‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 183 sur 228 · JI Û3 Û <E · texte numérisé non relu

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Les résultats obtenus sur la culture du froment sont tout diffërents de ceux qu'on avait observés sur les pommes de terre et les betteraves : à une exception près, les engrais artificiels ont été avantageux ; les sels de potasse ont presque toujours augmenté la récolte, et souvent d'une façon sensible ; le mélange d'engrais de potasse et de phosphoguano a fait passer la récolte de 15,50 et de 17,50 qu'ont donnée les deux témoins, à 32 hectolitres à l'hectare, c'est-à-dire que la récolte a été doublée. Il est remarquable que ces résultats concordent, avec ceux qu'on a obtenus en 1806 : les engrais de potasse avaient toujours été désavantageux sur les [betteraves, en général peu rémunérateurs sur les pommes de terre, mais ils avaient au contraire augmenté la récolte du froment.

Béswmé des exp^rlcnees de 1800 et 1801. — En réSUmé, si noUS

groupons ensemble les résultats de 1866 et ceux de 1867, nous reconnaîtrons que :

l'* On a fait treize essais d'emploi des sels de potasse à la culture des betteraves, sur trois terres très-différentes, et pendant deux saisons, et dans ces treize expériences remploi des sels de potasse a été désavantageux.

2® On a fait encore treize essais d'emploi des sels de potasse sur la culture des pommes de terre, et onze fois sur treize on a été constitué en perte.

3* On a fait pendant les deux saisons 1866-1867, sur deux terres différentes, douze essais d'emploi des sels de potasse sur la culture du froment, et dix fois sur douze on a obtenu des bénéfices.

Il est donc bien remarquable de voir que la potasse, qui se rencontre en faibles quantités dans le froment, ait eu cependant sur son développement une influence des plus heureuses, tandis qu'elle n'en a exercé aucune sur les plantes, telles que la betterave et la pomme de terre, dont les cendres en accusent une proportion beaucoup plus considérable. La cause de ce résultat inattendu ne serait-elle pas que la présence de cette base a facilité la production du phosphate de potasse nécessaire à la formation des matières albuminoîdes qui viennent se concentrer dans les grains, tandis que placée sur les tubercules ou les racines, la potasse vient seulement saturer les acides végétaux qui se sont produits dans les tissus, mais qui n'ont aucune importance pour le développement de la plante elle-même .

Les résultats obtenus en 1866 sur la luzerne à l'aide des engrais de potasse n'ont pas été avantageux, mais il en aurait peut-être été autrement sur une jeune luzerne, ou sur un sol moins riche déjà en potasse

DEHÉRAIN. 36

soluble (voyez page 312) ; nous avons reconnu plus haut, en effet, que la potasse avait une influence remarquable sur les prairies artiflcielles.

En résumé, nous voyons que, d'après les expériences qui ont été faites à Técole de Grignon, les sels de potasse ne seront employés avantageusement que sur les céréales, mais d'autres observateurs les ont reconnus avantageux sur les prairies artificielles, et les résultats négatifs de 1866 ne nous paraissent pas de nature à appuyer une opinion contraire. Les engrais de potasse exercerdeht-ils encore une influence heureuse sur les plantes cultivées pour graines? C'est ce que nos observations ne nous ont pas eïicore permis d'afiirmer. Enfin ils ont été désavantageux sur les plantes riches en alcalis, comme la betterave et la pomme de terre, et M. Coren^wnder est arrivé, dans le département du Nord, au même résultat que nous. Si l'on se rappelle que les cultures de 1867 étaient placées sur le même sol, à côté les unes des autres ; qu'on ne peut admettre, pour expliquer leurs résul* tats, que la potasse, abondante ici, était rare en un autre point, il faut en déduire que la potasse exerce souvent une action favorable à la culture des céréales. Le résultat auquel nous sommes arrivé se trouve au reste appuyé par les études antérieures de M. G. Ville.

On doit, en effet, à ce savant ( Comptes rendus^ 1860, t. LI, p. 266, 437 et 876), une expérience instituée sur le froment, et dans laquelle il démontre que cette plante languit lorsqu'elle est absolument privée de potasse, en semant du froment dans un sol stérile et amendé seulement avec une matière azotée et du phosphate de chaux, on n'a obtenu qu'une récolte chétive, tandis que le rendement a quintuplé lorsqu'à ces deux matières est venue s'ajouter la potasse, qui n*a pu être remplacée impunément par de la soude.

