‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 6 sur 228 · PS · texte numérisé non relu

PS

'it

JS.

Ces résultats montrent, comme ceux qu'a obtenus M. Fleury, que la cellulose se forme aux dépens des matières grasses ; mais elle con-

(1) Dans toutes ces analyses, le testa est enlevé ; le résultat ne s'applique qu'à l'embryon ^ au ferme.

State la formation de Famidon aux dépens de cette même matière grasse, transformation curieuse qui n'est pas signalée par M. Fleury.

En résumé, pendant la germination, le grain se comporte comme un animal, ou plutôt comme un œuf pendant la période d'incubation, et dans l'obscurité la plante continue à vivre aux dépens de la réserve qu'elle trouve dans la graine et à brûler les principes immédiats que renferment ses tissus. Elle vit à la façon des animaux jus- (fu'au moment où elle est frappée par la lumière. Alors tout change : de blanche qu'elle était, elle devient verte; et au lieu d'être le siège à* oxydations et d'émettre de l'acide carbonique, la plante absorbe celui-ci et le décompose ; au lieu de vivre aux dépens de la graine, elle prépare elle-même, à l'aide de l'acide carbonique, de l'eau, de l'acide azotique, les matériaux qu'elle emploie à l'accroissement de ses tissus.

Cette fonction de réduction est d'une importance capitale : c'est par son exercice que la plante accroît son poids, qu'elle forme du glucose, le principe immédiat d'où dérivent tous les autres; et nous devons l'étudier dans tous ses détails.

CHAPITRK II

J^ 5. — RÉSUMÉ HISTORIOUE.

icBe« de BoBBet (ivso). — C*est au naturaliste genevois Bonnet qu'on doit la première observation sur l'émission des gaz par les plantes. « Au commencement de l'été de 1749, dit-il, j'hitroduisis dans des poudriers pleins d'eau des rameaux de vigne. Dès que le soleil commença à échauffer Teau des vases, je vis paraître sur les feuilles des rameaux beaucoup de bulles semblables à de petites perles. J'en observai aussi, mais en moindre quantité, sm* les pédoncules et sur les tiges... Je fis bouillir de l'eau pendant trois quarts d'heure, afin de chasser l'air qu'elle contenait. Après l'avoir laissée refroidir, j'y plongeai un rameau semblable au précédent. Je l'y tins en

expérience environ deux jours ; le soleil était ardent, je ne vis pourtant paraître aucune bulle (l ). »

TnTftox de PrieaUcy (lYYt). — Il est Vraisemblable que le célèbre chimiste anglais Priestley ignorait ces résultats quand il publia en 1772, dans ses Recherches sur diverses espèces d'air ^ les expériences admirables que nous rapporterons textuellement. Priesiley, après s'être occupé des modifications que le séjour des animaux fait subir à une atmosphère limitée, fut en quelque sorte conduit à rechercher l'influence qu'exercent les végétaux sur ces atmosphères viciées.

« J'ai eu le bonheur, dit-il, de trouver par hasard une méthode de rétablir l'air altéré par la combustion des chandelles, et de découvrir au moins une des ressources que la nature emploie à ce grand dessein : c'est la végétation.

« On serait porté à croire que, puisque Tair commun est nécessaire à la vie végétale aussi bien qu'à la vie animale, les plantes et les animaux doivent l'affecter de la même manière. Et j'avoue que je m'attendais au même effet la première fois que je mis une tige de menthe dans une jarre de verre renversée sur l'eau. Mais après qu'elle y eut poussé quelques mois, je trouvai que l'air n'éteignait pas la chandelle et qu'il n'était pas nuisible à une souris que j'y exposai.

« Le 17 août 1771, je mis un jet de menthe dans une quantité

d'air où une bougie avait cessé de brûler, et je trouvai que le 27 du même mois une autre bougie pouvait y brûler parfaitement bien. Je répétai cette expérience sans la moindre variation dans le résultat jusqu'à huit ou dix fois pendant le reste de l'été.

e Lorsqu'on expose des jets de menthe dans de l'air corrompu assez fortement par la putréfaction pour transmettre sa puanteur à travers l'eau, ils meurent aussitôt, et les feuilles deviennent noires; mais s'ils ne meurent pas à l'instant, ils y poussent de la manière la plus surprenante. Je n'ai jamais vu, dans aucune circonstance, la végétation aussi vigoureuse que dans cette espèce d'air qui est si funeste à la vie animale.

