‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 46 sur 228 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

RT

Rapport

de 1 eau

évaporée

au poids

de 1 arbre

On voit facilement, en résumant ce tableau, qu'en général les arbres à feuilles persistantes donnent beaucoup moins d'eau que les arbres à feuilles caduques. On remarque en outre, entre les diverses plantes, des différences notables dans T influence qu exerce la température sur l'énergie de Févaporation, indépendamment de la sécheresse ou de l'humidité de l'air. En comparant les tableaux dont nous n'avons donné qu'un résumé, on trouve que, dans le cas du laurier de Portugal, du houx, du mélèze et du sycomore, le maximum d'évaporation se produit en même temps que le maximum de température, c'est-à-dire entre le 23 juillet et le 22 août. Ceci, cependant, ne se reproduit pas pour les autres plantes. Dans le cas du chêne et de l'épine-vinette à feuilles caduques, le maximum de l'évaporation se rencontre après la plus grande chaleur : la plus grande quantité d'eau a été en effet évaporée par ces plantes du 22 août au 21 septembre, bien que la température moyenne ait été de A degrés inférieure à ce qu'elle était dans les semaines précédentes. C'est exactement l'inverse qui a eu lieu pour les autres plantes, le sapin, l'épine-vinette à feuilles persistantes, l'if, le laurier et le frêne, chez lesquels le maximum d'évaporation a précédé le maximum de chaleur. On voit en effet, en consultant les nombres donnés par Lawes, que l'épine-vinette à feuilles persistantes a donné par jour une perte de poids de 70 grammes, du 23 juin au 23 juillet, la température étant en moyenne au-dessous de 16%i, tandis que le mois suivant, où la température fut en moyenne supérieure à 16%â, l'évaporation ne fut plus que de 50 grammes par jour. On observa un fait analogue pour le houx. En juillet, avec une température audessous de 16% 4, la perte par jour fut de 84 grammes, et en août, avec

tine température supérieure à 16%à, la perte journalière fut seulement de 66 grammes.

Dans un autre travail, inséré au Journal de la Société <V horticulture de Lofidres (vol. V, p. 1, 1850) , et qu'il a reproduit dans la collection de ses mémoires {the Rothamsted Memoirs)^ M. Lawes a encore déterminé la quantité d*eau évaporée par quelques-unes des plantes habituellement cultivées pendant la durée de leur croissance.

Voici les résultats auxquels il est arrivé :

Perte d'eau

totale

du 19 mars

«n 7 sept.

CuUivé sans engrais 7945B**

j,. . . Avec des engrais minéraux seulement 6860

Avec des engrais minéraux et des sels ammoniacaux 3913

Sans engrais 8400

Orge . . . . { Engrais minéraux 8981

Engrais minéraux et sels ammoniacaux 4357

Sans engrais 7854

flaricols. . \ Engrais minéraux 8246

Engrais minéraux et sels ammoniacaux rnorl

Sans engrais 7630

Pois { Engrais minéraux 6768

Engrais minéraux et sels ammoniacaux mort

Sans engrais 3850

Trèfle . . \ Engrais minéraux .3759

Engrais minéraux et sels ammoniacaux 952

On ne saurait manquer d'être frappé de voir dans cette expérience, comme dans celle qui a été faite autrefois par Woodward, la plante évaporer d'autant moins d'eau qu elle trouve dans celle-ci des principes nutritifs plus abondants.

Expériences de BHH. Daubeny et Jollos fikiehs. — Au lieu de rechercher les quantités d'eau totales émises par les plantes pendant une saison ou une semaine, le docteur Daubeny s'était efforcé, dès 1836, de déterminer à quelle cause il fallait surtout attribuer le phénomène d'évaporation.

11 avait non-seulement étudié l'action de la lumière blanche, mais celle de diverses lumières colorées; ses conclusions sont toutefois peu précises. D'après lui, l'évaporation par les feuilles est due «à l'action combinée de la chaleur et de la lumière, réunies à ces influences mécaniques qui opèrent aussi bien sur la matière organique après sa mort que pendant sa vie )>. {Phitosophical Transactions^ 1866, p. 159.)

Plus récemment enfin, M. Julius Sachs, à qui on doit un impor-

tant Traité de physiologie végétale auquel nous avons fait et nous ferons encore de fréquents emprunts, a repris l'étude de Tévaporation. « La lumière, dit-il (1) , est un des agents qui agisent le plus efficacement sur la transpiration ; mais on ne peut dire si elle agit par ellemême ou par son union intime avec une élévation de température. Il est facile de constater qu'une plante exposée alternativement au soleil et à l'ombre transpire beaucoup plus dans la première des positions ; l'effet est visible après quelques minutes, mais est peut-être dû à réchauffement des tissus. »

Le docteur Sachs opérait avec des plantes entières qui étaient pesées au commencement et à la fin des expériences : c'était là un mode d'obser\'ation que la nature même de mes recherches m'interdisait d'employer. Je voulais comparer la puissance évaporatoire des feuilles appartenant à un même végétal, et je devais imaginer un appareil propre à déterminer la quaniité d'eau qu'elles transpiraient dans le même temps. Les feuilles encore adhérentes à la plante furent d'abord placées dans un manchon de verre parcouru par un courant d'air qui se desséchait à l'entrée et à la sortie ; mais bientôt cette disposition compliquée fut abandonnée, quand on reconnut que l'évaporation se continuait indéfiniment dans une atmosphère saturée.

