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II. SOUS LA DOMINATION ANGLAISE

A la suite de la conquête, le Canada était trop épuisé pour que l’on pût de sitôt s’occüper d’un plan d’Instruction Publique. Il s’écoula une trentaine d'années avant que le Gouverne-

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ment prît aucune mesure à cet égard. Ce ne fut donc qu’en 1789 quele gouverneur, Lord Dorchester, nomma une Commission d'Education, composée de neuf membres, dont quatre seulement étaient Canadiens. Le plan que proposa cette Commission, excluant tout enseignement religieux des écoles et voulant les rendre communes aux catholiques et aux protestants, fut vivement combattu par l’évêque, Mgr. Hubert, et ne donna aucun résultat,

L'Acte Constitutionnel étant venu en force das l'intervalle, le Parlement bas-canadien passa cn 1801 une loi qui mettait les écoles sous la régie de l’Inslitution Royale. C'était une seconde tentative de protestantiser les Canadiens, qui n’eut pas plus de succès que la première, grâce à l'énergique vigilance du clergé catholique.

Après un essai infructueux de 23 ans pour soutenir ces école royales, la Législature établit en 1824 des Ecoles de Fabrique, c’est-à-dire que les fabriques étaient autorisées à consacrer un quart de leur revenu annuel au maintien de ces écoles, Sur la permission de l’Evêque, un bon nombre de fabriques profitèrent de ces dispositions de la loi, et en 1880 on comptait 68 écoles de ce genre.

Eu 1829, il fut passé une nouvelle loi, qui établissait des écoles élémentaires dans les dif-

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férentes paroisses, et leur allouait £20 par an ; de plus accordait £2000 par an pour la construction de maisons d'école, et faisait des octrois à plusieurs établissements d'éducation. Oette même loi encourageait l'introduction dans le pays du système mutuel appelé Lancastrien. Les écoles établies en vertu de éette loi se montait en 1886 à 1821, fréquentécs par 36,000 enfants, et en 1840, à 1569, fréquentées par 57,000 élèves.

Cependant, en 1885, la Législature adopta une loi pour la création de deux Ecoles Normales, l’une à Québec et l'autre à Montréal. On Pria le Rév. M. Holmes, membre du Séminaire de Québec, qui passait en Europe, de vouloir bien y acheter des instruments et se procurer des maîtres pour ces institutions. Il réussit à engager deux professeurs, qui vinrent en Canada l’année suivahte ; maïs les troubles civils, qui arrivèrent presque aussitôt, empêcha l’établissement de ces écoles. Néanmoins le Gouvernementavait confié aux Dames Ursulines de Québec le soin de préparer quelques institutrices, et six élèves étudièrent dans ce but jusqu’en 1838; ce sont Miles. Croteau (aujourd’hui Religieuse), Casault, Malherbe, Piché, Sénéchal (qui ont enseigné toutes quatre) et Colyer (qui est morte après quelques mois d'étude).

Sur ces entrefaites, eurent lieu les troubles politiques de 1837 et 1838, la suspension de la

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constitution, enfin l'union des deux Canadas. Ces divers événements interrompirent naturellement les progrès de l'Education parmi nous. Mais le Parlement du Canada-Uni passa bientôt, en 1841, une loi pour l'établissement d'écoles primaires. En vertu de cette loi, le Gouverneur nomma en 1842 un Bureau d'Education, composé de trois Surintendants : l’'Hon. Robert Jamieson, pour la province entière, le Rév. Robert Murray, pour le Ilaut, et le Dr. J. B. Meilleur pour le Bas-Canada. Des commissaires d’écoles, élys par le peuple, devaient faire rapport de leurs décisions aux Conseils de District, nommés par la Couronne. L’impopularité de ces Conseils rejaillit malheureusement sur les dispositions de cette loi d'éducation; et, malgré la bonne volonté de ceux qui étaient appelés à la faire fonctionner, elle n’eut guère d'autre résultat que de faire surgir un certain nombre d’écoles indépendantes.

Voyant cette opposition à la loi de 1841, qui imposait une taxe directe pour le maintien des écoles, les législateurs eurent la faiblesse, en 1845, de céder à ce préjugé populaire, d’abolir cette taxe, et d’y substituer des contributions volontaires. Mais les effets de cet amendement furent si nuisibles à l'avancement de l’Education qu’il ne put subsister qu’une année, et qu’en 1846 fut adoptée une nouvelle loi, dont les principales prescriptions sont encore en force

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et qui rétablissait la cotisation et la répartition obligatoire. En 1849 on permit de nouveau, par un amendement, la contribution volontaire, mais à la condition qu’elle soit réalisée dans le cours du mois de juillet de chaque année.

Il est difficile aujourd’hui d'imaginer l’opposition aveugle et acharnée qu'ofirirent, dans plusieurs paroisses, au fonctionnement de cette loi quelques hommes, qui y cherchaient une vile popularité et que le bon sens des masses a affublés du titre d’ééeignoirs. Il est également difficile de se figurer les obstacles qu’eut à rencontrer M. le Surintendant Meilleur, pour déterminer les gens à établir des écoles et à les supporter d’une manière quelconque : il a fallu un zèle à toute épreuve et une constance indomptable de sa part pour en triompher.