«r Cette observation me conduit à conclure que les plantes, bien loin d'affecter l'air de la même manière que la respiration animale, produisaient des effets contraires, et tendaient à conserver l'atmosphère douce et salubre, lorsqu'elle est deveime nuisible en consé-

1) Herft*;rche\ iut* Casaye des feidiics^ par Ch. Bonnet. GœUingue et Leyde, \lb'i. MMÈMAXK, 'i

quence de la vie et de la respiration des animaux ou de leur mort et de leur putréfaction... >

Enfin il résume ses observations : « Les preuves d'un rétablissement partiel de l'air par des plantes en végétation, quoique dans un emprisonnement contre nature, servent à rendre très-probable que le tort que font continuellement à l'atmosphère la respiration d'un si grand nombre d'animaux et la putréfaction de tant de masses de matière végétale et animale, est réparé, du moins en partie, par la création végétale; et nonobstant la masse prodigieuse d*airqui est journellement corrompue par les causes dont je viens de parler, si l'on considère la profusion immense des végétaux qui croissent sur la surface de la terre, dans des lieux convenables à leur nature , et qui, par conséquent, exercent en pleine liberté tous leurs pouvoirs tant inhalants qu'exhalants, on ne peut s'empêcher de convenir que tout est compensé et que le remède est proportionné au mal. >

La découverte de Priestley fit en Angleterre une impression profonde ; il reçut la médaille d'or de Copley, une des plus grandes récompenses que puisse décerner la Société royale de Londres. Et cependant il faut reconnaître que la question était loin d'être complètement élucidée : Priestley n'était pas absolument maître de son admirable expérience. On trouve dans son ouvrage, « qu'une feuille de choux fraîche, mise pendant une seule nuit sous un vaisseau rempli d'air commun, aflecta tellement l'air, qu'une chandelle ne put plus y brûler le lendemain matin. » Mais cette observation reste isolée, et c'est au savant hollandais Ingenhousz qu'était réservée la gloire de reconnaître que la décomposition de Tacide carbonique par les feuilles n'a lieu que sous l'influence de la lumière solaire.

Expériences d'Inscnhoasm (iV80). — C'est en 17S0 (1) qu lugeU-

housz établit, de la façon la plus complète, les propositions suivantes :

1* L'air qui se dégage des feuilles plongées dans l'eau provient de l'intérieur de la plante, et il est émis en dehors en vertu d'un acte vital. (Nous savons aujourd'hui que cette proposition est inexacte, et qu'il faut que l'eau soit chargée d'acide carbonique pour que les plantes puissent en dégager un gaz ; mais les deux autres conclusions du célèbre naturaliste sont capitales, eu même temps qu'inattaquables.)

2"* L'air dégagé, conformément aux premières observations de

(1) Expériences sur les végétaux^ 1780. Voyei, dans le Journal des savants de 1856» plusieurs articles de M. Chevreul sur celle queslion.

Priestley, diffère de l'air commun par l'intensité avec laquelle il fait brûler les corps, et à c^use de la forte proportion d'air déphlogistiqué (oxygène) qu'il renferme.

3"" L'air déphlogistiqué (oxygène) ne se dégage des feuilles des végétaux qu'autant que celles-ci sont exposées à recevoir l'influence du soleil.

Ainsi les plantes peuvent dégager de l'oxygène loi'squ' elles sont exposées au soleil. Une question importante reste à résoudre cependant, pour élucider les résultats de Priestley et ceux d'Ingenhousz : il reste à démontrer que ces deux observations se complètent Tune parraotre, et que l'oxygène dégagé par les plantes ne provient pas de leurs tissus mêmes, mais est le résidu de Tacide carbonique avec lequel elles ont été mises en contact ; que les plantes sont de véritables appareils de réduction, fixant le charbon et dégageant l'oxygène.

^intervention d'un troisième expérimentateur est nécessaire pour donner une esquisse complète du phénomène, et c'est à Senebier, pasteur à Genève, qu'il était réservé de triompher de cette dernière difficulté.

BsptefcBMe de Senebier. — On est forcé de reconnaître, dit-il, que, comme Tacide carbonique dissous dans l'eau favorise la végétation et la production du gaz oxygéné qui s'échappe des feuilles au soleil, il faut que l'acide carbonique, dont Toxygène est un des éléments, soit décomposé au soleil par l'acte de la végétation, pour fournir celui-ci, et que le carbone déposé dans toutes les parties de la plante en provienne.

