QUALITÉS NÉCESSAIRES À L'INSTITUTEUR
Les qualités nécessaires à un Instituteur sont de trois sortes: 1° les qualités physiques, qui regardent le corps; —2° les qualités intellectuelles, qui concernent l'esprit ;—3° les qualités morales, qui se rapportent au cœur et aux mœurs.
Section lère.——QUALITÉS PHYSIQUES.
Il est désirable qu’un Instituteur possède—
1° Uncorps bien conformé.—Certäines difformités pourraient le rendre un objet de risée ou de mépris pour les enfants. Cependant plusieurs défauts de cette espèce auraient peu d'inconvénient chez une personne douée de tact et d’un caractère énergique.
2° Un extérieur digne et affable.—S$i l’instituteur avait naturellement des manières communes ou brusques, un air bourru, il devrait s'appliquer beaucoup à s’en défaire.
8° La.clarté de la vue et de l'ouie.—C’est une condition indispensable d’une surveillance effective et d’une exacte discipline.
49 Une voix convenable, —qui ne soit ni nasillarde, ni trop aigüe, et dont l'intensité soît habituellement modérée.
5° Une prononciation distincte. —Parler sur le bout de la langue, tenir les dents trop serrées, bredouiller, bégayer, parler comme si l’on avait la bouche pleine, mal prononcer certaines consonnes, comme /, r, s, certaines voyales nasales, comme an, in ; ce sont autant de défauts dont on doit se corriger avec soin. Le meilleur remède contre le bégayement ou le bredouille-
ment, est de parler lentement et de mettre La timidité de côté.
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6° Des poumons sains.—Peu d'états exigent
davantage l’action des poumons. Celui-là donc ruinerait bientôt sa santé, qui se livreraït à l’enseignement ayant une poitrine faible. Même avec de forts poumons, le maître doit éviter de parler inutilement.
7° Une santé suffisamment bonne. —Une personne maladive serait obligée de se trop ménager, ce qui ne pourrait se faire qu'aux dépens du progrès des élèves ; et elle serait exposée à . manquer souvent des classes, ce qui leur causerait un grave préjudice.
Section 2ème.—QUALITÉS INTELLEOTUELLES.
Il est important à un instituteur d’avoir —
1° Une bonne mémoire, —afin de pouvoir enseigner sans le secours d’un livre, de conserver et d'augmenter ses connaissances, de se rappeler les devoirs qu'il donne, les menaces qu'il fait, les récompenses qu’il promet, etc.
20 Un jugement droit, —pour apprécier convenablement les personnes et les choses. Si le jugement ne l’est pas naturellement, on doit tâcher de le redresser par la réflexion, par l'étude, en demandant conseil, ete. Un jugement faux (et on ne peut s’en apercevoir soimême) rendrait totalement impropre à l’enseignement.
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3° Un esprit méthodique,— qui fasse mettre de l'ordre dans les études, dans les connaissances acquises, dans les différentes actions, dans les explications à donner aux enfants, et dans la direction générale d'une école.
49 Une imagination réglée.—$Si elle est naturellement bouillante, exaltée, il faut la modérer avec soin, autrement elle entraînerait dans bien des écarts. Si au contraire elle est trop lente, sans ressort, on doit s’efforcer de la stimuler par la lecture des bons auteurs, et de secouer cette torpeur intellectuelle, qui n’engendrerait dans une classe qu’apathie et insouciance.
5° Un grand tael.—Celui qui a l'avantage de le posséder, sent comme intuitivement ce qui est opportun où inopportun, ce qui produira du bien ou ce qui causera du mal. Celui au contraire qui en est dépourvu, commettra par ce défaut de tact mille bévues, mille imprudences. (C’est donc une des qualités les plus précieuses dont on puisse être doué.
6° Un savoir suffisant.—La science de l’instituteur doit être au moins proportionnée au genre d'école qu'il tient. IL est un minimum de connaissances au-dessous duquel on ne peut descendre. Si donc un maître n’a jamais possédé ce minimum, ou si, après l’avoir possédé, faute d'application à l’étuce, il ne le possède plus ; si, en un mot, il est incapable d'expliquer
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l’oblige, et conséquemment de leur faire faire des progrès raisonnables, il ne peut certainement continuer à exercer son emploi en sûreté de cqnscience, du moins jusqu'à ce qu'il ait étudié suffisamment. Il serait même tenu de rembourser en tout où en partie le salaire qu’il aurait accepté dans un tel état d'ignorance.
Section 3ème.—QUALITÉS MORALES.
