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DES LANGUES ÉTRANGÈRES

Parmi les lansues étrangères vivantes, la langue anglaise seule s’enseigne dans un certain nombre de nos écoles. Avec beaucoup d'hommes bien pensants et amis de leur pays, nous croyons à l'existence d'une espèce de manie dangereuse là-dessus. Que ceux qui en ont besoin apprennent l'anglais, très-bien ; mais vouloir l'introduire dans les moindres écoles de la campagne, c'est une chose ridicule, autant qu'une perte de temps. Dans les villes, l’enseignement de cette langue est devenu une nécessité, au moins pour les garçons ; dans les campagnes, il est à peine utile dans quelques localités plus importantes ou plus rapprochées des villes, ef pour les garçons seulement. Alors même il pourrait se borner à la lecture et à la traduction.

(a) M. N. Lacasse, Professeur à l'Ecole Normale Laval, a publié en 1867 un Traité Théorique et pratique d'Analyse grammaticale, d'Analyse logique et de Ponctuation, bien gradué, et approuvé par Je Conseil de l'instruction Publique.

Ah ! comprenons-le bien : si nous voulons conserver nos institutions et nos mœurs canadiennes-françaises, nous ne devons pas mettre de côté la belle langue de nos pères, pour adopter un autre langage. Ce sont surtout les hommes influents de chaque paroisse, qui devraient se constituer les gardiens et les protecteurs de notre langue.

Par rapport aux écoles où l'on se trouve dans l'obligation d'enseigner l'anglais, disons quelques mots de la prononciation et de la traduction.

Section lère.—PRONONCIATION ANGLAISE

Une condition essentielle pour bien prononcer l'anglais, est d'observer l’accentuation, c’est-à-dire élévation de la voix sur une certaine syllabe dans chaque mot. L'accent est ordinairement marqué dans les syllabaires anglais ; il change quelquefois complétement le sens des mots. Exemple : pres-ent (avec l'accent sur la 1ère syllabe) est un adjectif; present (avec l’accent sur la 2de.) est un verbe.

Une autre chose qu’il faut bien remarquer, est la longueur des voyelles. Ainsi, shcep est un mouton, et ship un vaisseau ; heat veut dire chaleur, et hit, frapper ; etc.

L’aspiratian doit aussi se faire sentir dans beaucoup de mots où se trouve la lettre L; autrement le sens est tout-à-fait changé.

Ainsi as signifie comme, et Las, a ; eat, manger, et heat, chauffer.

Il est assez aisé d’habituer les enfants à prononcer correctement le tk, en leur faisant placer le bout de la langue entre les dents. À

Rappelons-nous encore qu’une consonne entre deux voyelles se prononce très-souvent en anglais avec la syllabe précédente. Ainsi é-co-no-mie en français, ec-on-o-my en anglais ; é-lé-va-tion en français, el-ev-a-tion en anglais, etc.

N'oublions pas enfin qu’en anglais il n’y a pas de son nasal,

Section 2ème.—TRADUOTION DE L'ANGLAIS

Pour apprendre aux enfants à mettre de l’anglais en français,

ou réciproquement, on peut leur faire diré un certain nombre de phrases dans le Vocabuluire ; on peut aussi leur donner à traduire des exercices gradués. Dans ce dernier cas, l'élève lit d’abord la phrase ; puis il la traduit mot pour mot, en ayant soin de faire les transpositions nécessaires ; enfin il donne le bon français.

Par exemple : “ Hewho is a virtuous man, lives happy" Il faut transposer virétuous, et dire : ‘ Je, celui ; who, qui ; is, est; a, un ; man, homme ; virtuous, vertueux ; lives, vit; happy, heureux.” Ensuite le bon français.

Quant aux anglicismes, n'essayez pas de les traduire littéralement, mais rendez en lesens tout d’un coup. De même pour les auxiliaires will, shall, do, dc.

Evidemment, les enfants doivent avoir un dictionnaire, et savoir y faire des recherches. ŒÆExpliquer-leur donc qu'il est arrangé par ordre alphabétique, non-seulement par rapport à la première lettre, mais par rapport à toutes les lettres suivantes. Ainsi absent vient avant abstrait, à cause des quatrièmes lettres eeté; longitude avant longueur à cause de à et deu ; percepteur avant perception à cause des huitièmes lettres e et 4, ete, Ne vous contentez pas de ces explications, mais faites leur chercher des mots devant vous dans le dictionnaire.

Section 3ème.—LANGUES MORTES

Le latin et le grec sont les seules langues mortes qui s'enseignent communément. Ælles sont indispensables à tout homme qui prétend à une instruction tant soit peu complète : elles le mettent en état d'étudier les chefs-d'œuvre que nous avons dans ces langues ; elles lui servent à trouver l’étymologie de beaucoup de mots ; elles l’obligent à eomparer ces langues anciennes à la langue moderne dans laquelle il les traduit, et par conséquent à en étudier la nature et le génie ; elles développent son intel. ligence, agrandissent le cercle de ses connaissances, et le mettent au courant de la civilisation antique.

Comprenons bien néanmoins que vouloir répandre partout sans

discernement la connaïssance du grec et du latin, c'est rendre un mauvais service, c'est causer un tort réel à notre pays, Déjà le nombre de ceux qui étudient ces langues, est bien trop considéra. ble, vu le chiffre de notre population ; déjà nos professions libérales sont encombrées ; déjà beaucoup de jeunes gens ont abandonné la campagne pour venir végéter et se perdre dans ::s villes,

N'introduisons done pas le latin et le grec dans nos écoles. On commence par une institution bien modeste, uuiquement préparatoire ; bientôt on la convertit en collége plus ou moins classique, Ce qu’il nous faut, ce sont de bonnes écoles commerciales et industrielles dans les villes, agricoles et pratiques dans les campagnes. Au nom du Ciel, ne visons plus de sitôt à accroître le nombre de nos colléges : ceux que nous possédons dans les différentes parties du pays, et qui répondent à de véritables besoins, offrent à la jeunesse tous les avantages désirables et toutes les garanties possibles de dévouement, de savoir et d'habileté ; et la proportion de ces hauts établissements d'éducation dépasse celle que l’on trouve dans les pays les plus anciens. Craïgnons, par un faux zèle, d’abaisser le niveau des études régulières.

Instituteur, si, dans votre école, vous rencontrez quelques élèves doués de talents remarquables, et possédant le goût et les moyens de suivre un cours classique, présentez-les à monsieur le Curé, et, si vous êtes capable de vous en charger, sur l'avis de votre pasteur donnez-leur quelques leçons particulières de latin, pour leur épargner l'ennui des premières classes ; mais encore une fois, ne cédez jamais à l’ambitieuse tentation de changer votre école en collége, même préparatoire. (a)

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