Bonnet, Priestley, Ingenhousz, Senebier, ont donc brillamment ébauché cet admirable phénomène. Mais il nous faut maintenant enseigner comment il est facile de répéter ces expériences capitales ; puis pénétrer dans le détail, rechercher dans quels rapports sont l'acide carbonique disparu, et Toxygène dégagé, varier les conditions dans lesquelles agira la lumière, examiner même ce qui aura lieu quand celle-ci fera défaut, et reconnaître enfin quel est le prindpe immédiat formé pendant cette décomposition de l'acide carbonique.

Premières ezpéricMes de M. Bometaganlt. — Dès 18iO, M. BOUS-

singault avait varié les expériences de ses prédécesseurs. Maintenant les plantes dans leurs conditions normales d'existence, il avait démontré à cette époque que si l'on introduit un rameau de vigne dans un ballon exposé au soleil, puis qu'on détermine un courant d'air au travers de l'appareil, on trouve toujours moins d'acide carbonique dans

30 DU DEVELOPPEliENT DES VEGETAUX.

l'air qui a passé sur les feuilles que dans l'air normal. Dans une observation, on reconnut que l'air atmosphérique, après avoir traversé le ballon, contenait en volume 0,0002 de gaz acide carbonique; au même moment, l'air pris dans la cour où l'appareil fonctionnait en renfermait 0,OOOA&. Dans une autre expérience, l'air, après avoir passé sur les feuilles, renfermait 0,0001 de gaz acide carbonique, l'air de la cour en contentut alors 0,000â.

ExpéricBCM 4e mm. ciota M (irMi«i«i. — Plus tard MM. Cloéz et Gratiolet {Arm. de ckim. et de phys., 3° série, t. XXXII, p. h\) publièrent sur ce sujet une série d'observations importantes, et indîquèrent le moyen de répéter facilement l'expérience fondamentale de la décomposition de l'acide carbonique par les plantes, expénence

qui put dès lors être reproduite dans les cours. Dans un grand flacon de quatre à cinq litres de capacité (fig. 2), on met une dissolution légère d'acide carbonique, puis on y introduit une plante marécageuse. MM. Cloëz et Gratiolet opérèrent souvent avec le Potamogelon perfo liatus :JiOMS avons nous- même très- bien réussi a.\ec l'Elodea, avec le Potamogeton crispus, etc. On ferme le flacon avec un bouchon percé d'un trou où s'engage un tube abducteur, et l'on recueille les gaz sur l'eau. Aussitôt que l'appareil est placé au soleil, on voit les feuilles se recouvrir de bulles de gaz, et il arrive habituellement qu'après avoir absorbé, à l'aide de la poiasse, l'acide carbonique qui se dégage par suite de l'échaufTement du liquide, on peut obtenir un gaz assez riche en oxygène pour rallumer les allumettes. Ce gaz toutefois n'est jamais complètement exempt d'azote, bien que, d'après les observa-

tioos de MM. Gloêz et Gratiolet, il aille constamment en s'épurant à mesure que l'opération se prolonge plus longtemps. On voit en effet, dans le travail publié par ces savants, que, tandis que le gaz obtenu le premier jour de l'expérience renfermait seulement, sur 100 parties, 84,30 d'oxygène et 15,70 d'azote, le gaz recueilli d'un appareil en expérience depuis huit jours renfermait 97,10 d'oxygène et seulement 2,90 d'azote.

§ 6. — LE VOLUME d'oXTGÈRE DÉGAGÉ PAR LES FEUILLES EST ÉGAL AU VOLUME d'acide CARBONIQUE DISPARU.

ih. de 9mmammre (1804). — Th. de Saussure, le premier, chercha à déterminer rigoureusement les quantités d'oxygène dégagé, d'acide carbonique disparu pendant l'exposition des feuilles au soleil {Recherches chim. sur la végétation^ p. 40 et suiv.). Ses expériences portèrent sur la, pervenche^ la menthe aquatique^ la salicaire^ le pin et le Cactm opuntia; elles le conduisirent à admettre que le volume d'oxygène dégagé n'était jamais aussi considérable que celui de l'acide carbonique disparu : ce qui aurait dû être si le phénomène eût été aussi simple qu'il paraissait d'abord, puisqu'un volume d'acide carbonique renferme un volume d'oxygène ; de plus, il remarqua toujours que le dégagement d'oxygène était accompagné d'une émission d'azote considérable. A J' époque où Th. de Saussure opérait, on n'avait pas, sur la constitution des végétaux, des idées aussi précises que celles que nous possédons actuellement, et l'on pouvait croire que le gaz azote dégagé provenait de la substance même de la plante, bien qu'il soit démontré pour nous aujourd'hui qu'il n'en était rien ; car les quantités d'azote dégagées dans les expériences du célèbre physiologiste sont souvent supérieures à celles qui existent dans la plante elle-même ( Boussingault, Ann, de chim. et de phys.y 3* série, 1861, t. LXVI, p. 295).

