VENDREDI 27 AVRIL
La malade meurt à 13 heures de paralysie respiratoire, au cours d'une syncope, avant que nous n'ayons reçu le sérum et l’anatoxine.
Le traitement se borna donc en :
Injections de sérum glucosé.
Pilocarpine. . . . . 3 centigrammes par jour. Strychnine. . . . . 6 milligrammes par jour.
Huile camphrée. . . . 2à 3 ampoules par jour.
Notre diagnostic posé, nous avons fait savoir à la famille J... de cesser la consommation du jambon suspect, de nous lapporter et de se faire hospitaliser, afin de Subir le traitement spécifique.
Tous, nous le verrons par la suite, présentaient les symptômes de l’inloxication, mais à un degré beaucoup plus bénin.
Le jambon, d'aspect normal, présentait une odeur de beurre rance très caractéristique. Il fut expédié à lInstitut Pasteur de Paris, le “lendemain. <
Le résultat de l'analyse, venant confirmer d’une façon absolue le diagnostic de botulisme, fut le suivant :
«Jambon botulique: Chair contenant des spores de la bactérie ainsi que la toxine, puisque l’inoculation de la chair au cobaye l’a lué très rapidement. Nous avons pu déterminer quil s'agissait de la souche de bacille botulique de type B. ».
Signé : Dr Legroux.
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La famille J... comprenant le père, la mère, le fils et la fille, fut hospitalisée le 29 avril.
Monsieur Iréné J..., 38 ans, élève au cours de l'année 1944 un porc, l'engraisse avec de fortes proportions de laitages, l’'abat au mois d'août, en pleine période de chaleur et le conserve avec le strict minimum de sel.
Nous verrons, au cours de ce travail, la grande influence de ces facteurs sur l'éclosion et l’évolution du germe botulique.
À la mi-mars, Monsieur J... commence à consommer l'un des jambons conservés.
Deux ou trois jours plus tard il éprouve, dit-il, quelques difficullés à lire son journal. à
La sécrétion salivaire diminue également d’une façon notoire ; il a alors de la peine à déglutir les aliments solides, notamment le pain.
Dans les jours qui suivent, un certain degré de ptosis se déclare. Le malade ne peut relever ses paupières qu’à moilié.
La dysphagie a empiré et les aliments solides repassent par le nez; le malade ne peut alors absorber que des liquides.
La constipation, opiniâtre dès le début, reste rebelle à tout traitement.
Le malade n'a jamais eu de fièvre, ni autres troubles. C’est alors que le médecin traitant, appelé en consultation, pense à une encéphalite épidémique.
Nous sommes à ce moment à la fin du mois de mars.
Il est à noter que Monsieur J... continue à manger du jambon, mais d'une façon discontinue. Il se rappelle être resté parfois une semaine sans en consommer, semaine pendant laquelle les symplômes, surtout oculaires, lui paraissaient s'améliorer pour reprendre une nouvelle phase de recrudescence, deux ou trois jours après avoir consommé du jambon, lequel était chaque fois mangé cru.
Durant les trois semaines précédant le repas qui devait être fatal à sa belle-sœur, Monsieur J... ne mangea plus de jambon.
Nous avons vu en effet, plus haut, qu'il ne pouvait plus avaler que des liquides.
Pendant ces trois semaines il y eut une très nette ‘amélioration de son état, ce qui lui permit, une semaine avant l’arrivée de sa belle-sœur, de consommer une nouvelle tranche de jambon.
Il est à noter que cette tranche qui fut, exceplionnellement el par hasard, grillée, ne provoqua aucune recrudescence des troubles, ce qui montre donc que l'aliment perdait, par la cuisson, son pouvoir toxique.
Monsieur J... peut alors à cette date avaler de nouveau presque tous les aliments solides. Seuls persistent un léger trouble de l’accommodation, qui ne lui permet pas encore de lire les petits caractères d'imprimerie, et la constipation qui est restée opiniâtre.
À l'occasion de l’arrivée de sa belle-sœur, Mme DS (Observ. 1), il mange au déjeuner deux tranches crues du jambon ho
Deux jours plus tard reprennent ous les troubles.
La paralysie de l’accommodation, qui avait, nous l’avons vu, nolablement régressée, redevient complète ; le ptosis, également, réapparaît.
Les troubles dysphagiques renaissent avec autant, sinon plus, d'intensité que par le passé.
Monsieur J... est hospitalisé.
Examen du malade: Le malade très faligué, présente, en plus d'une asthénie notoire, deux groupes de symptômes: les uns d'ordre oculaire, les autres d'ordre digestif.
Troubles oculaires : Mydriase très marquée ; fixe, elle n'est modifiée ni sous l'influence de la lumière, ni sous celle de l’accommodation. Le malade ne peut lire le journal, pas même les gros caractères. Il n’accuse pas de diplopie. Il existe uñ certain degré de ptosis, l'œil étant à moitié fermé et la paupière supérieure ne pouvant être relevée.
Toutefois, on ne note aucune paralvsie de la musculature extrinsèque ; ‘les mouvements latéraux, supérieurs, inférieurs et la convergence restent : possibles : aucun nystagmus.