donc arrivés, après un détour nécessaire, à ;xercice capital, recommandé par Rollin et prescrit par ),s Instructions, celui qui, loin de décourager Télève, ngage « à se prêter au maître, et lui épargne beaucoup temps, de peine et de punitions » : Ve.rplication des '.tours! Là, pourtant, là encore, la « coutume tyrannique » ïe par le « vertueux recteur » maintient ses prétentions, nous retrouvons sous une nouvelle forme son éternel prit! De même que le thème écrit avait pour elle plus importance que la lecture des textes, de même dans tude proprement dite des auteurs, elle conserve pour xercice écrit une préférence marquée, aux dépens de xercice oral. Oh! sans doute on reconnaît, en principe, e pour de très bons sujets, Texplication préparée est e chose excellente ; mais on se hâte d'ajouter qu'elle ste lettre morte pour la moyenne des élèves; que pour ux-là, disent des hommes qui à certains égards ne inquent pas de pénétration, mieux vaut une version

• rite, même médiocre, que dix explications mal préparées I mal suivies...

Un père de famille résumait tout récemment cette opinn très répandue : « Monsieur, dit-il à un de mes amis, ]ofesseur dans un lycée de Paris, j'ai deux fils. Le plus J!me est éveillé, travailleur : c'est celui que je vous ai ( nfié. Votre méthode lui convient, parce qu'elle repose ir l'explication orale; les préparations, qu'il fait avec sin, lui permettent de voir beaucoup de latin, de se fami- Iriser avec la pensée, le style de l'auteur; il tire, en un

• )t, de ses études le profit moral et intellectuel que nous ( vons en attendre.

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Mais, précisément pour ce motif, je n'ai pas osé vou donner l'aîné ; sans être un fieffé paresseux, il n'a pas l'ac tivité, la curiosité de son frère; j'ai craint qu'il ne fît ma ses préparations, ne vous écoutât mal en classe et ne prî définitivement Thabitude de la négligence. Je me sui donc adressé pour lui à une institution où l'on use beau coup des devoirs écrits ; c'est une méthode évidemmen moins intelligente que la vôtre, mais qui force les élève médiocres à fournir une preuve matérielle de leur travail Voilà pourquoi vous n'avez dans votre classe que le meil leur de mes fils!... » Et mon collègue, séduit par ce hard paradoxe, ne le trouvait pas ridicule. Combien la réponse pourtant, lui eût été facile, s'il avait eu plus de confianc( dans ses propres principes et dans la puissance d'uni méthode qui est celle de l'avenir : « Cher Monsieur, eût-i pu dire, votre jugement est flatteur, trop flatteur, pour m; personne et celle de votre second fils ; mais permettez-mo de craindre qu'il ne soit un peu sévère pour celle de votr( fils aîné. Ce n'est pas absolument un paresseux, dites-vous.. Etes-vous sûr que nous n"avons pas des moyens sérieux efficaces, d'obtenir qu'il lise les textes, qu'il nous écoute ei classe, et qu'il conserve une trace de nos observation! communes? Etes-vous bien sûr, en revanche, que, livré i lui-même devant son papier, il n'apporte pas à l'exercici écrit, ennuyeux, multiplié, une négligence égale à celle qui vous redoutez dans les exercices oraux ! Pour mon compte je n'ai jamais constaté que la nécessité de remettre uni copie rendît un élève exact et attentif, lui donnât le goût di travail et le désir de bien faire! Je suis écœuré de sentir même dans un devoir d'apparence à peu près correcte tout ce qu'il révèle d'indolence invétérée, de mollesse e d'inertie... Croyez-le, s'il y a quelque chance de réveille de pareilles natures, c'est justement par l'action immédiat du professeur, et elle ne peut s'exercer que si l'explicatio: orale a décidément le pas sur la version écrite, si toute un série de procédés en assurent à la fois le contrôle, si... Mais il est probable que j'aurais parlé dans le vide! U: homme aussi résolu, très intelligent sans doute, mai

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absolu dans ses jugements, m'eût écouté avec un sourire poli, bien décidé, au fond de son cœur, à ne jamais laisser l'aîné de ses fils rejoindre le plus jeune dans une classe trop bien faite !

