INFLUENCE DE LA JACHÈRE SUR LA FORMATION DES NITRATES
Les analyses de terres arables citées démontrent clairement que le sol cultivé renferme une quantité énorme de matières azotées, telle-
quanfités d*acide nitrique sont aussi cxtrôniement divergentes, puisque M. Barrai donne 61^,7 pour les eaux tombées à Paris en 1851, M. Bineau 7 kilos et 23,0 pour les eaux tombées à Lyon et dans sa banlieue, et enfin que H. Pouriau recueille seulement 7 kil. pour les eaux de la Saulsaie. Si de nouvelles observations viennent contrôler les nombres précédents obtenus par des observateurs consciencieux et habiles, il -en faudra conclure que, même loin des villes, la quantité d'ammoniaque contenue dans Tair varie singulièrement, suivant que les contrées sont saines ou que, comme le fait observer M. Pouriau, pour le département de TAin, elles sont encore pariiellement couvertes d*étangs, dont les émanations engendrent autour d'elles de nombreux cas de (lèvres.
ment qu'il n'est pas rare de rencontrer, dans un 'kilogramme, de 1 gramme à 1*',5 et 2 grammes d* azote appartenant à des matières^ organiques. Cet azote cependant n*est pas en général assimilable par les plantes, ainsi que l'a démontré l'expérience décisive de M. Boussingault (citée § 81), que nous rçippelons en quelques mots. Dans un pot à fleur, du sable fut mélangé à une faible quantité d'une excellente terre renTermant, à l'état d'azote combiné^ une quantité suffisante pour fournir à l'alimentation d'une jeune plante, qui y fut semée. Cette plante se développa dans ce mélange comme elle l'aurait fait dans un sol stérile ; elle atteignit seulement ces dimensions réduites qui, d'après le savant professeur du Conservatoire, caractérisent les « plantes limites >. — L'azote contenu dans cette bonne teri-e n'avait donc eu aucune influence^ heureuse sur le développement du végétal, et c'était une preuve que cet azote était engagé dans une combinaison insoluble.
Ces combinaisons peuvent-elles s'oxyder sous l'influence de l'air, de façon à donner naissance à des nitrates ? C'est ce que les expériences suivantes, dues à M. Boussingault, établissent de la façon la plus précise.
Dix kilogrammes d'une terre bien fumée, celle du potager du Liebfrauenberg, renfermant 2*', 594 d'azote provenant de matières organiques par kilogr,, ont été disposés en prisme sur une plaque de grès abritée par une toiture de verre. Quand cela était jugé convenable, on arrosait avec de l'eau distillée, exemple d'ammoniaque.
Le jom' où commença Texpérience, la terre avait été intimement mêlée, et l'on en avait pris 500 grammes dans lesquels on avait dosé l'acide nitrique. On a exécuté plusieurs dosages semblables entre le 5 août et le 2 octobre. Voici les résultats obtenus. Le litre de terre sèche et tassée pesait i^'',300.
NitrutHs, expriin^'n en nitrate
lit* i>ota9$c, dosrs duDS la terre
wrlie.
Dans 100 groin. Par mètre rub«.
^T. gr.
5 août 1857 0,00â8 12,5
17 août 0,0314 81,6
2 septembre 0,0898 233,5
17 septembre 0,1078 280,3
2 octobre 0,1833 268,6
(Agronomie^ t. n,p. 10.)
L'influence de l'air sur la nitrification est ici des plus manifestes; c'est une véritable combustion lente qui se produit dans le sol, et qui
porte son action, non-seulement sur la matière organique, mais aussi sur son carbone. Eq effet, on doit à M. Boussingault une autre expérience également décisive.
Le 29 juillet 1858, on a placé dans un vase cylindrique de verre, de 2 centimètres de profondeur, 120 grammes de la terre de Liebfrauenberg. Cette terre formait une couche d'un centimètre d'épaissem- {Agronomie^ tome I, p. 318) ; elle a été arrosée tous les jours avec de Teau distillée exempte d'amnoniaque. On a mis fin à l'expérience après trois mois; on reconnut qu'elle avait perdu pendant ce temps 0s%990 de carbone.
