FORMATION, MÉTAMORPHOSES ET MIGRATION DES PRINCIPES IMMÉDIATS
DANS LES VÉGÉTAUX
Nous connaissons les principes immédiat3 contenus dans les tissus des végétaux ; nous savons les reconnaître et les doser, nous savons encore comment les éléments qui les composent pénètrent dans les plantes; mais il nous reste à étudier le mode de formation de ces principes immédiats, à les suivre d'un point du végétal à l'autre, depuis le moment où la vie s'éveille jusqu'à celui où la graine mûrit, depuis l'apparition des premières feuilles au printemps jusqu'à la chute des dernières à l'approche de l'hiver. Ces questions seront présentées dans les paragraphes suivants :
De l'absorption de l'eau par les racines; De Tévaporation de l'eau par les feuilles ; De la composition de la sève ascendante ; De la formation des principes immédiats dans les feuilles ; De la migration des principes immédiats dans les plantes herbacées; De la migration des principes immédiats dans les végétaux ligneux et de la sève élaborée ;
De la maturation des fruits.
§ 47. — DE l'absorption DE L EAU PAR LES RACINES.
On trouve communément dans nos climats des arbres s* élevant jusqu'à 20 ou 30 mètres; en Califoraie, le Séquoia gigantea atteint une centaine de mètres; les Eucahjptns d'Australie, les Calamus
(1) Nous aurons occasion de revenir sur la composition du foin, à propos de ractlon qu'exercent différents engrais sur la prairie.
de rinde, sont encore des végétaux très-élevés : mais, malgré leur hauteur, Teau puisée dans le sol par les racines s'élève jusqu'à la cime, et il est clair que la pression atmosphérique poussant l'eau dans les tissus pour combler le vide fait par Tévaporation ne saurait seule expliquer son ascension, puisque la pression atmosphérique ne peut soutenir dans le vide qu'une hauteur d'eau de 10 mètres environ.
Si l'évaporation de Teau par las feuilles intervient dans le mouvement ascensionnel de la sève, celle-ci doit être déterminée par une autre cause; c'est ce dont on est bien vite persuadé quand, au printemps, au moment de la taille, on voit s'écouler abondamment un liquide des branches de la vigne bien avant l'apparition des feuilles. Les racines fonctionnent ici par elles-mêmes, en dehors de toute action des feuilles ; elles possèdent une propriété analogue à celle de la graine, qui, placée dans la teire humide, ne tarde pas à s'y gonfler et à pousser, en dehors de ses téguments distendus, une petite radicelle destinée à ournir à la jeune plante l'eau nécessaire à son évolution.
L'absorption de l'eau par la racine paraît être ainsi la première manifestation de Tactivité vitale; elle a dès longtemps frappé les observateurs, qui ont commencé son étude dès le xviii^ siècle.
Ex^rieBces de Haies. — La force ascensionnelle de l'eau dans les racines est considérable. Au mois d'avril 1725, Haies coupa un cep de vigne au niveau du sol, et, s' apercevant qu'une grande quantité d'eau s'échappait de la plaie, il essaya de l'arrêter en appliquant à l'extrémité coupée un fragment de vessie fortement lié ; mais la membrane, poussée en dehors, se gonfla et creva quelque temps après. Il remplaça alors la vessie pur un tube de verre vertical qui fut parfaitement fixé sur la branche; bientôt l'eau monta dans ce tube jusqu'à une hauteur de 7 mètres environ.
L'explication du phénomène qui se produit dans ces circonstances se trouve dans l'exposé de ce fait fondamental, qu'un liquide se trouvant dans un milieu poreux formé d'espaces de diverses étendues abandonne toujours les espaces larges pour pénétrer dans les plus étroits. Cette propriété est utilisée chaque jour dans les laboratoires, quand on dépose sur des briques ou des plaques de porcelaine dégourdie les précipités qu'on veut sécher.
ExpérieBeee de H. JamiB. — La force mise en jeu dans ce cas est considérable, ainsi que l'a démontré M. Jamin, auquel nous empruntons la description de ses expériences sur les corps poreux imbibés d'eau (Leçons professées devant la Société chimique^ séance du 8 mars 1861. — Hachette), n Je prends d'abord, dit-il^ un bloc de
craie A (fig. 17) , dont la forme est quelconque et dont le volume est égal à un litre environ. Après l'avoir bien desséché, j'y creuse un trou cylindrique vertical, pénétrant jusqu'au centre O, et j'y plonge un tube à conduit étroitOBC.D, que je scelle sur la craie avec du mastic de fonteuier. Ce tube est recourbé en S ; il y a du mercure en BCB', et l'cs-
Fio, 17. — Expérience de M, jamin p„„ pénètre dan* u
pace B'D, qui est fermé et divisé, contient de l'air à la pression ordinaire : c'est un véiitable manomètre. II est clair que si un excès de pression \enait h se développer h l'intérieur du bloc, en O, il ferait monter le mei-cure en B', et l'on mesurerait cet excès par la diminution de longueur de la colonne d'air B'D. Cela étant compris, plongeons la niasse de craie dans un vase plein d'eau.
11 On prévoit que le liquide va pénétrer dans la craie par capillarité, qu'il chassera l'air devant lui ; que celui-ci, s" accumulant en OB, comprimera le mercure, et que la pression finale indiquée par le manomètre sera égale à la force d'iinbibition du liquide. Or, ou trouve, ce qui ne laisse pas que d'être fort étoimant, que cette pression s'élèie progressivement jusqu'à 3 ou 4 atmosphères.
» La plupart des corps poreux liomogènes et à pores sufiisamment étroils donnent les mêmes résultats avec des intensités variables : la