U VIE ET LES TRAVAUX
DE Ch. STDRM.
Cbarles Stukm naquit à Genève « alors chef -lieu du département du Léman, le 6 vendémiaire an XII (2a septembre i8o3). Sa famille, qui appartenait à la religion protestante, était originaire de Strasbourg et avait quitté cette ville vers 1760. Elle comptait probablement parmi ses ancêtres deux hommes célèbres au xvi* siècle, Jacques Sturm, président (stadt'Tneister) de la république de Strasbourg, qui se distingua dans la lutte de cette ville contre Charles-Quint, et Jean Sturm, humaniste, diplomate, théologien, dont le nom se trouve mêlé à toutes les querelles littéraires, politiques et religieuses de son époque.
Le jeune Sturm montra de bonne heure des dispositions extraordinaires, et il obtint au collège de nombreux snccès dans toutes les parties de ses études. Il apprit avec une égale facilité les langues anciennes et modernes, la littérature, l'histoire. On nous a même rapporté qu'a douze ans il composait des vers qui décelaient beaucoup d'imagination et de sensibilité. Mais, k mesure qu'il avançait eu âge, il donnait une préférence de plus en plus marquée aux études scientiGques.
XX MOTICE.
Sturm quitta le collège en 1818 pour suivre les cours plus savants de PAcadémie de Genève. Il y eut pour professeurs MM. J.-J. Schaub, le colonel (depuis général) Dufour et Simon Lhuilier. Ce dernier, géomètre éminent, avait pour son élève une vive affection et se plaisait à lui prédire un brillant avenir. Il eut le bonheur de vivre assez longtemps pour voir ses prédictions se réaliser.
En 1819, un grand malheur vint frapper Sturm et le mettre aux prises avec les nécessités de la vie. Son père mourut dans la force de Tàge, ne laissant aucune fortune à sa veuve et à quatre enfants, dont Charles était Tatné. Pour venir au secours de sa mère, qu'il aimait tendrement, Sturm, quoique bien jeune, se livra à renseignement et commença par donner des levons particulières. En 1823, il entra comme précepteur dans la famille de Broglie, où il fut chargé de Téducation du frère de madame de Broglie, fils de la célèbre madame de Staël. Il demeura quinze mois dans cette respectable famille, dont il eut beaucoup à se louer.
Sturm accompagna son élève k Paris, vers la fin de 1823. En route, il lia connaissance avec un bibliothécaire de Dijon qui conduisait son fils à l'École Polytechnique. Ces messieurs étaient des lecteurs assidus du Journal de Gergonne, où Sturm avait déjà inséré quelques bons articles. Quand ils apprirent le nom de leur compagnon de voyage, ils lui firent beaucoup de compliments et de politesses. A vingt ans, de pareilles rencontres, premières joies d*une célébrité naissante, ont un charme tout particulier qui les fait compter parmi les plus grands bonheurs de la vie.
Sturm aimait à se rappeler cette époque. Il était alors pauvre et presque inconnu. Mais il avait la conscience de sa force, et son existence modeste était embellie par Tespérance, ce bien souvent préférable au but le plus ardemment poursuivi. « Je suis actuellement, écrivait- il i sa mère, en relation avec des hommes très-savants et
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très-distingués. II faut tâcher de m' élever à peu près à leur niveau. »
Ce premier séjour à Paris fut de courte durée. Sturm y revînt un an après avec son arai d'enfance, M. Daniel Colladon, aujourd'hui professeur à T Académie de Genève et physicien distingué. De i8a5 a iSap, les deux amis vécurent ensemble, mettant en commun leurs travaux, leurs espérances, leurs joies et leurs peines. Le II juin 1827, une haute distinction venait récompenser leurs efforts : ils remportaient le grand prix de Mathématiques proposé par l'Académie pour le meilleur Mémoire sur la compression des liquides.
Sturm était Tenu à Paris avec une lettre de recommandation de M. Lhuilier pour M. Gerono. L'éminent professeur accueillit le jeune mathématicien avec une cordialité dont celui-ci lui a toujours gardé une profonde reconnaissance, et lui procura des relations utiles. MM. Arago, Ampère et Fourier suivaient avec intérêt les travaux de Sturm et de son ami. Je n*ai pas besoin de dire que les jeunes savants étaient obligés d'abandonner parfois la haute théorie pour des occupations moins relevées, mais plus lucratives. M. Arago, dont la prévoyante amitié embrassait tous les détails, ne laissait échapper aucune occasion de leur envoyer des élèves.
A cette époque, M. Fourier réunissait autour de lui quelques jeunes géomètres, dont la réputation commençait à se faire jour, et qui ont tenu depuis ce quMls promettaient alors. L'illustre savant les initiait à ses travaux de prédilection et les entraînait dans la route où il avait fait de si importantes découvertes. Sturm subit Theureuse influence de ce maître vénéré, dont il ne parlait jamais qu'avec émotion. Il dirigea ses recherches vers la théorie de la chaleur et l'analyse algébrique. C'est en étudiant les propriétés de certaines équations différentielles qui se présentent dans un grand nombre de questions de physique mathématique, qu'il trouva son célèbre théo»