DE L'ÉCRITURE
Avec lalecture, l'écriture doit être considérée par un maître comme une branche fondamentale d'instruction. Négliger l’une ou l’autre, sous prétexte d’ennui ou de dégoût, serait donc de sa part une faute impardonnable. Mais, si peu d'instituteurs peut-être négligent totalement l'écriture dans leurs écoles, un nombre considérable parmi eux semblent ignorer que c’est un art, quis’appuie sur des principes, et doit s'enseigner d’après des règles fixes: voilà pourquoi l'écriture est généralement si mauvaise.
Section lère.—TEMPS ET MANIÈRE DE COMMENCER L'ÉCRITURE.
Il eat. bien à propos de commencer à faire écrire les enfants aussitôt qu'ils commencent à
ats
un par ieu UX Jnt
1re
épeler, afin de trouver dans cet exercice une diversion à la monotonie de la iecture.
Pour ne pas les exposer à des dépensesinutiles, il est mieux de les faire d’abord écrire sur une ardoise, et plus tard avec un crayon sur une feuille de papier réglé.
Commencez par des barres: ceci les accoutumera à donner à leur écriture l’inclinaison et l'espacement convenables, pourvu que vous y veilliez de près. Cette inclinaison et cet espa-
cement peuvent s'ir liquer pat des lignes que
vous leur tracerez au crayon, Il ne faut cependant pas leur faire faire des barres trop longtemps de suite, cela les dégoûterait d’6crire; mais ils devront y revenir souvent dans les commencements.
Donnez-leur ensuite à copier les lettres minuscules détachées, en ayant soin de graduer les difficultés. Tracez-les d’abord devant eux sur le tableau noir, en leur montrant soigneusement par où commencer chaque lettre. Viennent en premier lieu celles qui n’ont qu’un corps, puis celles qui ont une tête ou une queue, eufin celles qui présentent le plus de difficulté.
" Voici à peu près l’ordre que vous pouvez suivre :
Lun M, vw, 7,8, 0e, a; 1, 1, b, j, % h, d'; f; P; D Y5k, 8, 2, 2.
Apprenez aux enfants, aussitôt qu'ils 6e
servent de la plume, à distinguer entre le plein et le délié des lettres. Dans les parties droites, le plein doit être de largeur uniforme dans toute la longueur ; dans les parties courbes, il doit commencer et finir graduellement. Il faut apporter un soin tout particulier au tracé des boucles, et à la longueur relative des têtes et des queues.
Si vous voulez que vos élèves parviennent à bien écrire, insistez sans cesse sur les règles suivantes pour les cahiers d’application :
19 Position du corps.—Le buste droit, ainsi que la tête ; le côté gauche un peu tourné vers le pupitre, et & une faible distance de la table ; la jambe droite perpendiculaire au plancher, la gauche en avant:
2° Position des bras.—Le coude gauche appuyé sur le pupitre, l’avant-bras étendu vis-à" ‘vis la main droite; le coude droit un peu rapproché du corps, les deux tiers de l’avant-bras appuyés sur la table.
8° Position des mains et des doigts.—La main gauche sert à tenir le papier; le poignet droit s’appuie sur le pupitre, ainsi que les deux derniers doigts, appelés respectivement l’annulaire et l'auriculaire. C'est le pouce et le plus long doigt, nommé majeur, qui tiennent la plume; l'index appuie dessus pour le tracé des Pleins.
in 4° Position de la plume.—Le manche doit être {l 28, assez long, passer vis-à-vis la troisième phalange ik te de l'index, et se diriger vers l'épaule droite. il n- Le bout du majeur étendu se place à environ ji. er uu pouce de la pointe d’un côté du manche, qu 28, mais jamais dessous ; le pouce, un peu plié, | 8. vis-à-vis de la première jointure du majeur. La } . plume doit être tenue légèrement. l es 59 Position du papier.—Le papier se place car-
rément devant celui qui écrit, un peu à sa droite.
id Il y a trois principales manières d'écrire : la
le première, à main posée, le poignet fixe, par le ‘1
la seul mouvement du pouce, de l'index et du l
la majeur ; la seconde, par le mouvement de la À main et de l’avant-bras, ce dernier glissant légè- É
p- | rement surle bord de la table; la troisième l
à" enfin, & main levée, n’appuyant absolument que
). la pointe de la plume. (Cette dernière manière
à d'écrire ne peut guère s’employer que pour les
lettres capitales et les signatures.
Les premières fois qu’un enfant écrira, on t pourra lui faire passer une plume sèche ou un crayon sur les lettres de l'exemple, sans marquer aucunement le papier, afin que sa main s’habitue 8 à la forme de ces lettres.
| Lorsqu'il commencera à se servir d'encre, il 8 sera bon de lui donner des plumes d'acier bien molles, afin de prévenir le pesanteur de la main.