On peut, au reste, exagérer la formation des nitrates en favorisant l'accès de Tair ; c'est à quoi M. Boussingault est arrivé en mélangeant la terre arable à du sable [Agronomie^ tome III, p. 197). Dans une première expérience, un kilogramme de terre a été mêlé à 850 gram. de sable quartzeux; l'expérience a duré du 23 janvier au 18 septembre 1859. Pendant ce temps, la quantité d'acide nitrique exprimé en nitrate de potasse a passé de 0»',093 à 0«',575 ; le gain a été de 0»%482. Dans une seconde expérience, qui a duré du 30 mai au là septembre, un kilogramme de terre a été mêlé à 5*'", 5 de sable quartzeux : la teiTe du Liebfrauenberg employée renfermait au commencement de l'essai O'^'jOOS de nitrate de potasse par kilogr. ; àla fin, elle en renfermait 0»%548. Le gain a été de 0«%5à5, encore déterminé par la combustion lente de la matière organique au moyen de l'air, dont le sable favorisait l'accès.
Il est remarquable, au reste, que dans plusieurs des expériences qu'il a faites sur la jachère, M . Boussingault n'a pas observé que le sol eût perdu de Tazote ; presque toujours au contraire il y a eu un gain léger, bien que la terre eût été placée dans des conditions telles que ce gain ne put venir, ni de la pluie, ni des eaux employées pour l'arrosage.
% 98. — SUR LE GAIN d' AZOTE QUE FAIT LA TERRE ARABLE PENDANT
Pendant la jachère, les matières azotées contenues dans le sol arable donnent naissance à des nitrates assimilables par les végétaux : les expériences précédentes le démontrent clairement. Elles accusent de plus, dans les terres en expérience, un gain très-léger d'azote qu'on pouvait attribuer aux vapeurs ammoniacales contenues dans l'air, mais qui est dû très-probablement à la fixation de l'azote atmosphérique
qui accompagne, ainsi que nous l'avons indiqué plusieurs fois, l'oxydation des matières organiques de la terre arable.
Pour arriver à se convaincre que l'azote atmosphérique se fixe sur le sol arable pendant la jachère, il ne fallait pas seulement s'assurer que la quantité d'azote contenue dans un échantillon de terre en expérience augmentait légèrement, cai* l'origine de cette augmentation restait douteuse ; il fallait démontrer la disparition d'une certaine quantité d'azote gazeux, et c'est ce que nous avons fait dans nombre d'expériences dont nous avons déjà donné le détail précédemment. La jachère, pendant laquelle les débris organiques contenus dans le sol arable restent exposés pendant toute une année à l'action de l'sdr atmosphérique, a donc pour effet d'enrichir la terre arable en azote organique y et cette pratique agricole se trouve justifiée dans les contrées où les engrais ne sont produits qu'en faible quantité. Il faut bien remarquer cependant que la fixation de l'azote n'a lieu qu'autant qu'il se produit une oxydation de matières carbonées, de telle sorte que la jachère sera efficace non-seulement quand la terre aura été travaillée avec soin y ce que le cultivateur ne manque pas de faire habituellement avec un soin extrême, mais aussi quand le sol sera chargé de débris provenant des fumures antérieures et des végétations dont elles auront favorisé le développement.
Si nos récents travaux justifient la pratique séculaire de la jachère, que les écrivains agricoles ont souvent attaquée avec plus de violence que de discernement, ils sont loin d'être complets, et ils indiquent une voie dans laquelle on rencontrera sans doute des résultats dignes d'intérêt. Quelles sont les terres dans lesquelles cette fixation d'azote atmosphérique se fait le phis facilement et le plus rapidement ? Quelle est la proportion d'azote ainsi fixé, et par suite quel est le bénéfice en argent que procure cette jachère ? A quelle fumure équivaut-elle î Ce sera seulement quand ces questions extrêmement délicates, et qui exigent de longues rechercTies, auront été traitées, qu'on pourra se faire une idée précise de cette pratique agricole et savoir les cas dans lesquels elle doit être conservée.