§ 1&2. — ON NE PEUT PAS CONCLURE DE LA COMPOSITION DES GENDRES d'une PLANTE LA NATURE DES ENGRAIS QU'iL FAUT LUI FOURNIR.

Si l'on se rappelle que les pommes de terre et les betteraves renferment dans leurs cendres des quantités notables de potasse, et que les sels de potasse ne favorisent pas leur développement, tandis que le froment n*est pas aussi riche en alcalis, et bénéficie cependant des engrais alcalins, on (reconnaîtra qu'il n'est pas possible de tirer de f analyse des cendres d'une plante Findication de la nature des engrais qu'il convient de lui donner (1).

(1) Nous avons formulé cette conclusion, qui ressort nettement de nos expérieneesy

Cette conclusion est peu d'accord avec les idées généralement admises ; mais elle ressort cependant non-seulement de nos expériences, mais aussi de celles de MM. Lawes et Gilbert, ainsi qu'on l'a vu par la note ci-jointe, et encore des expériences de M. Isidore Pien-e sur le développement du blé, qui montrent qu'il n'y a pas intérêt à donner au froment des silicates, malgré l'abondance de la silice qu'on rencontre dans les cendres de cette céréale. (Voy. chapitre IX, § 151.)

Il n'est pas impossible, au reste, d'interpréter ces résultats. Nous avons reconnu (voy. § 25) que les substances minérales peuvent se rencontrer dans les végétaux à plusieurs états différents. Elles y sont parfois simplement déposées par l'évaporation de l'eau chargée d'acide carbonique qui y a circulé : c'est ainsi, par exemple, que les arbres renferment une proportion très-notable de carbonate de chaux. Elles y sont combinées avec des principes immédiats, et ici encore il faut distinguer si le principe immédiat, dont la matière minérale fait partie, est nécessaire au développement de la plante, car ce sera seulement dans ce cas que l'abondance de cette matière minérale sera utile. Je ne serais pas étonné, par exemple, que le phosphate de potasse fût nécessaire à la constitution ou aux migrations des matières azotées, qui se transportent des feuilles vers les graines, et que ce fût là la raison de la réussite des engrais de potasse sur le froment ; mais si le principe immédiat est lui-même secondaire, s'il provient d'une oxydation, si c'est l'acide oxalique des betteraves ou l'acide citrique des pommes de terre, on conçoit que la base qui vient le saturer n'a par elle-même aucun intérêt.

Calciner une plante, analyser les cendres, et affirmer à priori que tous les éléments de ces cendres présentent une importance égale, c'est évidemment conclure sans aucune preuve ; c'est seulement par des essais directs de culture sur le sol qu'on pourra arriver à reconnaître celles de ces matières minérales qui ont une importance capitale.

devant la Société chimique, dans la séance du vendredi 21 février, et le lendemain nous avons trouvé dans la Beotu des court scientifiqws (b^ année, n^ 12, 22 février 1868} une confirmation bien précieuse pour nous, car elle prouve que nous sommes arrivé aux mômes conclusions que MM. Lawes et Gilbert. Nous trouvons en effet, dans le discours prononcé par le général Sabine à la dernière séance publique de la Société royale de Londres, une citation des deux célèbres agronomes ainsi conçue : « 11 est surprenant de reconnaître que la tendance des recherches agricoles semble être de montrer la fausseté d'une science reposant sur l'analyse chimique de la composition d'une plante, pour se diriger dans le choix des matières qui doivent lui être données comme engrais... »

9t6&. DES ENGRAIS.

g 1&3. — DES EUGRAIS de potasse COMIIERCIAUX.

Les agriculteurs qui jugeraient utile d'employer les engrais de potasse peuvent au reste aujourd'hui se les procurer facilement.

Les engrais de potasse sont préparés en Allemagne par plusieurs fabricants. MM. Vorster et Grûneberg offrent aux agriculteurs deux engrais à bon marché. Le premier, nommé Kaltsalz, présenterait la composition suivante :

Sttirala de polasM 18 à 20 p. 100.