La vérité est pourtant que l'exercice oral est plus facile à contrôler, si Ton veut en prendre la peine, que l'exercice écrit; l'objection fondée sur la négligence fatale des élèves (la seule qu'on nous oppose sérieusement) ne résiste pas à un examen attentif. — Tout d'abord, si l'exercice est bien fait, l'élève s'y attache davantage; un auteur, un livre entier, lus avec persévérance, offrent un peu plus d'intérêt qu'une série de petites versions détachées, sans lien et sans suite; on peut même dire que plus on présentera aux élèves de grands ensembles, plus on les encouragera à connaître, soit par des analyses, soit par la lecture de la traduction, l'œuvre entière de l'écrivain, et plus on aura chance de secouer leur ineitie; ils ne s'intéressent aujourd'hui qu'à un enseignement d'idées, et seule l'explication orale permet de leur exposer la philosophie d'un auteur. — Quant à la classe elle-même, elle est généralement plus vivante dans une explication bien dirigée que dans la correction, même soignée, d'un devoir; l'élève qui a rerais sa copie en est à peu près détaché; si son devoir ne lui est pas rendu le jour même, il a déjà presque oublié ce qu'il pensait en le faisant, et la correction vient se plaquer sur des souvenirs refroidis ; elle ne fait pas corps avec eux. L'impression qu'elle produit reste superficielle, parce que le moment est passé depuis longtemps où l'esprit, dans la chaleur de la recherche, se la serait assimilée. Une seule chose dans la version rendue intéresse, même les bons élèves : le nombre des fautes et la note chiffrée. Il n'en est pas de même dans une préparation faite la veille au soir ou le matin, si l'on sait stimuler la classe de deux manières :

1° Par une série de questions si précises qu'elles ne laissent pas de place pour des réponses ambiguës, si bien posées qu'elles démasquent, pour la joie maligne des camarades et la confusion du coupable, sa paresse ou sa négli-

BEZARD, Lalin. ÏO

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gence. Beaucoup de professeurs excellent dans ce rôle de juge d'instruction, qui est (ne l'oublions pas) une partie essentielle de leur métier; il n'est peut-êtx'e pas un lecteur qui ne se rappelle encore quelque scène de ce genre gravée dans son souvenir! C'est un jeu, pour un bon maître, dès qu'il a un peu d'expérience, de démasquer ainsi les ruses des élèves ; l'un plaisante, l'autre gronde, un troisième feint l'indignation, un autre la pitié; mais tous font comprendre que la sanction, si légère quelle soit, sera toujours impitoyable, et les élèves ont vite fait de se rappeler qu'avec M. Un Tel, « il faut avoir préparé » ! Une seule cii'constance peut gêner, parfois même paralyser les efforts des meilleurs maîtres : tel est le cas, trop fréquent, oîi leur classe dépasse trente élèves. Mais comme aucun exercice, au-dessus de ce chiffre maximum, ne saurait être bien fait, ce n'est pas la substitution de la version écrite à la préparation qui peut remédier à ce vice rédhibitoire. En revanche, au-dessous de trente élèves, vous ne verrez pas un professeur sachant son métier qui ne trouve dans la pratique de cet interrogatoire un moyen d'action plus puissant encore que l'encre rouge ou violette répandue sur les copies.

1° Par la confection des cahiers de vocabulaire et de syntaxe, et la cei'titude où l'on met chaque élève d'avoir à rendre compte des notes qu'il a dû prendre et recopier. C'est un fait d'expérience, bien connu de tous les travailleurs, qu'on ne lit utilement que la plume à la main. Il faut toujours être prêt à résumer un chapitre ou un paragraphe, à prendre copie d'un document original, à noter un fait caractéristique. Même quand nous ne trouvons pas l'occasion de prendre la note, le fait seul de nous tenir prêts nous met dans un état d'esprit favorable à l'observation; nous sommes, non plus passifs, comme un simple flâneur, mais actifs, comme un chasseur, toujours sur le point de voir se lever devant nous une idée, capables, en une seconde, d'abaisser notre porte-plume comme on épaule un fusil. Rien ne surexcite l'attention comme cette intelligente curiosité. A plus forte raison, lorsque vingt-

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cinq ou trente élèves se tiennent ainsi à l'affût d'un texte, intéressés à se distinguer, à signaler le mot de valeur, à rappeler la règle de syntaxe, à conseiller telle ou telle noie... La confection des cahiers peut devenir, dans une bonne classe, le stimulant par excellence; comme le disait très justement M. Géant, ces instruments de travail sont aussi utiles à fabriquer qu'à consulter; ils deviennent, aux yeux des élèves, la principale raison d'être de la préparation.

