‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 185 sur 228 · SYSTÈME DE M. G. VILLE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE M. G. VILLE

Nous avons insisté^ (§ 81) sur la théorie émise par M. J. de Liebig, il y a une trentaine d'années, au sujet des engrais minéraux. Nous avons vu que, frappé des quantités considérables de matières azotées que renferme la terre cultivée, l'illustre chimiste de Munich avait cru pouvoir professer que les engrais ne valaient que par les substances minérales qui y étaient contenues. La réfutation ne se fit pas attendre, et les chimistes de Rothamsted, MM. Lawes et Gilbert, s'engagèrent alors dans cette longue série d'expériences dans lesquelles ils employèrent comme engrais différents produits chimiques : les sels ammoniacaux, le nitrate de soude, des sels de potasse, des superphosphates.

MM. Lawes et Gilbert ont obtenu de ces expériences des résultats très-importants au point de vue agricole, sur lesquels nous avons déjà insisté ; mais ils n'ont jamais eu l'idée de fonder sur l'emploi de ces matières un système de culture dont le fumier, considéré jus-

qu'à présent comme la base de tous les engrais, serait exclu ; c'est M. G. Ville qui s'est fait l'apôtre de ce nouveau système de culture, qu'il a préconisé par ses écrits et par son enseignement.

S'appuyant sur les résultats obtenus par M. Boussingault et par lui-même dans des sols stériles, M. G. Ville ne reconnaît d'utilité comme engrais qu'aux matières azotées, aux phosphates, aux combinaisons renfermant de la potasse ou de la chaux facilement solubles. Les matières carbonées ne lui paraissent pas avoir d'intérêt ; il suppose que la terre en est habituellement bien fournie, et que les débris qui restent accumulés dans le sol après l'enlèvement de la récolte sont' suffisants pour y entretenir les combustions lentes qui y produisent l'acide carbonique.

Nous avons vu déjà que cette proposition n'est que partiellement exacte, et que si, en effet, MM. Lawes et Gilbert ont pu obtenir vingt récoltes de blé sur le même sol amendé avec des produits chimiques, il n'en a plus été ainsi pour les légumineuses, qui ont dépéri quand les matières ulmiques contenues dans le sol ont été épuisées, sans qu'il fût possible de rétablir la culture à l'aide des engrais chimiques. • Quoi qu'il en soit, M. G. Ville, voulant substituer les engrais chiitiiques au fumier de ferme, commence par rechercher quelle est la composition de celui-ci, et, admettant comme fumure habituelle pour un assolement triennal àO 000 kilogrammes, il établit la fumure en engrais chimiques qui doit lui équivaloir, sur les bases suivantes :

Pi'odnîts chimiques Dépense

équivalerîts à 40 OOU kil. d'après l^s prix

de fumier de ferme. de 1869.

Phosphate acide de chaux. . 600 kil. à 16 fr. les 100 kil. . . . 96 fr. » c.

Nitrate de potasse 320 à 66 — 211 20

Sulfate d'ammoniaque .... 560 à 46 — .... 257 60

Sulfate de chaux 8 50 à 2 — .... 17 »

Prix de l'engrais équivalent à àO 000 kil. de fumier 581 fr. 80 c.

Prix des 1000 kilogrammes ià 55

Pour que la fumure à F aide des engrais chimiques revienne au même prix que celle qui emploie le fumier de ferme, il faudrait que le prix de revient de celui-ci fût de là fr. 60 c. C'est là un prix excessif, qui n'est atteint que lorsque l'étable et la bergerie sont très-mal conduites (1).

(1) On sait qu'on établit le fumier de ferme en comptant ce que consomme les animaux en fourrages et en litières, et en retranchant le bénéfice qu'on en tire comme travail, lait, laine^ crott et vente au boucher. Habituellement on compte aux animaux les fourrages et

Il est clair, par conséquent, que si les engrais chimiques ne produisaient pas de meilleur etfet que le fumier, il faudrait renoncer à leur emploi. M. G. Ville est tropiabile pour n'avoir pas compris cette difficulté; aussi assure-t*il que les engrais chimiques fournissent des rendements bien supérieurs à ceux qu'on peut atteindre avec le fumier. Avant de donner les chiffres fournis par M. G. Ville à l'appui de son opinion, il convient d'indiquer comment il entend répartir sa fumure (1).

Théorie des donitaaiites. — Ces engrais chimiques étant trës-solubles« M. G. Ville a reconnu qu'il y avait grand avantage à ne pas employer en une seule fois toute la fumure qu'il destine à la rotation, msds qu'il fallait au contraire la fractionner, et varier la nature et la proportion des matières employées suivant la plante à cultiver. Nous avons vu plus haut que les agriculteurs anglais savent depuis longtemps qu'il convient de donner les phosphates solubles aux turneps; tous les cultivateurs ont encore remarqué que les engrais azotés ne profitent guère aux prairies artificielles : ce sont ces données expérimentales que M. G. Ville a systématisées d'après le principe des dominantes. Il cherche quel est celui des trois principes, azote, potasse, acide phosphorique, qui réussit le mieux sur certaines cultures, et il divise la fumure totale en fractions successivement appliquées sur le sol cultivé à mesure que les diverses plantes y apparaissent. Voici le tableau établi par M. G. Ville d'après cette manière de voir :

les litières au prix de revient; M. G. Ville les compte au prix de vente, et par conséquent élève assez la dépense des animaux pour que la difTéi'ence entre ce qu'ils coûtent et ce qu'ils rapportent fasse ressortir le prix du fumier à lA fr. 50 cent. la tonne. Cette manière de procéder est irrégulière, car on ne peut compter au prix de vente les pailles de la litière, par exemple, qu'il est habituellement interdit aux cultivateurs de porter au marché, d'après la teneur de leur bail^ et qui dès lors ne sont pas une marchandise dont il leur soit loisible de disposer.

Gomme le prix du fumier est essentiellement une différence, on conçoit que si Tétable et la bergerie sont bien conduites, le prix du fumier peut s'abaisser jusqu'à devenir nul ; s'il n'eu est pas ainsi habituellement, il y a beaucoup d'exploitations dans lesquelles il ne ressort pas à plus de 6 à 7 francs le mèire cube. M. Boussingault calcule qu*à Bechelbronn il revenait à 5 fr. 20 cent, la tonne.

(1) Le lecteur trouvera résumés dans les pages suivantes les résultats obtenus par les cultivateurs qui ont adressé leurs renseignements à M. G. Ville, mais il devra consulter en outre les nombreuses publications insérées dans le Journal d^agricuUure pratique^ pendant les dernières années, 1868-1872.

DES PRODUITS CHIMIQUES CONSIDÉRÉS COMME ENGRAIS. ô7i

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