C’est sous son administration, en 1851, que furent établis des Inspecteurs d'écoles, officiers que nous osons dire indispensables au fonctionnement régulier d’un système d’Instruction Publique.

Cependant les Actes de 1844 et 1846 avaient organisé, à Québec et à Montréal, deux Bureaux d'Examinateurs, devant l’un desquels les instituteurs doivent subir une épreuve avant de pouvoir enseigner; un autre Acte, passé en 1858, en établit six autres, pour les Districts de

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Kamouraska, Gaspé, St. François, Trois-Rivières et Outaouais.

Dans ses rapports, M. le Dr. Meilleur suggérait la fondation .d'un Journal d'Education et celle d’'Ecoles Normales. Son successeur, l’Honorable M. Pierre J. O. Chauveau, ancien ministre, a pu, par son activité et sa persévérance, réaliser pleinement ces améliorations et beaucoup d’autres non moins importantes. Entré en charge en juillet 1855, il réussissait à obtenir des Chambres, dès le mois de mai suivant, des amendements bien désirables aux lois d'Education, la votation d’une somme pour la publication et la circulation d’un Journal de l'Instrucion Publique, et celle d’une autre somme

pour aider à former une Caisse de Retraite pour les Instituteurs devenus vieux.

La même loi établit un Conseil de l'Instruction Publique et en définit les droits et les devoirs. Ce Conseil fut organisé en 1859, et il nomma pour son premier président l’Honorable Sir Etienne Paschal Taché.

Dans la même session de 1856, M. Chauveau obtint aussi la passation d’une loi pour l’établissement et le soutien d’Ecoles Normales dans le Bas-Canada. Il ne perdit pas de temps pour les ouvrir, et il eut la satisfaction d'inaugurer à Montréal les Ecoles Jacques-Cartier et McGill

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le 8 mars 1857, et l'Ecole Laval à Québec le 12 mai suivant.

Il n’est que juste de reconnaître ici combien toutes ces mesures si importantes doivent de leur succès à l'énergie et au bon vouloir de l'Honorable M. G. E. Cartier, Procureur-Général pour le Bas-Canada.

Le Surintendant profita de l’occasion pour organiser des Conférences d’'Instituteurs en rapport avec les Ecoles Normales. Ces Associations ont tenu depuis lors des séances régulières trois fois l’année, et y ont discuté beaucoup de questions intéressant soit l’enseignement luimême, soit le sort de la classe enseignante.

Les instituteurs du District de Québec avaient cependant formé entre eux une Société dès le 15 mars 1845, et ils réussirent à la faire incorporer en 1849 sous le nom d’Association de la Bibliothèque des Instituteurs du District de Québec ; elle a compté jusqu’à 130 membres. Sa bibliothèque importante a été réunie à celle de l’Ecole Normale Laval, du consentement d’une assemblée tenue à cet effet.

Avec l’année 1857, M. le Surintendant commença la publication du Journal de l' Instruction Publique, et du Journal of Éducation ; ces revues sont rédigées, comme chacun sait, avec un süccès digne de la plume élégante et facile, du talent et des connaiïssances variées de celui qui a

entrepris cette tâche laborieuse, et d’une manière à nous faire le plus grand honneur à l’étranger.

Entrons maintenant dans quelques détails sur les progrès de l'Education parmi nous depuis le nouveau Régime.

Statistique générale. —Rappelons d’abord qu'outre les Universités et les Colléges, il y a trois sortes d’écoies pour la grande masse des enfants du peuple : des Académies, des Ecoles Modèles et des Ecoles Elémentaires. Un très-grand nom- -bre de ces Ecoles sont sur un excellent pied, et répandent une instruction solide et pratique.

Par le Rapport du Surintendant de l’Educa-

tion pour 1863 on voit que, dans le Bas-Canada, en 1853, on comptait 2352 institutions, avec 108284 élèves, et en 1861, # 3345 AU avec 180845 ‘‘

sous 4338 personnes donnant l’enseignement, c’est-à-dire qu’en 9 années, l’augmentation des institutions de toutes sortes a été d’environ 1000, et celle des élèves, d’un peu plus de 72500. On observe un progrès encore plus . considérable dans le nombre des enfants qui étudient les branches les plus importantes.

Ainsi, pour 1853 et 1861, le nombre d'élèves étudiant l’arithmétique est comme 1 : 84 la géographie :.,4::.03 l’histoire és RE PO | la grammaire française “ 1: 8% l'analyse grammaticale 1 : 114

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Il y avait aussi en 1851, 8 Universités.

7 Ecoles spéciales supérieures.

13 Colléges classiques.

14 Collèges industriels.

63 Académies de garçons ou mixtes.

84 Académies de filles.

£5 Couvents enseignants.

8 Ecoles normales.

4 Ecoles spéciales primaires.

243 Ecoles modèles, dont 193 de garçons.

2889 Ecoles élémentaires.

143 Ecoles dissidentes.

825 Ecoles indépendantes.

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