‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 56 sur 228 · ÔA. — MIGRATION DES PRINCIPES IMMÉDIATS DANS LES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

ÔA. — MIGRATION DES PRINCIPES IMMÉDIATS DANS LES VÉGÉTAUX

Les feuilles sont le laboratoire de la plante ; c'est dans leurs cellules qu'ont lieu la décomposition de l'acide carbonique et de l'eau, la réduction des nitrates, et que les hydrates de carbone et les albuminoïdes prennent naissance. Si ces substances séjournent pendant quelque temps dans les feuilles, elles n'y persistent pas cependant indéfiniment; dans les plantes herbacées elles abandonnent successivement les feuilles du bas, qui jaunissent et tombent, pour s'accumuler dans les feuilles supérieures, puis enfin dans la graine. La conservation de l'espèce est dès lors assurée, l'individu se flétrit et meurt.

Dans les plantes vivaces, le réceptacle des principes immédiats est non-seulement la souche, mais encore le bois, dans lequel on découvre facilement de l'amidon, qui, résorbé au premier printemps,se transforme en glucose, puis en cellulose, pour former les jeunes feuilles à l'aide desquelles la plante va puiser de nouveau dans l'air ses aliments carbonés. Enfin, dans certains cas, c'est dans les tiges souterraines, tubercules on rhizomes, ou même dans les racines, que s'accumulent les principes immédiats élaborés par les feuilles pendant la belle saison.

Les substances minérales se déplacent aussi d'un point de la plante à l'autre ; il convient même de commencer l'étude des migrations qui se succèdent dans les végétaux par celle des substances minérales, car la démonstration du fait même de la migration est plus facile pour des substances indestructibles que pour les matières combustibles, qu'on peut supposer disparaître en un point par combustion lente, et être formées de nouveau de toutes pièces en un autre point, avec l'acide carbonique, l'eau, etc. Cette opinion n'est certainement pas trèssérieuse, car on ne comprendrait pas pourquoi, dans les plantes herbacées, la formation de la graine n'a lieu qu'à la fin de la végétation et non au commencement, si cette graine élaborait elle-même les principes qu'elle renferme, et si elle ne bénéficiait pas du travail accompli par les feuilles ; mais, sans avoir recours à ce mode dé raisonnement, on peut démontrer l'existence de ces migrations en déterminant à diverses époques la composition des cendres des différentes parties de la plante. Leur destruction, puis leur formation, ne sauraient être invo-

MIGRATION DES SI «STANCEvS MINEKALES. 195

quées coniine elles le sont pour les principes combustibles-, et si nous constatons la présence des phosphates, par exemple, en quantités notables dans les feuilles à un certain moment, puis qu'après avoir reconnu leur disparition des feuilles, nous les trouvions ensuite dans les graines, nous serons obligés de convenir qu'ils ont passé de l'un à l'autre.

Or, si l'on jette les yeux sur le tableau de la pape 76, où sont résumées les analyses exécutées par M. le docteur Zoeller sur les cendres des feuilles de hêtre prises à diverses époques, on reconnaîtra que la composition de ces cendres a singulièrement varié du printemps à l'automne, et que la potasse et l'acide phosphorique, qui étaient abondants au mois de mai dans les feuilles, ne se rencontrent plus dans les cendres des feuilles cueillies en octobre.

Ce fait n'est pas isolé : il apparaît avec la plus grande netteté dans les plantes herbacées, quand on a la précaution d'en examiner successivement les organes-, il ressort notamment très-cjairement du beau mémoire de M. Isidore Pierre Sur le développement du blé.

MigrsiioB Û9 l'acide phosphorl^ne pendant le développement dn blé.

— Voici les résultats trouvés pour la quantité d'acide phosphorique contenue dans les feuilles à diverses époques du développement de la plante :

Proportion d'acide phosphorique par kilogramme de matière sèche.

DÉSIGNATION DES PARTIES

11 mai.

a juin.

a juin.

6 juillet.

25 juillet.

Troiûëmes feuilles

«rr.

Quatrièmes feuilles

Ginduièines feuilles

La diminution est donc bien sensible, et elle Test encore plus qu elle ne le paraît dans les nombres précédents. En effet, au 25 juillet, les feuilles ont non-seulement perdu de Tacide phosphorique, mais aussi du glucose qui s'est transformé d'abord en sucre de canne, puis s'est condensé dans la graine sous forme d'amidon ; de l'albumine, qui est devenue du gluten : et l'on conçoit que si la perte des matières organiques subie par la plante est plus grande que la perte des matières minérales, celle-ci ne soit pas sensible, ou qu elle soit au moins singulièrement amoindrie quand on présente les résultats comme nous l'avons fait plus haut, bien qu'elle soit très-réelle cependant.

C'est ce que M. Is. Pierre a très-bien fait voir en comparant la quantité d'acide phospborique contenue dans les épis et dans les feuilles développées sur un hectare à diverses périodes de la végétation.

Poids total d'acide phosphorique par hectare*

DÉSIGNATION DES PARTIES

11 mai.

3 juin.

S2 juin.

6 juillet.

25 juillet.

Ëpis Dleins

kil.

kil.

kil.

kil.

Troisièmes feuilles

Quatrièmes feuilles

Ginauièmes feuilles

Le transport est donc ici bien certain ; l'épi a gagné ce que les feuilles ont perdu.

Les mêmes faits se reproduisent pour la migration de Tacide phospborique dans le colza (Mémoire de M. Is. Pierre, Ann. de chim. et dephys., 1860, t. LX, p. 129).

Nous donnerons deux des tableaux dans lesquels cette migration apparaît avec le plus d'évidence :

Acide phosphorique contenu dans la récoUe de colza obleniAe d*un heclare.

ÉPOQDES des

ORSinVATIOMi.

HACIM£(.

Tir.Kî»

effeuillt'C!*

et

«■•l«Hées.

dOMMITI»

des

rameaux

nrcc fleurs

ou silique:*.

riCl'ILLl»

vertes.

PEtlLLE^

mortes.

RbCOLTK

cnlirre.

22 mars 1859. . ..

2 avril

6 mai

6 juin

20 juin

kil.

kil.

-kil.

kil.

kil.

kil.

Dans le tableau suivant, le fait de la migration est encore, s'il est possible, plus nettement établi :

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