NMivélles eapérlcaees de M. Bovmlngaiilt. — Dans ceS derniers

temps, H. Boussingault a publié , sur l'absorption de l'acide carbonique par les végétaux, un mémoire important (Ann. de chim^ et de pkys., 3* série, t. LXVI, p. 295). Comme MM. Cloëz et Gratiolet, M. Boussingault a fait usage de ballons renfermant de l'eau chargée d'acide carbonique dans laquelle étaient immergées les feuilles (fig. 3). n opérait toujours avec une série de trois ballons, renfermant, le premier l'eau légèrement imprégnée d'acide carbonique dans laquelle

ou DEVELOPPEMENT DES VEGETAUX.

on devait faire les expériences; ce ballon ne recevait pas de feuilles, et il servait seulement à déterminer exactement la proportion des gaz dissous dans l'eau, ou l'atmosphère de l'eau. Le ballon n' 2 recevait de l'eau semblable à celle du n" 1, et des feuilles, mais celles-ci n'é-

taient pas placées au soleil. On extrayait du ballon n° 2 l'atmosphère réunie de l'eau et des feuilles employées dans l'espérience. Enfin le troisième ballon recevait de l'eau et des feuilles semblables à celles qui avaient été placées dans l'appareil n* 2, et il était exposé au soleil. Pour extraire les gaz des deux premiers ballons, on commençait par écraser le tube de caoutchouc ec à l'aide d'une pince d (cette

pince est représentée en D, à gauche de la figure, sous de plus grandes dimensions : on voit que le métal courbé agit comme un reSvSort, et qu il suffit de placer les deux doigts sur les disques qui terminent la pince pour ouvrir celle-ci) ; on empêchait ainsi toute communic:ition entre le grand et le petit ballon. Puis on faisait bouillir Teau contenue dans le petit ballon g^ dit bouilleur^ pour chasser tout l'air qui y était d'abord contenu ; quand le vide était fait, ce qu'on reconnaissait à la hauteur du mercure dans le tube de dégagement hi^ on mettait le bouilleur en communication avec le ballon A, et l'on déterminait Tébullitionen allumant le fourneau. Les gaz passaient dans le bouilleur, puis dans la cloche retournée sous le mercure ; et quand on reconnaissait que l'eau du bouilleur était elle-même assez échauffée pour émettre des vapeurs qui chassaient les gaz, on fermait la communication du ballon A et du bouilleur; on laissait refroidir^ et l'on mesurait les gaz dégagés.

Quant au ballon n° 3, il était exposé au soleil pendant un certain temps : les feuilles décomposaient l'acide carbonique; l'oxygène dégagé, après avoir rempli le bouilleur, préalablement vidé d'air par Tébullition, chassait le mercure du tube et se dégageait sous la cloche E. A la fin de l'expérience, on recueillait les gaz contenus en dissolution dans l'eau du ballon, en portant celle-ci à l'ébullition, qui pouvait être prolongée sans inconvénient, grâce à la précaution prise de terminer le tube abducteur par du caoutchouc i, pour éviter la rupture du tube de verre échauffé par la vapeur et refroidi par le mercure. (Cet appareil doit être construit avec beaucoup de soin, pour qu'il puisse tenir le vide. M. Boussingault est arrivé à obtenir une fermeture hermétique en h et en /, en entourant les bouchons de liège d'une feuille de caoutchouc bien fixée sur les tubes du verre en haut et en bas. On reconnaît que l'appareil tient le vide, quand, après le refroidissement du bouilleur y, le mercure reste stationnaire dans le tube à une hauteur de 76 centimètres, diminuée de la pression de la vapeur à la température à laquelle on opère.)

En comparant les résultats fournis par l'analyse du gaz extrait de ce troisième ballon avec celle du gaz extrait des deux autres, il est possible de reconnaître ce qui doit être attribué à l'action des feuilles agissant au soleil sur l'acide carbonique dissous. On se met sûnsi à l'abri des erreurs qui entachent les mémoires précédents, et l'on n'attribue à l'action réductrice des rayons solaires que ce qui lui appartient réellement.

