LE FCMIER. — DES COMPOSTS
On est dans l'usage, dans beaucoup de contrées, de stratifier le fumier avec des terres d'étang d'abord séchées à l'air, avec des curures de fossés, même avec de la chaux; on ajoute à ce mélange des matières végétales, des eaux ménagères, des urines : on constitue ainsi de véritables nitrières tout à fait comparables à celles qui étaient établies autrefois, avant que le salpêtre nous arrivât de Tlnde tout formé, ou qu'on eût trouvé le moyen de le fabriquer à l'aide du sulfate ou du chlorure de potassium et de l'azotate de soude du Pérou.
Il est clair que dans un grand nombre de cas, un semblable mélange peut être favorable à la végétation, surtout quand il est établi dans le voisinage des champs à fumer, car les frais de transport sont toujours considérables, et toutes les personnes qui ont vu les effets surprenants qu'exercent les nitrates sur la végétation des terres pauvres, comprendront qu'il soit utile de favoriser cette formation de nitrates en réunissant les conditions dans lesquelles ils se produisent, c'est-à-dire des matières ammoniacales fournies par le fumier ou les urines, des matières poreuses, telles que les terres fines entraînées par les eaux,
former, avec l'oxygène contenu dans les tubes, de l'acide azotique. 11 est donc probable que ce n'est pas cet acide qui prend naissance, mais bien plutôt des produits complexef quaternaires analogues aux corps fumiquej.
telles enfin que les alcalis, cendres ou calcaires. Cette pratique est non-seulement en usage dans un grand nombre de fermes où il existe un tas de terreau différent du tas de fumier, mais on cite même plusieui*s contrées dans lesquelles les immondices sont soumises à la nitrification avant d'être employées comme engrais. Dans le département du Nord, les cultivateurs des environs de Bergues transportent dans des bateaux, à plusieurs lieues de distance, les balayures et les boues qu ils achètent à la ville de Dunkerque, pour les mélanger par lits suc-' cessifs avec de la marne, de la craie, de la terre. Les matières ainsi stratifiées restent en place pendant deux ans avant d'être conduites aux champs.
Aux environs de Paris, on voit de même conserver pendant plus d'une année les mélanges provenant des boues de la ville renfermant toute espèce de résidus. Malheureusement ces tas sont souvent trèscompactes, difliciles à aérer, et il est douteux que la nitrification s'y produise aussi aisément que si l'on prenait la précaution d'y placer à différentes hauteurs un Ut de fascine qui favorisât l'accès de l'air.
Dans l'ouest de la France, les cultivateurs ont pris l'habitude de mêler leurs fumiers avec de la chaux, d'en faire de véritables composts, et cette pratique a été blâmée pendant longtemps sans qu'on l'ait vu disparaître. Je n'ai pas eu occasion d'étudier de semblables mélanges, et j'ignore si l'avantage qu'ils présentent de. favoriser la nitriOcation est plus grand que l'inconvénient qu'il y a à décomposer les composés ammoniacaux non encore fixés par les matières végétales. En général, cependant, il ne faut pas se hâter de condamner des pratiques agricoles qui semblent avoir pour elles la sanction de l'expérience, car, ainsi que le dit spirituellement M. Boussingault à propos d'un usage établi dans sa ferme, que ses connaissances scientifiques l'auraient porté à blâmer, mais que tolérait sa longue expérience agricole : « L'opinion de tous les paysans vaut souvent mieux que celle d'un seul académicien. )>
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