‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 83 sur 228 · ARABLES · texte numérisé non relu

ARABLES

Toutes les personnes qui ont suivi les cours de chimie générale savent que certains corps poreux ont la propriété de retenir les principes avec lesquels on les met en contact : le noir animal, par exemple, obtenu par la calcination des os, se charge avec la plus grande facilité des matières colorantes, et c'est une expérience vulgaire que d'agiter du vin rouge avec ce charbon pulvérisé, de jeter le tout sur un filtre, pour voir couler au-dessous de l'entonnoir une liqueur absolument incolore : toute la matière colorante a été retenue par le charbon. On sait encore que les sucreries emploient des quantités considérables de noir d'os pour décolorer les sirops de sucre. Or, il existe dans la terre

arable une propriété absorbante analogue à celle que possède le noir animal, et il est facile de répéter dans un cours Texpérience fondamentale de M, Huxtable. Dès 1848, cet agronome filtra du purin sur de la terre arable placée dans un entonnoir, et reconnut qu'après cette filtration, le liquide passait incolore et dépouillé de toute odeur; on en pouvait conclure que non-seulement la terre enlevait au purin sa matière colorante, mais aussi qu'elle se chargeait des composés ammoniacaux auxquels le purin doit son odeur, comme le charbon de bois se charge des gaz à odeur fétide que renferment les eaux croupies.

L'absorption des sels ammoniacaux par la terre arable est encore facile à démontrer dans un cours; il sulHît, pour la rendre manifeste, d'agiter pendant quelque temps de la terre avec une dissolution étendue de carbonate d'ammoniaque, qui a été préalablement titrée ; après filtration, on reconnaît que le titre a été singulièrement abaissé, c'est-à-dire que la quantité d'alcali contenu dans chaque centimètre cube a beaucoup diminué.

Aux travaux de M. Huxtable sur les propriétés absorbantes de la terre arable pour les principes solubles du purin, se joignirent bientôt ceux de M. Thompson, puis successivement ceux de M. Way et de iM. Brustlein, dont nous devons maintenant nous occuper.

Qiiaatités d'amnioiilaqne absorbées par la terre arable* — M. Wav

a constaté dans le travail important qu'il a consacré à l'étude de cette question dans le Journal de la Société (Tagriculture (T Angleterre^ en 1850, que la quantité d'ammoniaque absorbée par une même terre était à peu près constante quand la dissolution présentait toujours la même concentration, mais que cette quantité variait singulièrement quand la concentration variait elle-même, ou quand on opérait sur des terres différentes.

M. Brustlein {Ann. dechim. et de phys.^ S'' série, t. LVI, p. 497), qui travaillait, au moment où il a publié le travail auquel nous allons faire de larges emprunts, au laboratoire de M. Boussingault, a démontré les faits précédents par une série de déterminations empreintes de cette rigueur qu'on est habitué à trouver dans les œuvres du savant professeur du Conservatoire des arts et métiers et de ses élèves.

Les essais de M. Brustlein portèrent sur trois terres différant entre elles par leur constitution physique : la première, prise à Bechelbronn, était une argile ténue, compacte, assez riche en calcaire et durcissant beaucoup par la dessiccation ; la deuxième, provenant de Mittelhausbergen, plus riche en carbonate de chaux, offrait peu de

plasticité ; la troisième, enfin, terre du Liebfrauenberg, se composait smtout d'un sable quartzeux, riche en débris organiques.

Malgré l'identité des conditions d'un grand nonîbre d'essais, il se produisit des écarts de 10 à 15 pour 100 sur les quantités d'alcali absorbées. Le tableau suivant représente donc des moyennes :

HKSIGNATION DES TERllES.

Terre de Bechelbronn

Terre du Liebfrauenberg

Terre de Mitielhausbergen

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