Nous donnerons textuellement les conclusions de ce mémoire important;

« Sur 41 expériences, il en est 15 dans lesquelles le volume de Toxygène apparu a été un peu plus grand que le volume de Tacide carbonique disparu. Dans les autres, c'est le contraire qui a eu lieu. Dans treize cas seulement, il y a eu à peu près égalité entre les deux volumes de gaz, du moins la différence n'a pas dépassé tg de centimètre cube. Le volume de l'oxygène émis par les feuilles d'une même plante a été tantôt supérieur, tantôt inférieur à celui de l'acide carbonique disparu ; c'est ce qui est arrivé pour le pêcher, le pin et le laurier. Les plantes aquatiques, le saule, la carotte, ont toujours donné moins d'oxygène que n'en renfermait l'acide carbonique que l'on n'a plus retrouvé ; mais il est possible que des observations plus nombreuses eussent amené des différences en sens contraire. La disparition d'une partie de l'oxygène constitutif de l'acide carbonique peut être attribuée tout naturellement à une assimilation opérée par l'organisme de la plante, tandis que l'émission d'un volume de ce gaz plus grand que le volume de l'acide gazeux éliminé ne saurait être expliquée qu'en admettant que, sous l'influence de la lumière solaire, les parties vertes des végétaux décomposent l'eau en fixant l'hydrogène. Les cas où le volume d'oxygène a été moindre que le volume de gaz acide disparu ne pourraient pas être invoqués comme une objection, puisque l'oxygène mesuré représenterait la différence entre la totalité de l'oxygène provenant de l'acide carbonique de l'eau et la quantité du même gaz fixé par les feuilles. L'oxygène en excès a été au maximum 2'%â pour â8",6 d'acide carbonique, soit 6 pour 100; mais généralement cet excès est resté bien au-dessous de cette quantité.

€ Si l'on considère l'ensemble des résultats comme ayant été fournis par une observation unique, on trouve qu'il a disparu 1 339", 38 de gaz acide carbonique, et qu'il est apparu 13'22",61 de gaz oxygène mêlés à 10", lO d'autre gaz; que, par conséquent, 100 volumes de gaz acide carbonique ont fourni 98 ''''•, 75 de gaz oxygène. *

En examinant le gaz émis par les feuilles après l'absorption de l'oxygène, par l'acide pyrogallique et la potasse, M. Boussingault y découvrit des quantités appréciables de gaz combustible, que l'analyse endiométrique lui déujontra être un mélange d'une quantité notable d'oxyde de carbone avec une bien plus faible proportion d'hydrogène protocarboné.

Dans les expériences qu'il avait faites en 1849 avec Gratiolct, M. Cloëz n'avait pas observé le dégagement de ce gaz combustible; il crut donc devoir répéter ses essais, et, dans une série d'expériences très-judicieusement combinées à l'aide de plantes aquatiques végé-

tant dans de l'eau constamnnent renouvelée, ou séjournant dans de l'eau non renouvelée et légèrement chargée d'acide carbonique, il reconnut que le gaz restant après l'absorption de l'oxygène ne contenait aucune trace de gaz combustible, et que c'était de l'azote pur {Compt. rend., 1S03, t. LVII, p. 355),

M. Corenwinder ne fut pas plus heureux, et ne put découvrir d'oxyde de carbone dans les gaz émis par la décomposition de l'acide carbonique.

Cette différeoce dans les résultats obtenus par des expérimentateurs habiles serait faite pour étonner, si M. Calvert [Compt, rend.^ i863, t. LVII, p. 873) et M. Cloëz [Compt. rend., 1863. t. LVII, p. 875) n'avaient reconnu que l'acide pyrogallique, mis en contact avec la potasse, émet une certaine quantité d'oxyde de carbone. M.Boussingault {Compt. rend,^ 1803, t. LVII, p. 885) avait lui-môme obtenu une réaction semblable; de telle sorte qu'il est probable que l'oxyde de carbone observé par M. Boussingault dans les résidus de l'absorption des gaz dégagés par les feuilles, au moyen de l'acide pyrogallique et de la potasse, provient de la réaction de ces deux agents, et non de la végétation elle-même (M. Calvert, Compt. rend., I863,t. LVIL p. 875).

S 7. — LES FEUILLES PLONGÉES DANS L*AC1DE CARBONIQUE PUR NE DÉCOM- POSENT CE GAZ QUE lorsqu'il EST A UNE FAIBLE PRESSION.

