‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 59 sur 228 · HERBACÉS · texte numérisé non relu

HERBACÉS

Les faits précédents établissent nettement que les principes immédiats formés dans un des organes de la plante n'y persistent pas indéfiniment, mais abandonnent cet organe pour pénétrer dans un autre. La feuille, ainsi que nous l'avons dit plus haut, nous apparaît donc comme le laboratoire dans lequel prennent naissance les principes immédiats, et sans doute aussi comme le réservoir dans lequel ils séjournent provisoirement pour arriver enfin jusqu'à la graine.

Toutefois, si les considérations précédentes établissent nettement le fait de la migration, elles n'indiquent en aucune façon le mécanisme de celle-ci, et nous devons nous efforcer de le découvrir.

Le mouvement des principes immédiats solubles dans les plantes monocotylédon es herbacées, connue les céréales, que nous avons particuhèrement étudiées, est dû pour nous à la différence de puissance évaporatoire des feuilles dans le jeune âge et à une époque plus avancée de leur maturité.

Nous avons reconnu, en effet (page 178) que les feuilles du bas des tiges de seigle évaporent dans le même temps et à la même lumière une quantité d'eau infiniment plus faible que les feuilles du haut : la différence pouvait aller du simple au double; nous avons reconnu le

MECANISMK DK LA MIGHATION DES PRINCIPES IMMEDIATS.

même fait dans les feuilles de maïs, dans celles de colza, et il n'y a aucune raison pour qu'il n'en soit pas ainsi dans toutes les plantes herbacées. C'est de cette différence d'évaporation que nous voulons tirer l'explication du transport des principes immédiats des feuilles du pied à celles du sommet, et nous aurons recoui-s dabord, pour éclairer la question, à une expérience exécutée ti l'aide d'appareils de laboratoire.

FiG. 23. — Appareil employé par M. Dehérain pour démontrer le transport d*un sel dissous, d'une mèche qui n*évapore pas à une mèche qui évapore bien.

Dans un flacon renfermant une petite quantité d'eau, plongent deux mèches de coton assujetties dans des tubes de verre (fig. 23). L'une, B, est imprégnée de sulfate de cuivre, et son extrémité supérieure s'épanouit librement à l'air ; l'autre, A, aété trempée dans une dissolution de ferrocyanure de potassium, et son extrémité libre est enfermée dans un tube d'essai, dont l'atmosphère, bientôt saturée de vapeur d'eau, empêche toute évaporation. II n'en est pas de même pour la mèche à sulfate de cuivre : elle évapore constamment. Après quelques jours, une partie notable du sulfate de cuivre qu'elle renfermait est venue cristalliser à son extrémité, et un peu plus tard de larges taches bmnes, produites par la réaction du ferrocyanure de potassium sur le

sulfate de cuivre, annoocent que le sel soluble contenu dans la mèche A, appelé par le courant ascensionnel que détermine Tévaporation de B, a quitté la mèche dans laquelle il avait été placé; il s* est transporté au travers de l'eciu jusqu'à la mèche où Tévaporation est active.

La différence d'évaporation a donc sufB pour déterminer, dans cet appareil, un mouvement analogue à celui qui a lieu dans le végétal gorgé d'eau, lorsque Tévaporation, activée par la lumière éclatante des longues journées d'été, lance dans l'air les quantités énormes d'eau que nous avons signalées dans les paragraphes précédents.

Quand le sol se dessèche, durcit, que son humidité s'épuise, les jeunes fenilles ne peuvent suffire à leur dépense incessante qu'en puisant l'eau de tous côtés : c est alors qu'elles dépouillent le3 feuilles plus anciennes, chez lesquelles la force d'évaporation est déjà affaiblie, de l'eau qu'elles renferment et des principes que celle-ci tient en dissolution; c'est alors aussi. que la maturation avance.

Dans les régions septentrionales, Tété est court, mais les jours sont d'une grande longueur, et l'évaporation fonctionnant plus activement que dans les régions où le soleil ne reste pas aussi longtemps au-dessus de l'horizon, les plantes accomplissent en un temps plus court leur cycle de végétation.

Quand les années sont sèches, que le soleil se montre chaque jour avec une implacable sérénité, l'évaporation est trop active et les récoltes ne sont pas aussi abondantes que dans les années où la lumière est moins éclatante. Pendant Tannée 1870, les mois de mai et de juin ont été presque constamment beaux, et la végétation a été trop hâtée: l'avoine avait à peine à Grignon la moitié de sa hauteur ordinaire; les feuilles ont vécu trop vite; elles ont été desséchées trop tôt par une évaporation trop active, et elles n'ont pas pu former, pendant leur vie de courte durée, la même quantité de principes immédiats que si elles avaient fonctionné pendant un temps plus prolongé.

Si au contraire le temps est couvert, que la pluie soit fréquente, que la terre soit gorgée d'eau, tout s'arrête ; le transport n'a pas lieu. Les feuilles, en effet, trouvent dans ce cas, dans le sol, des quantités d'eau notables; les plus jeunes n'enlèvent pas aux plus anciennes l'eau qu'elles évaporent, et l'on ne voit plus les principes immédiats émigrer d'un organe à l'autre, pour venir s'accumuler dans les feuilles supérieures. Ce sont là les saisons, comme chacun sait, favorables aux herbages, mais non à la culture des plantes dont on veut obtenir des graines.

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