DE LA SEVE ELABOREE. Î
en dépit du mouvement de la sève ascendante, que d'imaginer un bateau remontant le courant d'une rivière.
Sans doute, pour que le bateau remonte le courant, il est nécessaire qu'une force intervienne ; de même, pour qu'une molécule organique chemine en sens inverse du mouvement du liquide, il faut qu'une force soit mise en jeu, et cette force c'est la diflusion qui tend à établir le même degré de concentration dans toutes les parties d'un .liquide, et par conséquent à diriger vers le point où elles deviennent insolubles les molécules dissoutes. Si donc c'est dans les tubercules d{^s pommes de terre que le sucre de canne se transforme en fécule insoluble, le sucre de canne se transportera des feuilles et des tiges dans lesquelles on le rencontre d'abord, vers les tubercules, quel que soit le mouvement du liquide qui le renferme ; dans ce cas, le mouvement a lieu de haut en bas, suivant la direction attribuée à la sève descendante. Mais, quand a lieu la maturation du blé et que les feuilles se vident pour transmettre à l'épi les principes élaborés, le mouvement a lieu en sens inverse; dans ce cas, la sève élaborée est ascendante.
Bien que nous ne puissions pas suivre avec la même netteté la transformation des matières sucrées en cellulose, il n'est guère douteux que le même phénomène se produit, et que le bourrelet qui apparaît au-dessus d'une ligature ou au-dessus d'une blessure est dû à la formation, en ce point, d'un centre d'activité qui détermine Tariivée par dilTûsion des molécules dissoutes, qui y deviennent insolubles, en dehors de tout mouvement du liquide lui-même.
L'idée que l'eau s'élève à travers le bois, des racines aux feuilles, se charge, dans celles-ci, de principes élaborés, puis redescend entre Técorce et le bois, de façon à former un circuit complet, est née des rapprochements qu'on a voulu établir entre les végétaux et les animaux. De ce qu'une circulation complète existait chez ceux-ci, on a voulu en découvrir une analogue chez ceux-là; on a cru, au reste, que la sève descendante avait non-seulement pour mission d'apporter aux divers organes les matériaux nécessaires à leur accroissement, mais encore de rejeter dans le sol, par sécrétion, toutes les matières inutiles. C'est ce qui apparaît très-nettement dans le (Jours (fagriculture de M. de Gasparin. Cet illustre agronome calcule la quantité iVeau qui a circulé au trav(U's d'un chou pendant la durée de sa croîssaïice; il suppose que l'eau qui a traversé la plante présente mie composition analogue à celle "de la sève déterminée par Vauquelin, et, trouvant enfin que le chou, à la fiïi de sa croissance, est loin de ren-
fermer les substances minérales que les considérations précédentes indiquaient, il en conclut qu'iV y a une forte élimination des matières transportées par la séve^ et qu'elle ne peut avoir lieu que par le moyen des excrétions.
On voit que les expériences de Saussure, qui avait reconnu en faisant végéter des plantes dans des dissolutions salines, que l'eau avait toujours été absorbée en beaucoup plus grande quantité que le sel, n'avaient pas été appréciées à leur importance, et qu'on ne concevait pas que les mouvements des liquides et des matières dissoutes pussent être indépendants l'un de Vautre.
Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas d'excrétions par les racines ; nous savons en outre qu'une matière peut se transporter d'un point de la plante à l'autre sans être entraînée par un coui-ant liquide, de telle sorte que l'existence d'un courant régulier de la sève, allant des feuilles vers les racines, ne nous apparaît plus comme nécessaire. Nous n'avons pas de preuves convaincantes qu'il n'y ait pas normalement de mouvement de la sève, du haut du végétal vers le bas; mais comme nous voyons que tout s'explique sans admettre ce courant, que de plus il est bien difficile de concevoir quelle est la cause de ce transport de Teau en sens inverse de celui que provoque l'évaporation, nous pensons que l'existence de la sève descendante, telle qu'on l'admet généralement, peut être parfaitement révoquée en doute.
Au reste, des expériences récentes dues à M. Faivre démontrent clairement que le mouvement de la sève élaborée, ou plutôt des principes immédiats contenus dans celle-ci, se produit aussi bien de bas en haut que de haut en bas, aussi bien au travers du bois qu'entre le boisetl'écorce.
M. Faivre a opéré sur le Ficus elastica {Comptes rejidus^ t. LVIII, p. 962). On enlève les feuilles d'une bouture de cette plante, en réservant seulement quatre d'entre ellesà la partie inférieure, près du collet; on prive ensuite la portion supérieure dénudée par Tablation des feuilles de tout le suc qu'elle peut contenir, par des incisions profondes, par la section de l'axe qui porte le bourgeon terminal, et l'on s'assure par des piqûres réitérées que tout le suc a disparu. Les clioses sont laissées dans cet état, et quelques heures après le début de l'expérience, les ponctions sont renouvelées. On constate alore que les portions de l'axe naguère dépourvues de sucs colorés en sont maintenant gorgées ; il faut nécessairement que le suc propre se soit porté de la base vers le sommet de Taxe.
« Cette expérience, variée et répétée à diverses reprises, a donné