DE LA SÈVE ÉLABORÉE
des résultats constants ; elle conduit l'auteur à admettre un courant du latex du bas vers le haut. »
M. Faivre tire encore de ses expériences cette conclusion, que ce mouveïnent n'a pas toujours lieu par l'écorce, comme on le suppose habituellement, mais qu'il peut se faire par la moelle et le bois. Pour le prouver, on pratique sur le Ficits dépouillé de ses feuilles supérieures une profonde incision annulaire, de telle sorte que la partie supérieure ne soit en relation avec le tronc qui porte encore des feuilles que par le bois lui-même ; on procède aux ponctions comme il a été dit plus haut, de façon à dépouiller la partie supérieure de suc propre : mais» après quelques heures, on reconnaît, en procédant à de nouvelles ponctions, que le suc propre s'est transporté de nouveau vers la partie supérieure de la tige, et que, par suite, non-seulement il a suivi un chemin inverse de celui qu'il parcourt habituellement, mais que, de plus, il a passé par le bois et non entre le bois et l'écorce.
Ces expériences et celles qui suivent encore, dues à M. Faivre, démontrent que la sève du caoutchouc s'élabore dans les feuilles [Comptes rendus^ 1804, t. LVIll, p. 969). Si, en effet, on prive un pied de Ficus elasticade ses feuilles et du bourgeon terminal, on voit apparaître des jeunes bourgeons latéraux, qui accomplissent hâtivement leur évolution normale. A peine développés, ils s'ouvrent et étalent des feuilles dont le diamètre est de beaucoup inférieur à celui des feuilles ordinaires. Si la tige est assez vigoureuse, l'ablation de ces bourgeons est suivie de la production de bourgeons nouveaux plus restreints encore dans leur évolution.
Si, dans ces conditions, on pique ou l'on incise les parties supérieures de la tige, on n'y aperçoit plus de sève laiteuse ou latex, mais celle-ci existe au contraire à la base des jeunes bourgeons. Peu de jours après Tablation totale des feuilles et des bourgeons, il s'opère un changement très-marqué dans le suc nourricier que contenait la tige. Au lieu d'un latex très-coloré, très-riche en substances coagulables et en globules, on retire de la tige, dans ses parties supérieures, une lymphe abondante, aqueuse, incolore, pauvre en globules, pauvre en matières coagulables : ainsi, l'abla^tion totale des feuilles du FicKs elastica arrête dans leur élongation les bourgeons déjà produits, et en même temps le suc blanc est graduellement remplacé par une lymphe incolore, aqueuse, distincte du latex proprement dit.
Il est vraisemblable que les résultats précédents s'appliquent aux arbres résineux qu'on dépouille de leur sève élaborée pour en extraire la résine. On sait, en effet, que si l'on peut pratiquer sur l'arbre
arrivé à un certain développement quelques incisions au-dessous desquelles on recueille le liquide qui s'en écoule, on ne saurait, sans porter un préjudice sérieux à raii)re, multiplier les blessures, et c'est seulement quand on juge que l'arbre doit bientôt être abattu que, suivant la locution consacrée, il est gemmé à mort.
Les faits relatifs aux arbres qui fournissent les principes immédiats formés seulement de carbone et d'hydrogène, comme la térébenthine ou le caoutchouc, soulèvent deux questions dignes d'intérêt : 1° Dans les feuilles des arbres qui fournissent des carbures d'hydrogène, la décomposition de l'acide carbonique est-elle analogue à celle qu'on observe dans les arbres qui donnent seulement des hydrates de carbone? 2"* Comment les carbures d'hydrogène qui, d'après l'observation de M. Faivre, semblent servir à la formation des feuilles, peuvent-ils produire de la cellulose?
Dans les nombreuses analyses de gaz émis par les feuilles soumises à l'action du soleil, qu'il a insérées dans ses mémoires (voy. § 6), iM. Boussingault a cité la quantité d'oxygène émise par les aiguilles de pin maritime, et dans les deux expériences relatées on trouve que l'oxygène apparu dépasse un peu Tacide carbonique disparu; ce])endant cet excès d'oxygène est très-faible, et Ton peut être assuré que la décomposition de l'acide carbonique et de l'eau n'a pas été complète et-qu'un carbure d'hydrogène n'a pas pris naissance directement, car, s'il en était ainsi, on devrait avoir, pour un volume d'acide carbonique disparu, un volume et demi d'oxygène apparu, puisque
CO-2 + HO donneraient CH + 30
2 vol. 2 vol. 3 vol.
Il est plus vraisemblable que le glucose formé par la réaction habituelle est ensuite réduit dans la feuille et amené à l'état de carbure d'hydrogène par élimination d'oxygène ; ce serait cet oxygène éliminé lentement qui aurait déterminé le léger excès constaté dans Texpérience de M. Boussingault.
De semblables transformations n'ont rien d'insolite; il est clair que la force chimique qui détermine dans les feuilles la décomposition de l'acide carbonique et de l'eau, décomposition qui ne se produit dans le laboratoire qu'à des températures très-élevées, est suflisante pour produire les réactions pyrogénécs étudiées par M. Berthelot, et dans lesquelles des substances oxydées ont souvejit donné naissance à des carbures d'hydrogène com])lexes tels que la naphtaline.
dette difficulté n'est pns la plus grande de celles que soulève