LES PHYSIOCRATES ; LE LIBRE ÉCHANGE
célèbre maxime « laissez faire , laissez passer » des physiocrates proclame l’entrée et la sortie en franchise de toute marchandise, et abaisse toutes les barrières, sans craindre pour l’industrie nationale, appelée à redoubler d’efforts, les luttes de la concurrence.
Le système protecteur ou de la protection consiste à n’établir que des droits dits protecteurs, ainsi appelés parce qu’ils ne sont pas de nature à exclure absolument des marchés français les marchandises étrangères, mais ont principalement pour but , par leur élévation, de protéger les produits de l’industrie nationale contre ce que l’on veut appeler « l’invasion des produits étrangers ».
Ce troisième système comporte des degrés : la protection peut aller jusqu’à accorder des primes à l’exportation ; elle peut, par l’élévation des droits protecteurs, se rapprocher plus ou moins du système prohibitif. Le régime douanier de la France a présenté longtemps ce double caractère : prohibition ou droits prohibitifs pour certains produits ; droits protecteurs élevés pour certains autres. Mais plus les droits protecteurs seront abaissés, plus on s’éloignera des fausses doctrines de la balance du commerce , auxquelles se rattachent les systèmes prohibitif et protecteur, et plus oti se rapprochera du système du libre échange et de l’application du principe posé au numéro qui précède, suivant lequel les droits de douane doivent être uniquement admis par la loi à litre d’impôts.
4 234. -C’est une fausse notion de la monnaie [nPS 501 à 524], à tort considérée comme formant la principale ou même F unique richesse d’un pays, qui a été le point de départ de toutes les règles contraires à la liberté commerciale. Dans le but d’augmenter sans cesse le numéraire au sein du pays , les partisans de ce système, qui, pendant de longs siècles et jusqu’à nos jours, a régné sans conteste sur le monde, pensaient que l’exportation de nos produits
1 Quesnay (auteur du Tableau économique en 1758), le marquis de Mirabeau (auteur de Y Ami des hommes), Mercier la Rivière (auteur de YOrdre essentiel des sociétés, principalement satirisé dans YHomme aux quarante écus de Voltaire), de Gournay, l’abbé Beaudeau, Le Trône, Dupont de Nemours, de Maiesherbes, et Turgot le plus grand de tous. Nommés physiocrates , de leur système la pliysiocratie, dénomination étrange qui signitie prédominance de la nature, parce que cette école revendiquait pour les intérêts économiques de la société l’action des lois naturelles, et parce que, tout en restituant à la monnaie sa véritable notion , cette école a eu le tort de considérer la terre comme l’unique richessse [nos 872 et 1117] et l’agriculture comme l’unique source de produits absorbant toutes les autres.
devait dépasser considérablement les importations sur le sol français. Ils pensaient que cet excès d’exportations était soldé en espèces par les autres nations, et que ce surcroît d’espèces devait être précieusement conservé sur notre territoire. On concluait de laque le commerce intérieur était chose peu importante, et que le commerce extérieur était la seule branche productive pour une nation : d’où le nom d e système mercantile. La différence entre les importations et les exportations constituait ce qu’on appelait la balance du commerce ; la balance n’était favorable qu’autant que les exportations excédaient les importations. D’après les mêmes auteurs et les mômes politiques, l'économie politique devenait « l’art de faire abonder dans le royaume l’or et l’argent » ; et aussi « l’art de vendre beaucoup et d’acheter peu » ; vendre beaucoup, pour faire entrer en France une grande quantité de numéraire ; acheter peu , pour en faire sortir de France le moins possible. On a dit avec raison que la prétention de ce système était « de vendre » toujours sans acheter jamais ». Pour obtenir ces résultats , on a demandé au législateur de mettre des entraves à la liberté du travail et des transactions commerciales, d’intervenir directement, par une réglementation restrictive, dans les développements économiques de la société , d’établir enfin à la frontière des prohibitions, des droits prohibitifs et des droits protecteurs. La balance du commerce est en môme temps le système prohibitif et le système protecteur, poussant ainsi à l’individualisme commercial. On ne voyait pas que les produits s’échangent contre des produits, et que si chaque peuple s’inspirait des mômes doctrines, si chaque peuple avait la prétention de vendre sans acheter, tous les débouchés devaient se restreindre ou se fermer. On ne voyait pas que cette fausse économie politique, en diminuant les débouchés, favorise l’encombrement de certains produits et la disette des autres , engendre une diminution d’aisance , de ressources et d’épargne, et augmente la misère sous prétexte de saisir la richesse.
\ 253. Dans cette question vitale, les intérêts privés, longtemps protégés par cette fausse doctrine au détriment de l’intérêt général, ont été ingénieux à prendre le masque du patriotisme , à soutenir qu’il s’agissait de rendre le pays « indépendant de l’é- » franger », et de protéger « le travail national contre l’invasion » des produits étrangers ». Autant, lorsqu’il s’agit des droits du citoyen, nous nous sommes montré hostile [nos 393, 7 -H, 760 et surtout 563] à l’assimilation, trop facilement admise par nos lois, de