ÉQUATIONS AUX DIFFÉRENTIELLES TOTALES
656. L'étude des équations non linéaires aux dérivées partielles nous amènera à considérer des équations de la forme
( i ) X dx -+- Y dy + Zrfs = o,
dans lesquelles X, Y, Z sont des fonctions données de x,y, z\ ces trois dernières variables étant assujetties à une seule condition, on peut regarder deux d'entre elles, x et y par exemple, comme indépendantes, z étant fonction des deux autres : alors dz est la différentielle totale de z correspondant aux accroissements dx et dy des deux variables indépendantes.
On voit tout de suite, en raisonnant comme au n° 530, que l'expression de z en fonction de x et de y doit nécessairement dépendre d'une constante arbitraire ; car donnons-nous la valeur z0 de z pour x = x0 et y =yo 5 l'équation (i) nous donne les accroissements dz que z0 doit subir quand on passe des valeurs x0, y0 des variables indépendantes à d'autres valeurs qui se succèdent par degrés infiniment petits ; la valeur générale de z dépend donc de sa valeur arbitrairement choisie au point de départ.
Toutefois, on n'est plus certain de former de la sorte une fonction bien déterminée de x et dey : il pourrait arriver qu'en faisant croître ces variables de x0 à x, et dey0 à/l} on obtînt pour z une valeur qui dépendît de la loi des accroissements simultanés de x et de y, et fût absolument indéterminée. Et précisément, nous allons voir que l'équation (î) ne peut donner pour z une valeur fonction de x et de y, dans le sens ordinaire de ce mot, que si une certaine condition est remplie.
Si nous posons
nous tirerons de l'équation (i)
dz = Pdx + Qdy; on a donc
dz . dz
mais, d'après une propriété générale des fonctions de plusieurs variables, on doit avoir
d dz __ d dz dy dx ~~ dx dy
Pour calculer ces dérivées secondes, il faut remarquer que P et Q contiennent non seulement x et y mais encore z qui est fonction de Tune et de l'autre ; la condition devient, eu égard au* équations (3),
{i) dy^^dz dx^ dz'
effectuons les différentiations en remplaçant P et Q par leurs valeurs (2) : on peut tout multiplier par Z2, et il vient, après de simples réductions,
\dz dy) \dx dz ) \ dy dx]~~
Nous avons dit que pour des valeurs quelconques de x et y on peut se donner arbitrairement z ; l'équation (5) doit être vérifiée pour un système quelconque de valeurs de x,y, z ; elle doit donc être une identité.
657. La condition (4) ou (5), nécessaire pour l'existence de la fonction cherchée z7 est aussi suffisante : nous le reconnaîtrons en apprenant à déterminer z. Il faut et il suffit que cette inconnue satisfasse aux deux équations (3) : considérons d'abord l'une d'elles, par
igO COUH.J» D ANALYSE.
exemple
puisque l'équation ne contient pas de dérivée relative à y, on peut (64i) l'intégrer comme une équation différentielle ordinaire, en traitant y comme une constante, à la condition de remplacer la constante d'intégration par une fonction quelconque, a, de y. Soit donc
l'intégrale de l'équation (6) : je la suppose résolue par rapport à z pour abréger l'écriture dans l'analyse actuelle ; mais dans la pratique on la prendra sous la forme où elle se présente. Nous devons déterminer a de manière que la seconde condition (3) soit satisfaite, c'est-à-dire que l'on ait
O - — dFd* dy ~TT da dy9 d'où
.Q, dOL / d¥\ dF
(8) dy-{^d^):di'
Le premier membre est fonction de y seul; le second membre, quand on aura remplacé z par sa valeur (7), devra être indépendant de x ; en égalant à zéro sa dérivée relative à x, on trouve
dQ p</Q d*F \ dF / dF\ d*F dx dz dx dy / d% \ dy) dx dx ~ '
ou, en ayant égard à l'équation (8) et divisant par
àF . , t .
-j- 9 qui n est pas nul,
dx ' dz dx dy dx da dy ~~
Mais, l'équation (7) étant l'intégrale de (6), on a identiquement
p dF
l^a dérivée du premier membre de celte identité par rapport ky est nulle :
d? QdP d*F d*F dz
dy dz dx dy dx d% dy ~~
Si l'équation (4) est satisfaite, cette identité prouve que l'équation (9) est aussi identiquement satisfaite. L'équation (8) est alors une équation différentielle ordinaire entre a ety, z étant remplacé par sa valeur (7); on peut en trouver l'intégrale, qui contient une constante arbitraire G, et il suffit d'éliminer a entre cette intégrale et l'équation (7) pour avoir la relation cherchée entre x, y, z et G.
On aurait pu partir de la seconde des équations (3), ou même prendre z avec x ou y pour les variables indépendantes. Dans tous les cas, il faut d'abord intégrer l'équation à laquelle se réduit la proposée quand on suppose constant x,y ou z; on fera le choix qui doit rendre cette première intégration la plus facile.
658. Quand la fonction z existe, ou quand l'équation proposée est intégrable, on peut supposer l'intégrale résolue par rapport à la constante qui y figure :
on en tire
dv , rf© . dv .
-~ dx -\ — î- dy -\ — r*- dx = o ;
dx dy ' dz
pour que cette équation et la proposée soient satisfaites par les mêmes valeurs de dx, dy, dz, il faut qu'on ait
2* — ïi — ïk-
ces relations, devant avoir lieu pour un système quelconque de valeurs x0,y0, z0, sont des identités : si Ton appelle jjl la valeur commune des fractions, on aura
IÇ2 COURS D ANALYSE.
identiquement
^ dx' p dy9 * dz'
il existe donc au moins un facteur p., fonction de x,y, z, par lequel il suffit de multiplier X dx H- Y dy 4- Z rfs pour Je rendre différentielle exacte.
Si Ton ne connaît pas l'intégrale de l'équation (1), la recherche régulière du facteur d'intégrabilité p. est difficile; mais il est bon de regarder si on ne l'aperçoit pas immédiatement, comme cela arrive dans les cas simples ; on en déduirait l'intégrale avec une extrême facilité.
659. Exemple. — Soit l'équation (1) yzdx — xzdy — (x*-+-y*)dz = o.
L'équation de condition (5) est ici
yz(— x~h iy) — xz( — 2X — y) — (x*-hy*)(z -h z) = o :
elle est identiquement satisfaite. Gomme c'est z qu'il faut supposer constant pour simplifier le plus possible l'équation (1), je prends y et z comme variables indépendantes. On doit avoir
dx x dx a** -4- v*
dy y dz yz '
la première condition donne x = ay, a étant une fonction de z; la seconde condition devient alors
d.r dz __ y*(i -4- a*) # dz ~~* dz ~~ yz
elle se réduit à une équation entre a et z, soit
dz t -4- a* di dz
dz ~~~ z 1 -t- a2 "" z '
d'où