ÉDUCATION MORALE
L'éducation morale consiste À exercer, à développer et à fortifier les facultés du cœur; c'est elle qui travaille à en déraciner les vices et les défauts, et à y implanter, faire germer et croître les vertus et tous les bons sentiments. Elle est évidemment la partie capitale de l’éducation. À quoi servirait en effet de donner un maintien convenable à un enfant, de le rendre
souple, agile et propre, de développer son intelligence, si l'on ne soigne avant tout son cœur ?
Pour réussir dans l'éducation morale, l'instituteur doit étudier le cœur humain, exercer une surveillance constante, employer le tuct, la prudence, la patience et le zèle, surtout compter peu sur ses efforts, mais beaucoup sur la grâce divine, qu'il doit s'efforcer d'obtenir par la prière. Oui, ses peines seront vaines s’il ne demande souvent à Dieu de les bénir. Le cœur de l’enfant peut se comparer à une terre qu’il faut cultiver: ‘celui qui plante n’est rien, non plus que celui qui arrose; c’est Dieu seul qui donne l’accroissement. ”’
1° Etude du cœur.—Cette étude, de la part de l’instituteur, doit se commencer par lui-même. En se connaissant intimement, il connaîtra mieux les autres, tous les hommes se ressemblant plus ou moins dans leurs penchants et leurs dispositions. Mais à cette connaissance générale des hommes, qui lui est si nécessaire, il doit encore joindre l’étude non moins importante de l'enfant. Oar les premières époques de la vie se distinguent par certaines qualités et certains défauts qu'un maître ne doit pas ignorer, dont il doit tenir compte.
29 Surveillance continuelle. —Elle est de stricte rigueur, et doit s'étendre à tout: personnes,
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lieux, études, livres, dessins, gestes, jeux, paroles, postures, etc. Si, par l'indifférence ou la négligence de l'instituteur, il se commet avant, pendant ou après la classe quelque faute contre la morale ou autre, il en sera responsable devant Dieu et sa conscience. Maïs cette surveillance ne doit point devenir à charge aux élèves ; elle doit s'exercer si habilement qu'ils la sentent sans pour ainsi dire s’en apercevoir. Il faut qu'ils se sachent surveillés, mais quasi à leur insu.
Le maître doit ordinairement s'acquitter directement de cette surveillance, sans la confier à quelques enfants. Il doit cependant leur dire de l’avertir, lorsqu'ils sont témoins d’une faute grave et qui peut causer beaucoup de mal dans l’école. Maïs qu'il se défie d'encourager les écoliers à l’espionnage et à la délation.
8° Tuct.—Tout doit aider un maître habile à connaître et à conduire les élèves. Il saura louanger ou réprimander, encourager ou reprendre, récompenser ou punir à propos. L'éducation morale ne se donne pas à jour et à heure fixes ; l’instituteur met à profit pour cela toutes les occasions qui se présentent.
4° Prudence. —En reprenant certaines fautes, surtout contre les mœurs, le maître doit bien se garder de faire connaître à d’autres en'’nts le mal qu'ils ignorent. Dans ce cas il faut, tantôt
un avertissement privé, tantôt une réprimande à mots couverts. Certains élèves disent ou font des choses mauvaises, mais sans le savoir ; d’autres se scandalisent de paroles malséantes, mais non déshonnèêtes.
C’est la prudence qui empêchera l'instituteur de mettre ses écoliers dans une fausse conscience, en leur faisant croire mortelles des fautes purement vénielles, en disant, par exemple, à celui qui a prononcé un léger mensonge, qu'il a mérité l'enfer. Ce serait les exposer à commettre alors de vrais péchés mortels.
La prudence exige encore que les enfants se tiennent habituellement les mains sur la table, et que les petits garçons ne s’habituent pas à les garder dans leurs poches de pantalons.
5° Pativnce.—Le maître ne doit pas s’attendre à corniger les défauts de ses élèves tout-àcoup. De même que les mauvaises habitudes ne se contractent pas subitement, maïs par une longue suite d’actes répétés ; de même les bonnes habitudes demandent du temps pour se former et s'enraciner. Certain vice, longtemps entretenu, se change en une espèce de seconde nature: pour le faire disparaître, il faudra des semaines, des mois, peut-être des années d’efforts patients de la part de l’instituteur.
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6° Zèle.— C’est surtout à corriger les enfants de leurs défauts et à les porter au bien, que doit s'exercer le zèle d’un instituteur, Nous avons déjà comparé le cœur de ces enfants à une terre qu'il s’agit de cultiver; or quels soins, quelle attention ne demande pas cette culture ? Il faut arracher les mauvaises herbes, qui étoufferaient le bon grain, ou nuiraient à sa croissance ; puis, le terrain étant bien nettoyé, il faut le préparer
‘à recevoir la semence. De même, il faut dé-
truire dans le cœur des élèves les mauvais penchants, les inclinations vicieuses, dont une seule suffirait à tout gâter, et ensuite y semer les vertus contraires.
Ces enfants sont encore comme de tendres plants, qu’il faut protéger et soutenir. Prenons garde que, par notre faute, ils ne prennent un mauvais pli; comment redresser un arbre, lorsqu'il est parvenu à toute sa grosseur ?
L'éducation morale comprend le sentiment religieux, les mœurs, le caractère et la civilité.
Section lère.—SENTIMENT RELIGI] UX.
Nous n’entendons pas ici par sentiment religieux, un vague respect pour l'Etre Suprême, une sorte de déisme, que l’on appelle religiosité ; non, mais une vénération profonde et sincère de Dieu, de tout ce qu'il nous a révélé et pres-
critt Ne donner aux enfants que des principes généraux d’une morale toute naturelle, c’est pour ainsi dire bâtir sur le sable. Si l'on veut construire quelque chose de solide, si l’on désire leur fournir des armes efficaces contre les dangers qu’ils rencontreront plus tard, si l’on souhaite en un mot que leur vertu soit forte et
réelle, il faut l’appuyer sur la Révélation, sur .
les maximes chrétiennes, sur l’enseignement de l'Eglise. Apprenons-leur donc de bonne heure à aimer la Religion, ses mystères, ses commandements, ses fêtes, son culte ; que ce sentiment pénètre jusqu'au plus profond de leur âme, qu'il croisse avec eux, qu'il se fortifie de jour en jour par nos soins assidus. Ne formons pas seulement d’honnêtes gens suivant le monde; faisons de bons et fidèles chrétiens.
Section 2ème.—MŒURS.
Par mœurs nous entendons ici les habitudes bonnes ou mauvaises.
Pour accoutumer les enfants à la vertu, on doit surtout compter, après la grâce divine, sur leur volonté. Il faut donc s'appliquer à la fortifier, et l’on y parviendra principalement en les obligeant à se ployer à la discipline, à résister à leurs penchants trop naturels, et à montrer de la force morale, de l'énergie de ca-