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ENSEIGNEMENT L'ROPORTIONNÉ A LA CLASSE

L'enseignement doit être proportionné :—

lo. À l'âge des élèves. — Ce n’est pas une des moindres difficultés de ceux qui commencent à instruire les enfants, de se mettre à leur portée, de s’en faire comprendre, tout en s'exprimant correctement, surtout lorsque, par des études préalables, on a pris l’habitude d’un tout autre langage. Il ne suffit pas en effet de donner de belles et savantes explications; il faut de toute nécessité que les auditeurs les saisissent, et combien de choses qui paraissent parfaitement claires à un maître et qui ne le sont pas pour les écoliers! Avec les petits, il faut donc savoir se faire petit. La nourriture du corps se proportionne à l'âge des individus ; la viande succulente qui soutient les forces de l’homme fait, serait un mets beaucoup trop fort, trop substantiel pour un jeune enfant; elle l’étouffcrait. Il en est ainsi de la nourriture de l’esprit: un enseignement qui conviendrait bien à des jeunes gens, serait trop élevé pour des enfants d’un âge tendre; il passerait au-dessus de leur tête.

20. À l'avancement des élèves.—Beaucoup d’explications doivent être réservées pour les élèves qui repassent ou qui approfondissent leurs matières, et être omises avec ceux qui les voient pour la première fois Le maître d’ailleurs doit acquérir bien des connaissances qu'il n’est pas à propos de communiquer aux

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écoliers. Au reste, que de manières différentes de donner des explications sur la grammaire, l’histoire, la géographie ! Une leçon sur un sujet quelconque se donnera-t-elle de la même façon dans une université que dans un collége, dans une académie que dans une école élémentaire ?

30. Au genre d'école que l'on tient, — C'est une manie bien déploruble parmi nous, que cette ambition de chaque école, de chaque maison d'éducation, de s'élever au-dessus de son niveau. Tout ce que l’on voit faire, tout ce que l’on voit enseigner aux autres, on veut le faire, l’enseigner soi-même; ct c’est ainsi que l'on déclasse les élèves, qu’en leur donnant une instruction qui ne convient pas aux circonstances où ils se trouvent, on prépare le malheur de toute leur vie. Que chaque instituteur tienne done strictement à n’enseigner dans son école que les matières indiquées par la loi et par les règlements ; qu'il ne se rende pas ridicule en introduisant dans sa classe des branches qui n’ont aucune proportion avec l’âge, la capacité, la destination de ses élèves, avec l’état, les moyens de leurs parents, et le temps qu'ils peuvent passer à l’école. C'est à peine si l’on peut faire quelques exceptions bien rares pour des enfants d’un talent et de disposi-

“tions extraordinaires ; encore vaudrait-il mieux, dans ce cas, envoyer les élèves à un établissement d’un genre supérieur,

Le défaut que nous signalons ici, se fait peut-être plus sentir dans les maisons destinées à l'instruction des jeunes filles, que dans les écoles de garçons; l'effet du moins en est plus désastreux. Donnez à une fille d’ouvrier, appelée à gagner sa vie par la couture; donnez à une fille de cultivateur, destinée à s'occuper de jardinage et de tous les travaux domestiques; donnez-leur l'éducation convenable aux jeunes personnes de la plus haute société; apprenez-leur le piano, la harpe, la broderie, l'astronomie, la rhétorique, ete. etc. : est-ce leur rendre service? est-ce travailler à leur bonheur ? Non, bien certainement, C'est cu contraire les rendre mrécontentes de leur sort, honteuses de leur condition, incapables d’être utiles à leur famill® Lorsqu’elles viendront à s'établir, elles chercheront à prendre pour époux un homme d'une condition qu'elles s'imagineront être au-dessus de la jeur,

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et trop souvent dissipé, peu religieux, ou sans industrie, très-fort en sufisance et en étalage, et sans doute aussi léger et prodigue. Si elles se marient à un ouvrier, à un cultivateur comme leurs parents, trop souvent celles mépriseront son occupation, elles s'epnuicront en sa compagnie, elles .négligcront le soin de leur ménage. Voilà le triste avenir qu'on leur prépare par cette instruction déplacée qu'on leur donne ; voilà les mères frivoles et indifférentes que l’on réserve à la génération future ! Qu'on y réiéchise avant qu'il soit trop tard ! Que les institutrices tâchent de s'opposer à ce torrent, au lieu de s'y laisser entraîner !

ARTICLE 5e.

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