Paul doit à Pierre 1000 fr
Pierre doit à Paul 1 000 fr. ou un cheval.
La compensation a-t-elle lieu?
Non ! sans doute, quel que soit celui des deux, du débiteur ou du créancier, auquel appartienne le choix de l'une ou de l'autre des choses comprises dans l'obligation alternative.
Cette solution est la conséquence du principe essentiel de notre matière.
Ces deux dettes, en effet, n'ont pas également pour objet les mêmes choses :
L'une, qui est pure et simple, n'a pour objet qu'une somme d'argent;
L'autre, qui est alternative, a pour objet une somme d'argent ou un cheval.
Et il est clair que la dette alternative ne peut, pas être dénaturée ni devenir pure et simple, parce qu'elle se trouve en présence d'une autre dette ; ce serait là une violation du contrat.
Or, précisément, qu'arriverait -il, si la compensation avait lieu?
C'est que la dette alternative serait traitée comme une dette pure et simple, et que celle des parties, à laquelle le choix appartient entre la somme d'argent ou le cheval, serait privée du droit de choisir.
Le payement forcé de la somme d'argent ne serait certainement pas possible, malgré la résistance de la partie à laquelle le choix appartient, et qui voudrait, au contraire, payer le cheval.
Or, si le payement n'est pas possible, la compensation ne peut pas l'être 1 (Comp. Marcadé, art. 1291, n° 1.)
« Compensation na lieu en dettes alternativement dues, » disait Buridan (sur la Coût, de Reims, art. 397, n° 12).
Il peut bien y avoir là un cas de compensation facultative; mais non pas un cas de compensation légale.