Livre XXVH, chap. /i5 et
2. Hoc illud est praecipue in cognitione rerum salubre ac frugiferutn, omnis te exempli documenta in illustri posita monumento intueri; inde tibi tuaeque reipublicœ, quod imitere, capias, inde, fœdum inceptu, fœdum exitu, quod vites.
IÇ)S LES HUMAMTÉS LATINES
sans cesse la vertu romaine, de justifier tous les actes du peuple et du sénat romain. Ici, la conduite de Rome est tellement admirable que la narration peut être un éloge continu sans altérer la vérité; l'enthousiasme de Thistorien n'a même que des avantages et prête une vie singulière au récit du grand drame, du duel gigantesque livré entre le génie d'Hannibal et celui du peuple romain. Nous sommes au 4*^ acte de cette émouvante tragédie. Le premier nous a fait voir la marche d'Hannibal traversant la Gaule et les Alpes pour fondre sur Tltalie (219). Dans le second, quatre tableaux, quatre victoires prodigieuses : le Tessin (218), la Trébie, Trasimène (217) et Cannes (216). Le troisième nous présentait Hannibal à son apogée, maître de Capoue en 21 1, et campé aux portes de Rome, mais ne sachant, ou ne pouvant, pousser jusqu'au bout sa victoire, et reculant pas à pas devant la ténacité d'un grand peuple qui n'avait pas voulu mourir. Mais un homme de génie ne se rend pas ainsi, sans avoir tenté un suprême effort; avant que Scipion ne l'oblige (ce sera le 5*= acte) à quitter l'Italie, frendens gemensque, il fait trembler encore une fois son redoutable adversaire, et Rome court un dernier danger : c'est la crise suprême avant le dénouement, la bataille décisive du 4* acte. — Jamais Tite-Live n'a été mieux servi par ses défauts mêmes, sa partialité pour Rome, son admiration sans limites pour la valeur de la race latine, l'endurance des soldats romains et le talent des généraux. Car jamais mieux que dans ces graves circonstances, entre Hannibal si dangereux encore et la puissante armée de son frère Hasdrubal, le peuple et le sénat romain ne montrèrent toutes leurs qualités; et rarement ils trouvèrent, pour lui confier leurs armées, un homme de guerre supérieur au consul Claudius Néron.
Avec quelle habileté dans la composition, avec quelle finesse dans l'analyse des faits, quelle profondeur dans l'explication des causes Tite-Live nous montre à l'œuvre , le grand chef de guerre, c'est ce que nous allons essayer de à voir dans deux épisodes. Tout ce que l'art du psychologue ' et du peintre peut prêter de vie à l'histoire, Tite-Live
l'applique à ce récit; il en tire une série de scènes toutes plus animées les unes que les autres et propres à nous faire parfaitement comprendre comment les choses se sont passées.