VI NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
en riant, de ces petits objets ! et combien peu m'ont été rapportés par d'honnêtes ouvriers ! A la longue, cependant, le total peut faire , comme on dit, une perte conséquente. »
Les qualités de M.Sturm étaient bien appréciées par la jeunesse intelligente qui suivait ses leçons. « On admirait, dit Uun de ses élèves (*) , ( et j'ajouterai : Ton aimait) cet homme supérieur s'étudiant à s'effacer, pénétrant dans l'amphithéâtre avec une timidité excessive, osant à peine regarder son auditoire. Aussi le plus religieux silence régnait-il pendant ses leçons, et on pouvait dire de lui comme d'Andrieux, qu'il se faisait entendre à force de se faire écouter, tant est grande l'influence du génie! »
Enfin , pour achever de faire connaître l'homme éminent que nous venons de perdre , nous citerons encore les paroles touchantes prononcées sur sa tombe par M. Liouville, le jeudi 20 décembre 1 855.
« Messieurs,
» Le géomètre supérieur, l'homme excellent dont nous accompagnons les restes mortels , a été pour moi , pendant vingt-cinq ans, un ami dévoué; et par la bonté même de cette ami lié ^ comme par les traits d'un caractère naïf uni à tant de profondeur, il me rappelait le ms ître vénéré qui a guidé mes premiers pas dans la carrière des mathématiques , l'illustre Ampère.
» M. Sturm était à mes yeux un second Ampère : can-r dide comme lui , insouciant comme lui de la fortune et des vanités du monde*, tous deux joignant à l'esprit d'invention une instruction encyclopédique ; négligés ou même dédaignés par les habiles qui cherchent le pouvoir, mais exerçant une haute influence sur la jeunesse des écoles , que le génie frappe *, possédant enfin , sans l'avoir désiré, sans le savoir peut-être, une immense popularité.
(*) M. Re(jray-Belmy, ancien élève de l'École Polytechnique. Voirie Sièclu du 3o décembre i855.