COMPOSITION DE LA SÉVE ASCENDANTE
La puissance d'absorption des racines, les actions capillaires qui se produisent dans les fibres du bois, l'évaporation enfin, suflisent à expliquer le mouvement ascensionnel de l'eau dans la plante; mais il importe d'insister maintenant sur la composition du liquide qui traverse le végétal pour venir s'évaporer dans la plante.
Quand on examine la sève au premier printemps, on la trouve, en général, très-peu chargée de principes solubles; elle est presque uniquement formée d'eau pure, et présente parfois une ressource précieuse au voyageur altéré. M.^Boussingault rapporte que dans les régions équinoxiales on boit avec plaisir la sève du Guaduas^ gigantesque graminée qui atteint souvent l'énorme hauteur de 20 à 30 mètres ; à l'analyse, cette sève n'a présenté en effet que des traces de sulfates, de chlorures et de matière animale.
D'après Knight, la sève croît en densité à mesure qu'elle s'élève davantage dans les arbres : la sève d'un Acer platanoides recueillie à l'aide d'une incision pratiquée au bas du tronc avait, selon cet habile observateur, une densité de 1,004 ; à 3 mètres de hauteur, la densité était de 1,008 ; à 4 mètres, 1,012. Knight en conclut que pendant sa marche ascensionnelle, la sève entraîne des substances déposées dans le bois et susceptibles de fournir les matériaux des bourgeons et des feuilles. En 1833 [Nouvelles Archives du Muséum^ t. II), M. Biot étudia la sève de différents arbres, qu'il se procurait en pratiquant des trous dans les arbres à différentes hauteurs ; le résultat le plus remarquable de ses recherches fut que les sèves renferment habituellement du glucose ou du sucre de canne dans les noyers et les sycomores, et du glucose dans les lilas.
Il remarqua que la première émission de sève est toujours la plus chargée. Nous avons eu occasion d'obser\^er le même fait en étudiant à Grignon les pleurs de la vigne plusieurs joui-s de suite ; tandis que les premières quantités recueillies renfermaient manifestement du sucre de canne, il ne fut plus possible de le déceler à l'aide du réactif de Fehling quelques jours plus tard.
Ces différences dans la composition de la sève expliquent comment différents observateurs ont obtenu, en l'étudiant, des résultats variés \ comment M. Langlois a trouvé que la sève de la vigne ne renferme pas de sucre, mais seulement du phosphate et du tartrate de chaux dissous à la faveur de l'acide carbonique; de l'albumine, des nitrates et du sulfate de potasse ; des lactates alcalins, du chlorhydrate d'ammoniaque. L'idée qui se présente naturellement à l'esprit pour expliquer ces différentes observations, est que la sève renferme non-seulement les matières solubles de la terre arable, mais que, de plus, ainsi que le supposait Knight, elle dissout au moment de son passage au travers des tissus les matières qui s'y trouvent déposées, qu'elle se concentre ainsi à mesure qu'elle s'élève et qu'elle se charge d'une plus grande quantité de ces matériaux. Cette manière de voir rend compte encore de l'observation de M. Biot, vérifiée à l'école de Grignon, à savoir, que c'est pendant les premiers jours de son écoulement que la sève est le plus chargée, tandis qu'ensuite elle devient de plus en plus pauvre en principes organiques.
L'explication de ces derniers faits est facile, quand on remarque qu'il existe une quantité assez notable d'amidon dans le tissu ligneux avant que la sève se soit mise en mouvement, mais qu'au contraire cet amidon disparaît absolument aussitôt que l'ascension commence. Nous verrons plus loin que dans les graminées, les principes immédiats hydrocarbonés se succèdent dans l'ordre suivant : glucose, sucre, amidon, et il semble que dans les arbres nous assistions, au moment du réveil de la végétation, aune transformation précisément inverse, et que l'amidon donne successivement du sucre de canne et du glucose.
La réaction de l'iode sur l'amidon est tellement nette, que nous ne croyons pas que notre observation puisse être révoquée en doute, et elle nous paraît avoir ce grand intérêt, qu'elle nous indique l'origine des matériaux employés par la plante à la formation des premiers bourgeons. Ce qui a lieu dans les végétaux ligneux est donc tout à fait comparable à ce qu'on observe dans les végétaux herbacés pourvus de tubercules : dans l'un et l'autre cas ce serait dans une tige plus ou moins modifiée qu'existerait le dépôt d'amidon destiné à se trans-