Sulfale de mai^nésie 15 ii 20

Chlorure de sodium 50 à 55

• Le deuxième produit, désigné sous le nom de Kalidûnger (engrais de potasse), provient de la calcination d un mélange de sel qui se dépose dans les chaudières d'évaporation et de kiésërite brute. Il renferme :

Sulfate de potasse 18 & 22 p. 100.

Sulfate de magnésie 14 à 18

Sulfate de chaux 20 à 2^

Chlorure de sodium 12 i 1 8

Nous avons eu T occasion d'analyser ce dernier sel à différentes reprises ; nous n'y avons trouvé en moyenne que 8 pour 100 de potasse. Ce sel vaut, à Stassfurt, 8 fr. 50 c. les 100 kilogrammes.

C'est celui qui, dans nos expériences, npus a donné les résultats les plus avantageux.

On peut aussi se procurer à Stassfurt des sels plus concentrés, notamment le sulfate de potasse raffiné, qui renferme hh pour 100 d'alcalis, dont, d'après nos analyses, 30 seulement seraient de la potasse et lA de la soude. Ce sel vaudrait 37 francs à 3tassfurt ou à Cologne.

L'agriculture peut encore se procurer des engrais de potasse dans les salines du midi de la France. MM. H. Merle et C% d'Alais, vendent un produit qui répond assez exactement à la formule

S20«,K0,Mg0,6U0

au prix de là francs les 100 kilogrammes.

Enfin la potasse se rencontre dans toutes les cendres de bois et dans les saliris de betteraves, mais à un prix plus élevé.

Les engrais ordinaires tels que le fumier de ferme n'en sont pas non

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plus absolument dépourvus; 51 résulte au contraire, d'une étude faitô par M. Boussingault sur la vigne, que le fumiçr qu'elle recevait lui rapportait une quantité de potasse égale à celle qui était enlevée au sol par la récolte des raisins. Nous ne croyons donc pas qu'il y ait lieu de se préoccuper outre mesure de la restitution par des engrais spéciaux de la potasse enlevé aux sols, et les sinistres prédictions qui reviennent si souvent dans les écrits du baron de Liebig, au sujet de la potasse ravie à la terre arable, sont pour le moins exagérées.

En finissant, nous rappellerons ce que nous avons dit déjà, à savoir, que malgré les efforts tentés par les industriels qui traitent les eaux mères des marais salants, ou ceux qui exploitent le gisement de Stassfurt, il a été impossible jusqu'à présent de donner au commerce des engrais de potasse une importance comparable à celle qu'a prise depuis longtemps le commerce des phosphates : c'est la preuve la plus forte, à notre avis, que les terres cultivées sont habituellement riches en potasse, et d'autre part que, dans beaucoup de cas, cette base n'a pas, au point de vue agricole, toute l'importance qu'on a voulu lui donner.

§ lAA. — EMPLOI DU SEL MARIN.

Les agronomes ne sont pas encore fixés sur l'utilité du sel comme engrais ; son emploi a été tour à tour préconisé et décrié, et il est difficile de se faire une opinion au milieu d'aflirmations contradictoires. Les travaux récents de M. Péligot (voyez le chapitre IV de la 1" partie) ont montré que la soude était beaucoup plus rare dans l'organisation végétale qu'on ne le supposait autrefois; le chlore n'y est pas non plus très-abondant. Enfin nous avons insisté plusieurs fois sur Terreur dans laquelle on se trouve quand on suppose à priori que toutes les substances qui existent dans les cendres des végétaux ont une importance capitale pour leur développement; de telle sorte qu'il est très-vraisemblable que le sel qui se rencontre dans certaines plantes, et notamment dans les betteraves, n'a aucune utilité pour leur développement.

On sait qu'en outre, il oppose un puissant obstacle à la cristallisation du sucre, en favorisant la formation des mélasses (voy. chap. IX); de telle sorte que quand bien môme il favoriserait le développement des betteraves, ce qui heureusement n'est pas, les cultivateurs qui sont en marché avec les sucreries devraient se l'interdire. On cite souvent l'exemple d'une sucrerie établie dans le voisinage de la mer, qui a dû

être abandonnée, parce que les betteraves que lui fournissaient les terrains environnants renfermaient tellement de sel, qu'il était impossible de faire cristalliser le sucre.