Les qualités morales, dont la plupart sont des vertus chrétiennes, sont les qualités les plus nécessaires à un instituteur, ou plutôt elles lui sont indispensables. Ce sont :
1° La religion, —qui consiste dans le respect pour Dieu, ses ministres et les choses saintes. Ce respect doit être intérieur et sincère, appuyé sur une foi ferme, sur des convictions solides ; autrement ce serait de l'hypocrisie. Il doit aussi être extérieur, c’est-à-dire se manifester par des actes : ainsi, saluer l’église, les croix, les processions, s’agenouiller devant le Saint- Sacrement, parler avec déférence au curé et aux autres ecclésiastiques, etc., sont autant de pratiques auxquelles il faut se montrer attaché et qu’il faut recommander aux enfants.
2° La piété, —c'est-à-dire la vertu par laquelle on s’acquitte avec exactitude et dévotion de tous ses devoirs religienx. Bien faire les prières,
16 COURS DE PÉDOGAGIE.
particulièrement celles du matin et du soir, et celles qui précèdent et terminent les classes ; assister régulièrement, avec respect et attention, aux offices de la paroisse, et même à la messe sur 8émaine lorsqu'on est près de l'église ; bien écouter les instructions et les sermons; S'approcher exactement dessacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; suggérer aux enfants des exercices de dévotion, comme de chanter quelques couplets d’un cantique à la fin de la classe du soir, les conduire ensuite pour quelques instants à l'épée, quand c’est possible, etc : voilà autant de preuves qu’un instituteur doit donner de ses sentiments de piété.
8° La pureté de mœurs.—Celui-là est indigne de conduire l’enfance dont l'imagination n'est pas réglée, dont les pensées et les affections sont désordonnées, qui n’a de retenue ni dans les paroles ri dans les gestes. L'’innocence des enfants est une fleur délicate, que le moindre souffle impur peut flétrir. La fréquentation d'amis débauchés, la lecture des romans, l’éloignement des sacrements, exposeraient la vertu d’un maître à de grands dangers.
40 L'humilité.—C'est la vertu fondamentale, de manière que toute vertu qui n’est pas basée sur une véritable humilité, ne peut être ni solide ni durable. Etre humble, c’est se bien connaître soi-même. Si l’on a du talent, si l’on a quelque avantage extérieur, on ne peut s'em-
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pêcher de le savoir ; mais, si l’on est modeste, on n’en tirera pas vanité, on en rapportera toute la gloire à Dieu, on ne songera pas à mépriser les autres, Sans humilité, un instituteur se fera une idée exagérée de ses connaissances, il cherchera à faire parade de son savoir (surtout si celui-ci est faible), il tombera dans le pedantisme et se rendra ainsi ridicule, peut-être insupportable, aux yeux des gens sensés. Avec de la modestie, au contraire, il sentira la nécessité d'augmenter continuellement par l'étude ses connaissances trop souvent superficielles ; il recevra volontiers des avis; il prendra en bonne part les observations, même les reproches de ses supérieurs ; il aimera à consulter, il en éprouvera le besoin ; son mérite percera à son insu et comme malgré lui ; en un mot, par son manque de prétentions il acquerra l’estime générale. En d’autres termes, un maître médiocre, mais hüumble, jouira d’une plus grande considération qu’un maître plus instruit, mais orgucilleux.
Au reste, l'homme vraiment capable est toujours modeste ; celui qui sait peu est ordinairement porté à être tranchant, ÿ ne doute point.
59 La prudence.—Cette vertu règle toutes les actions d’un instituteur, de manière À lui faire éviter ce qui pourrait nuire à sa propre réputa-
tion ou au succès de son école ; elle est la conséquence du tact. C'est elle qui, pour les règlements, les innovations, les menaces, les punitions, les récompenses, empêche un maître d'adopter aucune mesure calculée à causer plus de mal que de bien. C'est elle qui le tient éloigné des divisions qui peuvent existe: dans la paroisse ; elle encore qui le détourne de fréquenter assidûment telle ou telle maison ; elle enfin qui lui fait régler toutes ses démarches de façon à ne donner aucune prise à la malveillance.
60 La discrétion.—De même que la prudence règle les actions d’une personne, ainsi la discrétion lui enseigne à surveiller ses paroles et ses écrits. Le maître discret ne dit donc jamais rien qui puisse le compromettre aux yeux des enfants ou des parents. Mais s’il doit ainsi s'observer sur ses propos, combien plus ne doitil pas être circonspect sur ce qu’il écrit ! En effet, les paroles s’envolent, maïs les écrits demeurent. C’est d’ailleurs souvent sur une simple lettre qu’un homme est jugé. L'instituteur sage prendra donc bien garde à ce qu'il pourra écrire pour lui-même ou pour les autres.
79 La douceur. On prend plus de mouches,” a dit un grand Saint, “avec un peu de miel qu'avec un tonneau de vinaigre.” Si donc l’instituteur veut se faire aimer des enfants,
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