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PREMIERS SURINTENDANTS DES FINANCES

Temple et, de là, transféré à Vincennes, chargé de chaînes. On l'accuse d'avoir altéré les monnaies, écrasé le peuple d'impôts, extorqué du feu roi, par artifice, des présents immenses, d'avoir volé ^o.ooo écus destinés au pape, d'avoir dégradé les forêts, de s'être laissé corrompre pour faire échouer les préparatifs de la

dernière guerre contre les Flamands, etc Déclaré atteint et

convaincu (i) de tous ces crimes, par une assemblée composée de princes, pairs du royaume, barons, prélats, etc., il est condamné à être pendu. Le 3o avril i3i5, veille de l'Ascension, avant le point du jour, la sentence est exécutée et son corps porté a Montfaucon. Le second sur la liste est La Guette (i3i6 à i322). Accusé, après la mort de Philippe V, dit le Long, par son successeur, Charles IV le Bel, d'avoir détourné 1.200.000 livres du Trésor (plus de 3o millions aujourd'hui), il est mis en prison, et y subit la question sur un cheval de bois. L'épreuve fut si rude qu'il en mourut quelques jours après. Le troisième, Pierre Remy (i322 à i328), incriminé de vol des biens du roi et de la nation, fait des aveux sur un chevalet. Il est exécuté le 25 avril i328. Son corps pend au gibet de Montfaucon, que lui-même avait fait réparer peu de temps auparavant. Plus tard, Montaigu (i38i à i4°9) est accusé de détournements. Les commissaires nommés pour le juger lui font avouer son crime à la question. Il a la tête tranchée avec une hache, le 17 octobre i4°9- Pierre des Essarts (i4io à i412) voit son procès instruit par le parlement. Il a la tête tranchée, aux Halles, le ier juillet i4i3. Pierre de Gyac (i425), sous Charles VII, saisi dans son lit, à Issoudun, est judiciairement jeté à la rivière, avec une corde au cou, en janvier i4^6 .

(1) Beaucoup d'historiens ne veulent voir dans la condamnation d'Enguerrand de Marigny que le résultat de rancunes politiques. Cependant, aucun d'eux ne consentirait à se porter garant de son intégrité. Pierre Clément, dans la notice qu'il consacre, avec son érudition ordinaire, à Enguerrand de Marigny, semble disposé à l'excuser. Il n'en donne pas moins sur le chiffre de sa fortune, « la « plus haute et la plus grande à laquelle un particulier soit jamais arrivé en « France, » des détails qui font naître de graves soupçons sur l'origine de tant de richesses. Ad. Vuitry se borne à dire : « Enguerrand de Marigny fut victime « de haines et de rancunes politiques. Les deux autres, Gérard de la Guette et « Pierre Remy, étaient, plus vraisemblablement, coupables de concussion et de « malversations. »

Nous n'avons donc rien exagéré en disant que les premiers surintendants des finances ont été à peu près tous pendus, exécutés ou noyés (i). Ces actes de violence, d'ailleurs, se continuent. En i45o, Jacques Cœur se voit, malgré ses services passés, accusé de concussion et dépouillé de ses châteaux, terres, galères, galions, meubles, vaisselles, etc. Tout au plus, la peine de mort, prononcée contre Lui, est-elle commuée en une prison perpétuelle. Sous François Ier, de Semblançay, vieillard que le roi nommait son père, devenu suspect (2), est pendu en i522 (3). Chacun connaît les grandeurs, le luxe et le procès de Fouquet traduit devant une commission de vingt-deux membres, sous l'inculpation de prévarication. L'arrêt ne fat rendu qu'au bout de trois ans. « Louez Dieu et le remerciez, notre pauvre ami est sauvé! » écrit Mme de Sévigné, ce je suis si aise que je suis hors de moi. » En effet, malgré la pression royale, Fouquet ne fut pas condamné à mort, mais il subit, jusqu'à la fin de ses jours, dix-neuf ans de détention dans la forteresse de Pignerol (4).

(1) Les comptables actuels, en y réfléchissant, préféreront, sans doute, à ces procédés du moyen âge les méticuleuses vérifications de l'inspection des finances, les tracasseries de leurs supérieurs hiérarchiques et les injonctions de la Cour des comptes.

(2) Pierre Clément s'attache aussi à innocenter Beaune de Semblançay. «Rien « ne prouve, dit-il, qu'il ait été coupable de faits de malversation avérés, mani- « festes, car les arrêts des deux Commissions qui le jugèrent n'ont aucune <c valeur morale. » Semblançay n'en avait pas moins acquis, dans sa charge, une fortune considérable, et si sa condamnation peut être surtout considérée comme un effet de la vengeance de la duchesse d'Angoulème et de la jalousie du chancelier Du Prat, les faits de concussion articulés contre lui semblent difficiles à réfuter.

(3) A la fin du seizième siècle, Sully signalait ainsi dans ses Mémoires les dilapidations des financiers : « Dans ces temps de confusion, les deniers royaux « étaient la proie du premier occupant. Les revenus du Roi ne suffisaient pas à « l'avidité des financiers, laquelle ne faisait que s'accroître ordinairement par « la misère publique... J'eus grand'peine à dévoiler les mystères des gens « du métier. J'éventai toutes les mines secrètes des receveurs. Elles étaient en « grand nombre ; suppositions de prétendues non-valeurs, frais de voitures, épi- « ces, etc., c'étaient autant de ressources employées au profit des commis, qui

« absorbaient, ainsi enflées, une partie de la recette Les fermiers et les tré-

« soriers de France retiraient presque deux fois autant que l'adjudication qui <c leur était faite. »

(4) Le procureur général près la Cour des comptes, Petitjean, dans un discours de rentrée du 3 novembre 1876, s'occupe spécialement du tribunal extraordinaire de 1661, chargé de juger Fouquet. Il y rappelle les termes du préambule de l'édit constitutif de ce tribunal, déclarant « que le roi voulait consolider son

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