ExpérieBccsexéeatéesiirécoledeGrifnoB. — En faisant tOUt simplement usage, en effet, d'un ballon de verre très-léger, à col large et court, ou encore, quand on veut opérer sur des feuilles longues et étroites comme celles des graminées, d'un tube d'essai ordinaire, maintenu par un support (fig. 19) , on peut constater du premier coup ce fait important : l'évaporation de l'eau par les feuilles des plantes se continue presque aussi bien dans une atmosphère saturée qu'à Fair libre.

Ce résultat fut constaté par l'expérience suivante : Une feuille de blé adhérente à la tige est fixée par un bouchon fendu dans un tube de verre préalablement pesé ; le tout est placé au soleil, et l'expérience est commencée à 1 heure : à 1 heure 30 minutes, il y avait dans le tube 0*',làl d'eau condensée. On replace le tube à 2 heures, sans le vider : à 2 heures 30 minutes, l'augmentation de poids est de 08%130. On recommence l'expérience à 3 heures, sans vider le tube, qui renferme par conséquent 0«%271 d'eau; à 3 heures 30 minutes, on pèse de nouveau, l'augmentation de poids est de 08%121 : la feuille, à la fin de

(1) Physiologie végétale, traduction de Micheli, p. 250. Nous n*avons pas cru devoir riler en détail les expériences de H. Sachs, qu'on pourra trouver dans son excellent ou- ▼rage, tandis que eelie de M. Lawes n'avait pas encore été traduite en français.

l'expérience, pesait 0",390. Ainsi la quantité d'eau émise a été à peu près constante, malgré la présence dans le tube d'eau liquide en proportion notable.

Pendant le même temps, on avait placé au soleil, dans un petit ballon renfermant de l'eau, une mèche de coton qui, traversant un

tube de dégagement, venait s'épanouir dans un tube d'essai. Après deux heures, la quantité d'eau condensée dans le tube était de 0«',076; après trois heures d'exposition au soleil, 0*',080 ; après quatre heures, encore 0",0)i6, c'est-à-dire que la quantité d'eau émise restait bientôt stationnaire.

Ces essfûs préliminaires montraient : que l'évaporation de l'eau par les feuilles est complètement différente de celle d'une surface humide quelconque; qu'il n'était pas nécessaire, comme avaient cru devoir le faire quelques-uns de mes devanciers, et comme je l'avais fait d'abord moi-même, de dessécher l'atmosphère dans laquelle avait lieu l'évaporation; qu'enfin le tube de verre employé pour condenser l'eau évaporée, commode à transporter au milieu des cultures, pouvait ôlre employé avec sécurité pour déterminer la quantité d'eau émise par les feuilles appartenant à des espèces végétales variées ou soumises à des actions diverses.

11 importait toutefois d'établir d'abord que celte évaporalion pré-

sente elle-même quelque fixité, quand on Tétudie dans les mêmes circonstances, sur des feuilles appartenant à la même espèce.

Pour reconnaître si des feuilles de même âge, appartenant à la même espèce, dégagent dans le même temps, quand elles sont placées dans des circonstances identiques, des quantités d*eau semblables, il fallait trouver un terme de comparaison. U eût été sans doute à désirer que cette comparaison fût établie sur des surfaces égales; mais la difficulté de donner à ce genre de mesure une précision suflSsante nous a conduit à prendre comme unité des poids égaux.

Les nombres obtenus sont résumés dans le tableau suivant :

QucmHté d'fiau évaporée m une heure par les feuUies exposée$ au soleiL

DATES d«

L'BXrftRU5CB.

23 aYril 1869

30 avril

:fATVRB

de la plante.

Colsa

Colta

8 juin.

2 julo.

Bl6

Seif^Ie . . . .

TEMPiaATt'HK

de l'âir.

se*»

POIM

de l'organr

POIDS

de l'eau recueillie.

POIM

de

l'eau recueillie pour 100 oe feuilles.

Le fait qui frappe d* abord à F inspection du tableau précédent, c'est que la quantité d'eau évaporée est comparable quand les feuilles appartiennent à la même espèce et sont à peu près de même poids ; mais qu'au contraire la quantité d'eau recueillie varie singulièrement d'une espèce à l'autre, et dans la même espèce avec le poids de la feuille : plus la feuille est jeune, plus le poids d*eau qu elle évapore est relativement considérable. Ainsi les grandes feuilles de colza ont donné, relativement à leur poids, une quantité d'eau beaucoup plus faible que lès plus petites, qui étaient en même temps plus jeunes. On a donc été naturellement conduit à rechercher par des expériences directes si l'âge d'une feuille avait une influence sur sa puissance évaporatoire.

DUtRAW. 12

IjCs JeniMMi ffcailles évaporent plosd*ean que les ▼lelIlcs.—Lcs expériences ont été faites sur des feuilles de seigle ; elles ont porté simultanément sm' des feuilles prises en haut de la tige et très-récemment développées, sur des feuilles du milieu, et enfin sur des feuilles du pied; les trois observations étaient toujours simultanées. On a obtenu les résultats suivants :

Quantité d^eau évaporée par des feuilies de seigle de différents dges exposées pendant

une heure au soleil.

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