En général, quand une quantité un peu considérable de sel se rencontre dans le sol, celui-ci devient stérile (voy. p. 360 et suiv.); toutefois il en est autrement dans le midi de la France. Dans la Camargue, d'après M. P. de Gasparin, les terres labourables sont extrêmement chargées de sel ; elles blanchissent quand le temps est sec, par suite de la formation de cristaux de chlorure de sodium : la sortie du blé n'est assurée qu'en maintenant la terre dans un état constant de fraîcheur à la surface au moyen d'une couche de litières.

0 II est possible, ajoute M. Péligot auquel nous empruntons les considérations suivantes, que, sous l'influence d'une température plus élevée, et probablement aussi en raison de l'existence ou de l'addition de matières fertilisantes plus abondantes, les effets dus à la présence du chlorure de sodium soient diminués ou amoindi^is. Cette opinion se trouvait d'ailleurs en harmonie avec celle qui est énoncée par Thaër dans ses Principes raisonnes d'agriculture (traduction de Crud, 1812). Lorsqu'on applique le sel commun au sol en trop grande quantité, la végétation en est complètement arrêtée ; mais lorsque le sel a été lavé par les pluies et que peut-être il a été en partie décomposé par l'humus, il donne pendant les années suivantes beaucoup de force à la végétation. Lorsqu'on en répand une petite quantité sur un terrain riche, il produit un effet très-sensible, mais de courte durée ; en revanche, cet effet est absolument nul lorsque cette petite quantité a été étendue sur un terrain appauvri... »

« ... Je suis loin de conclui;e, dit encore M. Péligot, que, dans des cas fort limités, le sel ne puisse produire sur les récoltes mi effet avantageux. Ces bons résultats trouveraient peut-être leur explication dans un fait qui, je crois, n'a pas encore été signalé, au moins en ce qui concerne son application à l'agriculture : c'est la propriété que possèdent les chlorures, et en particulier le chlorure de sodium, de dissoudre des quantités très-sensibles de phosphate de chaux. C'est peut-être à cette action dissolvante qu'il faut rattacher l'influence heureuse qu'on attribue au sel sur les récoltes des terrains déjà pourvus de matières fertilisantes ; cette propriété expliquerait l'habitude qu'ont les fermiers anglais d'ajouter une certaine dose de sel au guano, qu'ils consomment en si grande quantité. S'il est vrai, comme on l'assure, que le sel favorise le développement des plantes oléagineuses, notamment du colza, son intervention serait justifiée par le transport

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de phosphates terreux que ces graines contiennent en quantité no* table, bien qu'elles ne renferment pas de soude. »

A l'appui de cette opinion émise par le savant professeur du Conservatoire, je ferai remarquer que dans les expériences sur l'emploi des engrais de potasse à la culture du froment, c'est toujours l'engrais de potasse ordinaire, très -riche en sel marin, qui m'a donné les meilleurs résultats, peut-être parce qu'il favorisait la solubilité des phosphates indispensables au développement des matières albuminoîdes qui se concentrent dans les graines.

M. Péligot rappelle, en finissant son importante communication, que les anciens ne reconnaissaient au sel qu'une déplorable influence sur la végétation. « Ce n'est qu'au commencement de ce siècle qu'on a préconisé pour la première fois les bons effets du sel comme amendement. Des causes multiples ont concouru à persuader aux agriculteurs que ce produit à bon marché était appelé à contribuer puissamment à l'amélioration de leurs terres. Le souvenir de l'ancienne gabelle ; les influences locales intéressées à la vente du sel à bas prix ; la demande incessante, au nom des besoins et des progrès de riagriculture, de la suppression de l'impôt du sel, demande qui est devenue un moyen d'opposition contre le gouvernement, quel qu'il soit ; des essais plus ou moins bien dirigés dans le but d'affirmer son efficacité comme amendement; l'existence prétendue des composés sodiques dans les plantes cultivées; enfin les idées de substitution de substances équivalentes empruntées au sol par les végétaux-: telles sont les causes principales qui ont donné au sel une importance agricole que les anciens lui déniaient absolument... Parmi ces causes, les unes ne sont pas étrangères à la politique, et leur discussion serait déplacée dans l'enceinte de l'Académie; je demande néanmoins la permission de faire remarquer que, si la culture des terres est désintéressée dans la question du sel, l'impôt sur cette substance, malgré son impopularité, est peut-être encore l'un des impôts les. moins vexaloires et les moins lourds à supporter. »

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