Autrement dit, le succès des exercices oraux (comme de tous les exercices!) est une question de discipline intellectuelle et morale. Sachons donner aux élèves de bonnes habitudes de travail ; faisons régner chez eux une crainte salutaire par des interrogations bien conduites ; stimulons leur initiative, leur curiosité, faisons appel à leur amour-propre par une juste émulation, et l'explication orale deviendra, suivant le vœu du programme, non seulement « le principal exercice de la classe », mais l'exercice par excellence, auquel les autres doivent être humblement subordonnés.

La version latine jouera alors son vrai rôle, qui est de devenir simplement un exercice de contrôle. Elle forcera périodiquement l'élève à se rendre compte de ce qu'il sait faire, seul devant son texte, sans dictionnaire (autant que possible), sans secours d'aucune sorte et dans un temps donné. Elle lui présentera, fidèle comme un miroir, ses défauts et ses qualités; d'autant mieux que, s'il avait, par hasard, quelque tendance à atténuer les uns pour grossir les autres, la correction du professeur sera là pour lui rappeler l'impitoyable vérité. Aussi les élèves ont-ils grandement raison de ne s'attacher qu'à une chose, dans l'examen sommaire (très sommaire!) qu'ils font en général de leurs copies corrigées. Peu importent les indications manuscrites que prodiguent, hélas, en vain! tant de maîtres trop dévoués; ces remarques-là relèvent de la correction orale ; elles doivent entrer dans les cervelles par l'oreille et non par les yeux. Ce qui est capital, au contraire, dans l'esprit de l'élève, c'est la « cote », et il n'a pas tort ; rien ne lui donne plus de confiance dans son professeur que la sûreté avec laquelle on lui assigne sa note

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en chiffres; j'ai vu des élèves tracer de véritables graphiques, où la série de leurs notes était figurée par la ligne sinueuse d'un baromètre enregistreur ; lorsque cette « cote » est confirmée par celle de la Faculté, les candidats ne manquent pas d'en informer les générations suivantes, et l'autorité du maître est par là très fortifiée. Telle est, véritablement, l'utilité de la version, et la nature elle-même nous parle là, une fois encore, par la bouche des jeunes gens. La version sert à instruire l'élève sur le nombre de ses fautes, et le professeur sur la cause qui les a fait commettre; elle avertit l'écolier qu'il doit prolonger» son effort, et elle indique à son maître dans quel sens cet effort doit être dirigé. Mais quant à l'effort lui-même, c'est sur la lecture des auteurs qu'il doit le plus souvent porter. Aussi allons-nous d'abord parler de la lecture. Après avoir défini, au début de la Cinquième, la méthode d'explication sous sa forme élémentaire, nous demanderons aux jjrofesseurs de Cinquième, de Quatrième, de Troisième et de Seconde de nous la faire connaître à propos de textes de plus en plus difficiles. Grâce à eux, nous verrons surgir des auteurs les plus divez's les principes généraux, les vieilles idées classiques, toujours vieilles et toujours jeunes, sur lesquelles repose tout notre enseignement; et sans doute mes collègues y ajouteront cet élément individuel, élément précieux d'intérêt et de variété, qui viendra de la différence des tempéraments et des goûts ; mais tous nous rediront, dans l'interprétation vivante et personnelle des textes, que là est la vraie manière d'acquérir des connaissances et de se pénétrer, en les comparant, du génie propre aux deux langues, la latine et la française. Plus tard seulement, et pour finir, nous insisterons à propos de la classe de Première sur la version latine, et sur les diverses formes qu'il convient de lui donner... Mais la fin des études est encore loin de nous ; nous avons le temps de lire, d'écouter et de réfléchir. Apprenons avant d'écrire, acquérons avant de contrôler les connaissances acquises; et commençons, en Cinquième, par le commencement, c'est-à-dire par l'explication du modeste De Viris.

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