‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 66 sur 228 · S 59. — DE LA SÈVE ÉLABORÉE DANS LES VÉGÉTAUX LIGNEUX · texte numérisé non relu

S 59. — DE LA SÈVE ÉLABORÉE DANS LES VÉGÉTAUX LIGNEUX

La distinction que nous faisons ici entre les végétaux herbacés et les végétaux ligneux n'a d'autre raison que de faciliter l'exposition d'une question délicate et encore très-peu connue ; car nous allons reconnaître que les phénomènes se produisent dans tous les végétaux sous l'influence des forces dont nous avons essayé de pénétrer le mode d'action dans les paragraphes précédents.

Quand, dans les plantes dicotylédonées ligneuses, on enlève un anneau d'écorce sur le tronc, le bourrelet ligneux se produit au-dessus de la partie blessée ; quand on pratique une forte ligature sur un arbre encore jeune, on voit un renflement apparaître au-dessus de la ligature. Enfin, il est clair que les racines ne peuvent s'accroître, que les tubercules ne peuvent prendre naissance qu'aytant qu'ils utilisent les principes élaborés par les feuilles, et il n'est pas douteux que ces principes ne suivent, dans le végétal, une marche inverse à celle de l'eau elle-même, qui, entraînée par le vide que détermine l'évaporation, s'élève des racines vers les feuilles.

L'opinion généralement répandue parmi les physiologistes est même que ces principes immédiats, qui descendent des feuilles vers les racines, sont entraînés par un courant liquide qui, suivant une marche inverse de la sève ascendante, mériterait le nom de sève descendante.

Avant d'admettre l'existence de la sève descendante, il importe de soumettre les arguments qu'on fait valoir en faveur de son existence j\ une sérieusp. critique, et il faut remarquer d'abord qu'avant les expériences de Graham sur la difl'usion, on ignorait qu'une matière dissoute pût être animée d'un mouvement quelconque dans son dissolvant en dehors de tout mouvement de ce dissolvant lui-même; on ne concevait donc pas comment les principes immédiats nécessaires à la formation des racines, des tubercules, du bois, auraient pu arriver jusqu'aux organes où ils sont employés par l'activité végétale, si un courant liquide ne les y eût amenés. Oon reconnaît aujourd'hui que l'existence de ce courant n'est pas nécessaire, et que si le transport des principes dissous a lieu certainement, si parfois il est déterminé par le courant liquide lui-même, il peut se produire également en dehors de tout mouvement du liquide ; il n'est pas plus diflîcile de concevoir une molécule dissoute se transportant des feuilles aux racines

Page 1