QUELQUES LIGNES DU DE VIRIS
C'est dans les premiers jours de février que j'eus le plaisir de pénétrer en Cinquième, dans la classe de M. Baudrillart. Je n'eus pas de peine à me rendre compte qu'à ce moment, la distinction entre les classes de préparation et les classes d'explication, si nécessaire en Sixième, serait désormais plus nuisible qu'utile. Évidemment, le professeur ne saurait s'interdire d'élucider à l'avance les plus grosses difficultés et d'aplanir les obstacles qu'il juge infranchissables; mais il est bon de donner à l'élève de Cinquième une certaine initiative et de le laisser faire seul sa préparation.
Ce travail, dont mon collègue prit soin de rappeler à la classe les caractères essentiels, comporte, sur chaque phrase, deux opérations successives d'une nature très différente :
I. Il faut d'abord considérer la phrase étrangère en ellemême, sans se préoccuper de la traduire en français, il faut en faire l'analyse, (suivant le procédé que le lecteur a vu appliquer déjà au français en Septième, et au latin en Sixième), distinguer les propositions les unes des autres, en définir la fonction, examiner ensuite les termes de chaque proposition, bref, déterminer les rapports qui unissent les différentes parties de la phrase. Tel est le principe fondamental, commun à la méthode classique et à la méthode directe. Il consiste à envisager directement la phrase latine, allemande ou anglaise, sans s'occuper du sens qu'elle peut avoir en français, pour en comprendre d'abord l'organisation, sans autre secours que la connaissance des habitudes étrangères. Sùv, Ta^tç, assemblage... Le mot syntàxe, qui désigne cette partie de la grammaire, définit exac-
lao L ENSEIGNEMENT MOYEN
tement l'opération intellectuelle qu'elle rend possible. Il s'agit, en s'inspirant des règles de la syntaxe, de reconnaître dans un texte les diverses pièces d'assemblage analogues aux exemples-t5'^pes de la grammaire et de leur assigner le rôle voulu par les lois du langage.
1. Alors, mais alors seulement, nous devons nous préoccuper du sens et traduire chaque expression. Alors, mais alors seulement, l'élève doit recourir, pour les mots qu'il ne connaît pas, au lexique très élémentaire mis à la fin du De Viris. L'idéal serait qu'il n'eût jamais plus de cinq ou six mots nouveaux à chercher par préparation, et c'est dans ce sens que devra travailler l'auteur de l'œuvre souhaitée, le Lhomond de l'avenir que nous appelons de nos vœux. En attendant, servons-nous des livres déjà sérieux que nous avons entre les mains... Si simple que soit en Cinquième le travail de traduction, il ne doit pas moins se faire suivant deux règles capitales que nos élèves connaissent et appliquent dès la Sixième :
a) suivre V ordre du latin, autant que possible, c'est-à-dire au moins dix-neuf fois sur vingt;
b) grouper ensemble les mots formant une expression véritable, pour les traduire tout de suite par une expression française, sans passer par l'intermédiaire d'un « mot à mot » barbare.
Autant l'analyse préliminaire développait chez l'élève le raisonnement, autant la traduction doit lui former le goût, lui donner le sentiment de l'harmonie dans la phrase et de la propriété dans les expressions. Aussi pourrons-nous dire que dans ces quelques pages, modestement consacrées à dix lignes du De Viris, est contenue plus qu'en germe toute la méthode d'explication.
TEXTE DU DE VIRIS PuBLius Cornélius Scipio Africanus. (XL, 19.)
Cum Scipio Africanus Liternii degeret, complures prœdonum duces ad eum videndum forte confluxerunt. Scipio eos ad vim faciendam venire ratus, praesidium servorum in teclo collo-
LA LECTURE DES TEXTES l5l
ravit, aliaque parabat quibus ad eos repellendos opus erat. (^uod ubi pi'sedones animadverterunt, abjectis armis, januae appropinquant, nuntiantque se non vitœ ejus hostes, sed virtutis admiratores venisse, conspectum tanti viri expetentes; pioinde ne gravaretur se spectandum prsebere.
— Nous avons aujourd'hui un bon élève, D., qui, pour des raisons de famille, n'a pu faire la préparation. II va nous donner l'occasion de suivre son travail, en présence dun texte inconnu de lui, et de voir s'il applique bien la méthode dont je viens de rappeler les pinncipes. Allez, D.
1'^'^ phrase.
D. — Cum Scipio A f ricanas Liternii degeret, complures prsedonum duces ad eum i'idendum forte confluxerunt.