M. Boussingault a reconnu que les feuilles exposées au soleil dans de l'acide carbonique pur ne décomposent pas ce gaz, ou si elles le décomposent, ce n'est qu'avec une excessive lenteur. Les feuilles placées aa soleil dans un mélange d'acide carbonique et d'air atmosphérique décomposent au contraire rapidement ce dernier, et l'oxygène de l'air ne parait pas inteiTenir dans le phénomène, car les feuilles font rapidement disparaître l'acide carbonique lorsqu'il est mêlé à du gaz azote ou à du gaz hydrogène. Il est remarquable que les circonstances dans lesquelles se produit la décomposition de l'acide carbonique sont analogues à celles dans lesquelles on obtient la combustion du phosphore: on sait, en effet, que le phosphore n'est pas lumineux dans l'oxygène pur à la pression ordinaire, mais qu'il le devient immédiatement dans du gaz oxygène dilué par de l'azote ou de l'hydrogène, on encore dans l'oxygène pur soumis à une faible pression.

Or, l'analogie se poursuit pour l'action qu'exercent les feuilles sur

Tacide carbonique à une pression trës-fsdble : il a été possible de décomposer un centimètre cube d'acide carbonique avec une petite feuille de laurier-cerise placée dans ce gaz pur, mais amené à la faible pression de 0",17. (Boussingault, Compt. re/irf., 1865, t. LX,p. 872, expérience du 24 août 1864.)

§ 8. — TOUS LES RATONS LUMINEUX NE SONT PAS ÉGALEMENT EFFI- CACES POUR DÉTERMINER LA DÉCOMPOSITION DE L* ACIDE CARBONIQUE; LES RAYONS ROUGES ET JAUNES AGISSENT PLUS ÉNERGIQUEMENT QUE LES BLEUS ET LES VERTS.

TmvaBx de MH. Danbeny, Draper, Cloëa et CSratiolet, SaelM,

CaiUctec, rriuienx. — Ed 1836, M. Daubcny étudia Tactiou qu'exercent sur les feuilles les rayons lumineux de diverses couleurs ; les feuilles sur lesquelles il expérimentait étaient plongées dans de l'eau chargée d'acide carbonique, et les flacons eux-mêmes étaient immergés dans des dissolutions diversement colorées. 11 reconnut que le gaz est toujours émis, en moindre proportion dans la lumière bleue que dans la lumière rouge et orangée : c'est cette dernière qui présente le maximum d'énergie.

Au lieu d'employer des dissolutions diversement colorées, M. Draper, professeur à l'université de New- York, dirigea les rayons du spectre, convenablement dispersés, sur des tubes-éprouvettes remplis d'eau distillée chargée d'acide carbonique, dans lesquels étaient placées des plantes de même espèce, assez identiques pour décomposer sensiblement la même quantité de gaz dans le même temps, sous rinfluence de la lumière solaire ordinaire. Il reconnut que c'est entre le Jaune et le vert qu'il faut placer les rayons lumineux qui déterminent avec le plus d'énergie Faction réductrice des végétaux. C'est ce que montrent les résultats suivants :

Volume ^axeux dt^s^açé en ini^me tempit.

Noms de» rayonii. \- expér. 2" exp«^r.

Rouge intense 0,33 »

Rouge et orangé 20,00 24,75

Jaune et vert / 36,00 43,75

Vert et bleu. . . . / 0,13 4,10

Bleu » 1,00

Indigo M »

Violet » »

MM. Gloêz et Gratiolet (loc. cit.) ont également étudié Faction de.s

divers rayons lumineux sur la décomposition de l'acide carbonique dans les végétaux, en plaçant des feuilles provenant de plantes aquatiques aussi semblables que possible dans des flacons renfermant de l'eau chargée d'acide carbonique, et en exjjosant le tout au soleil dans des cages garnies de verres de diverses couleurs.

Nous donnerons ici les nombres provenant de l'expérience du 29 juillet 18A9, qui a duré de dix heures quarante-cinq minutes à deux heures :

NATURE des

Yem iomlore dt'polî. . . ,

— jaunr

— iomlon* trmDfi{i«rent

— roiii^r

— T«Tt. ,.,....

TtinUTRI

de 1V«Q OCS PLAroM

VOLUME du

gax rM'ueilli

exprimé

ea cent, cnbet

àO*

et sou 8

U |>r«»!»*ion

de 0-,760.

Page 1