CHLOROPHYLLE
On désigne sous le nom de chlorophylle la matière colorante verte qui est répandue avec profusion dans les végétaux et qui donne aux feuilles leur couleur habituelle. De nombreux travaux ont été publiés sur la nature et la formation de la chlorophylle dans les plantes par Pelletier, Caventou, Berzehus,.iMuller, Marquart, Hugo Mohl, MM. Fremy, Cloëz et Verdeil. Plus récemment, M. Filhol a résumé dans un mémoire important ses recherches sur la malièrc verte des feuilles, et nous prendrons son travail pour guide dans les pages suivantes {Ann.de chim. etdephys., à^ série, d868, t. XIV, p. 332).
Décomposition do la chlorophylle en plaslenra matières col<i*
rantea. — Pour isoler la matière verte des feuilles sans la décomposer, il faut faire usage de dissolvants neutres ; les acides ou les bases la décomposent toujours en plusieurs njatières diverses dont nous verrons bientôt le mode de préparation. En faisant usage d'alcool bouillant à 60 degrés, on extrait aisément des feuilles la matièrc verte, qui se dépose par le refroidissement; on la redissout à plusieurs reprises pour la purifier, mais il n'est pas possible cependant d'en séparer une matière grasse qui y reste obslinément attachée. I^a chlorophylle est très-altérable par l'action de la lumière? : il suftit de l'exposer au soleil pendant quelques heures pour lui voir prendre une couleur brune analogue à celle des feuilles mortes.
Quand on fait agir sur la matière verte un acide organique comme Tacide tartrique ou l'acide oxalique, on la voit perdre sa couleur primitive : il se sépare une matière noire en flocons et la liqueur prend une belle teinte jaune.
La matière jaune se dédouble elle-même, au contact de l'acide chlorhydrique concentré, en une substance solide jaune qu'on peut isoler par filtration, et une substance blene qui reste dissoute. Cette dernière devient jaune quand on sature l'acide sous l'influence duquel on l'a produite.
La substance solide jaune (|ui se. sépare au moment où Facide chlorhydrique détermine l'apparition de la couleur bleue contracte la propriété de bleuir elle-même sous l'influence des acides, après qu'on Ta fait bouillir pendant quelques minutes avec une petite quantité de potasse, de soude ou de baryte ; c'est par l'action de cette dernière base sur la matière colorante verte (|ue M. Fromy est arrivé à obtenir la matière colorante jaune et la matière bleue dans une jolie
expérience où Ton voit apparaître simultanément ces deux matières. On fait agir à Tébullition de la baryte caustique sur de la chlorophylle qui donne une belle coloration jaune ; cette liqueur est alors introduite dans un flacon renfermant de Téther et de Tacide chlorhydrique qu'on a fortement agités ensemble : Téther surnageant se colore alors en jaune, tandis que Facide chlorhydrique, qui forme la couche sousjacente, présente une belle teinte bleue.
D'après M. Filhol, il existe donc dans les végétaux deux substances jaunes. Tune restant en dissolution dans Tacide chlorhydi'ique et se colorant en bleu, tandis que l'autre se précipite par l'action de l'acide. On peut même tirer des feuilles les substances jaunes sans l'intervention des acides. 11 suffit pour cela de traiter les solutions de matière verte des feuilles par du noir animal employé en quantité insuffisante pour décolorer entièrement le liquide. On aiTive, après quelques tâtonnements, à trouver la dose convenable et à obtenir un liquide filtré franchement jaune.
Les jeunes feuilles de certaines variétés de fusain qui sont cultivées comme plantes d'ornement, et dont les pousses terminales sont d'un beau jaune au printemps, contiennent les deux substances jaunes et pas une trace de substance verte.
La matière solide brune qui se produit quand on ajoute de l'acide oxalique à une solution de chlorophylle est riche en azote, et devient identique avec celle qui a été considérée autrefois par Millier et Morot comme constituant la chlorophylle pure.
Les solutions de matière brune présentent la remarquable propriété dichroïque des solutions de chlorophylle dans l'alcool, qui paraissent rouges par transparence; la matière brune dissoute prend, sous l'influence des alcalis caustiques, une teinte jaune orangé qui ne dure que quelques instants ; elle se colore ensuite en vert en absorbant T oxygène de l'air.
Matières colorantes rooKC et Jaune des fenllles an printemps
et à i^asiioBuie. — Les jeunes pousses d'une multitude de plantes affectent au printemps une coloration rose, rouge ou violette, plus ou moins intense ; assez souvent les feuilles complètement développées présentent sur toute leur surface une couleur rouge, brune ou violette, sans la moindre apparence de couleur verte ; il y a même plusieurs plantes dont les feuilles ont pendant toute la durée de leur végétation une couleur rouge assez vive.
M. Filhol démontre aisément qu'en général ces feuilles renferment cependant de la matière verte dont la couleur est masquée par la cou—
leur rouge des cellules superficielles ; pour y réussir, il plonge les jeunes pousses ou les feuilles rougeâtres dans un mélange d'éther et d'acide sulfureux : la couleur rouge disparaît en quelques instants, et la feuille apparaît d'une belle couleur verte. — Cette expérience réussit très-bien avec les A triplex ou les Coleus; elle exige plus de temps quand on emploie les feuilles de hêtre pourpre.
Les feuilles d'automne sont aussi colorées en rouge dans une nmltitude de plantes. Quelquefois même leurs nuances sont très-vives. C'est ce qui a lieu, par exemple, pour les Cratœgus glabra et glauca^ pour certains Berberis^ et pour plusieurs espèces de Rhtis. La dissolution d'acide sulfureux mélangée d'éther permet de montrer que les feuilles ne sont rouges qu'à la surface, qu'elles sont jaunes par dessous, car il suflit de cjuelques minutes d'action de ce mélange pour leur faire prendre une couleur d'un jaune éclatant. La couleur rouge, au reste, n'est que momentanément détruite par l'acide sulfureux, et l'on peut rendre aux feuilles leur coloration rouge primitive en les faisant sécher à la température ordinaire et les chauffant ensuite avec un fer à repasser qui volatilise l'acide sulfureux. On peut, de cette manière, avoir une feuille moitié jaune et moitié rouge, si l'on ne fait chauffer que la moitié de la feuille.
Il semble que la matière brune ait dispaiii de la feuille pendant l'automne et que la matière jaune susceptible de se colorer en bleu par les acides ait été détruite ; car en agitant leur extrait alcoolique avec de l'acide chlorhydrique et de l'éther, on n'obtient plus la coloration bleue de l'acide.
Dosage. — Il est difficile d'isoler la chlorophylle à l'état de pureté. Dans les recherches de cliimie agricole, on dose habituellement sinmltanément la chlorophylle et les matières grasses en épuisant les feuilles séchées et pulvérisées par l'éther; s'il y avait intérêt à faire la séj)aration, on y réussirait dans une certaine mesure, en traitant les ffniilles par l'alcool bouillant et laissant refroidir, puis traitant ensuite les feuilles épuisées de matière colorante par l'éther.