ENSEIGNEMENT PROPORTIONNÉ À LA CLASSE
L'enseignement doit être proportionné—
19 À l'âge des élèves.—Ce n'est pas une des moindres difficultés deceux quicommencentà ins truire lesenfants, de se mettre à leur portée, de se faire comprendre d’eux, tout en s'exprimant correctement, surtout lorsque, par des études préalables, on a pris l'habitude d’un tout autre langage. : Il ne quffit pas en effet, on le conçoit, de donner de belles et savantes explications ; ï} faut de toute nécessité que les auditeurs les saisissent, et combien de chôses qui: paraissent parfaitement claires: à um maître et qui ne le sont pas pour les écoliers! Avec les: petits, il faut donc savoir so faira petit. La nourriturs
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du corps se proportionne à l’âge des individus ; la viande succulente qui soutient les forces de l’homme fait, serait un mets beaucoup trop fort, trop substantiel pour un jeune enfant ; elle : l'étoufferait. Il en est de même de la nourriture de l’esprit : un enseignement qui conviendrait bien à des jeunes gens, serait trop élevé pour des enfants d’un âge tendre ; il passerait au-dessus de leur tête.
20 À l'avancement des élèves.—Beaucoup d’explications doivent être ‘Téservées pour les élèves qui repassent ou qui approfondissent leurs matières, et être omises avec ceux qui les voient pour la première fois. Le maître d’ailleurs doit acquérir bien des connaissances qu'il n’est pas à propos de communiquer aux écoliers.
Au reste, que de manières différentes de donner des explications sur la grammaire, l’histoire, la géographie ! Une leçon sur un sujet quelconque se donnera-t-elle de la même façon dans une université que dans un collége, dans une académie que dans une école élémentaire ?
80 Au genre d'école que l'on tient. — C'est une manie bien déplorable parmi nous, que cette ambition de chaque école, de chaque maison d'éducation, de s'élever au-dessus de son niveau, Tout ce que l’on voit faire, tout ce que l’on voit enseigner aux autres, on veut le faire, l’enseigner sbi-même ; et c'est ainsi que l'on déclasse les élèves, qu'en leur donnant uné
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instruction qui ne convient pas aux circonstances où ils se trouvent, on prépare le malheur de toute leur vie. Que chaque instituteur tienne donc strictement à n’enseigner dans son école que les matières indiquées par la loi et par les règlements ; qu'il ne se rende pas ridicule en introduisant dans sa classe des branches qui n'ont aucune proportion avec l’âge, la capacité, la destination de ses élèves, avec l'état, les moyens de leurs parents, et le temps qu'ils peuvent passer à l’école. C’est à peine si l’on peut faire quelques exceptions bien rares pour des enfants d’un talent et de dispositions extraordinaires ; encore vaudrait-il mieux, dans ce cas, envoyer les élèves à un établissement d’un genre supérieur.
Le défaut que nous signalons ici, se fait peutêtre plus sentir dans les maisons destinées à l'instruction des jeunes filles, que dans les écoles de garçons ; l’effet du moins en est plus désastreux. Donnez à une fille d’ouvrier, appelée à gagner sa vie par la couture ; donnez à une fille de cultivateur, destinée à s'occuper de jardinage et de tous les travaux domestiques ; donnez-leur l’éducation convenable aux jeunes personnes de la plus haute société ; apprenezleur le piano, la harpe, la broderie, l’astronomie, la rhétorique, etc. etc: est-ce leur rendre service ? est-ce travailler à leur bonheur ? Non, bien cer-
tainement. C’est au contraire les rendre mécon- K
tentes de leur sort, honteuses de leur condition, incapables d’être utiles à leur famille. Lorsqu’elles viendront à s'établir, elles chercheront à prendre pour époux un homme d'une condition qu’elles s’imagineront être au-dessus de la leur, et trop souvent dissipé, peu religieux, ou sans industrie, très-fort en suflisance et en étalage, et sans doute aussi léger et prodigue. Si elles se marient à un ouvrier, à un cultivateur comme leurs parents, trop souvent elles mépriseront son occupation, elles s’ennuieront en sa compagnie, elles négligeront le soin de leur ménage. Voilà le triste avenir qu’on leur prépare par cette instruction déplacée qu'on leur donne ; voilà les mères frivoles et indifférentes que l’on réserve à la génération future ! Qu'on y réfiéchisse avant qu'il soit trop tard ! Que les institutrices tâchent de s'opposer à ce torrent, au lieu de se laisser entraîner par lui !
‘ARTICLE 6e.