Quand l'enfant aura copié rsudant longtemps des lettres séparées, on lu apprendra à faire les liaisons et à écrire des mots. Aussitôt enfin qu'on le trouvera assez ferme sur les lettres minuscules, on lui donnera les majuscules à tracer.
Section 2e.—OBSERVATIONS PARTICULIÈRES.
L'écriture à main posée est de trois sortes, en gros, en demi-gros, et en fin. Elle doit être dirigée par deux lignes parallèles, que les enfants doivent suivre scrupuleusement. Si, pour le Jin, il n’y a qu’une seule ligne, l’instituteur devra en tirer une seconde en crayon, au moins jusqu’à ce que l'enfant soit accoutumé à
beaucoup de régularité dans son écriture.
Le gros et le demi-gros donnent de la fermeté à la main, et permettent de mieux voir les défauts. On devra donc tenir les élèves bien longtemps à ces deux sortes d'écriture, et résister à l’empressement qu'ils montrent généralement à écrire en Jin.
Recommandez-leur aussi de ne point séparer les lettres d’un même mot, ou les parties d’une même lettre. Pour cela, il serait désirable qu’ils écrivissent tout un mot sans lever la plume pour mettre les points et les accents, croiser les 4, ete; autrement les reprises seront
sujettes à paraître. Veillez encore à l’espacement -des mots, au moyen de lignes au crayon, tirées de haut en bas dans chaque page.
Quant aux plumes, celles d'acier semblent bien préférables, dans les écoles, à celles d’oies.
Pour ce qui regarde les exemples, ceux qui sont imprimés ont un grand avantage sur ceux que le maître pourrait donner lui-même. S'il n’a pas une très-bonne main, il fera contracter aux enfants ses propres défauts. S'il a même une excellente écriture, il ne pourra jamais surpasser la perfection des exemples imprimés.
Ces exemples peuvent être en tête de chaque page, si le cahier est bien court ; mais pour peu qu’il soit long, les élèves seront exposés à négliger de regarder l'exemple, et il arrivera alors que les dernières lignes d’une page seront moins correctes que les premières. Il faut donc, dans ce cas, mettre l'exemple sur une bande de papier séparée, que l'élève aura toujours sous les yeux, et qu’il pourra descendre à mesure qu'il écrira, de manière qu'il le suive exactement.
Pendant le temps consacré à cet exercice, le maître donne d’abord les principes à toute la classe, et les éclaircit par des exemples qu'il pose sur le tableau noir. Puis il en surveille l'application,. soit d’une manière générale, debout. en. face des enfants, soit plus souvent.
d’une manière particulière, en faisant le tour des pupitres, si la disposition des tables lé permet. A chaque ligne il attire l'attention de l'élève sur les fautes qu'il a commises, de sorte que l’on voie rarement la même faute répétée plusieurs lignes de suite.
C’est encore une bonne chose de faire signer leur nom aux enfants au bas des pages de loin en loin, pourvu qu’on leur apprenne à le signer correctement. On peut y ajouter la date, le nom de la paroisse, etc.
Section 3ème.—SOIN DES CAHIERS.
Les longs cahiers (papier foolscap ou pot) sont bien difficiles à conserver sans que les pages en soient fripées et les coins roulés. Il vaudrait donc mieux les couper en deux.
Ayez soin pour garder les cahiers propres, 19 d’obliger les enfants à avoir les mains bien nettes, et à se mettre sous les mains un morceau de papier commun ; 2° de ne pas leur permettre d'emporter habituellement leurs cahiers chez leurs parents ; 8° de déposer ces cahiers dans une armoire, ou au moins dans un tiroir, et de les faire distribuer par des moniteurs au moment de l'écriture ; 4° de récompenser la propreté et de punir la négligence ; 5° d'exiger que dans chaque cahier se trouve un morceau
de papier buvard ; 6° de’ voir à ce que les encriers soient fixés dans les tables, et celles-ci au plancher.
C'est une chose qui donne une bonne réputation à une école, que des cahiers propres et soignés.
Il est utile de montrer aux examens le premier et le dernier cahier de chaque enfant pour le semestre ou l’année entière, afin que les parents et les autorités scolaires puissent faire la comparaison et voir les progrès que les élèves ont faits.
Section 4ème.—IMPORTANCE DE LA OALLIGRAPHIE.
L'art de bien écrire s’appelle calligraphie. Il est d’une grande importance, puisqu'on en fait beaucoup de cas dans les bureaux publics, dans le commerce, etc. On voit même assez souvent des personnes obtenir des situations avantageuses et gagner honorablement leur vie, uniquement par leur belle écriture.
D'ailleurs ceux qui n’ont pas eu l’occasion de s’instruire, ne seront pas en état de juger d’un examen sur la grammaire ou l’arithmétique ; mais ils s’apercevront facilemeut si les enfants lisent bien, et si leur écriture est soignée et régulière, et leurs cahiers en bon ordre.
Attachez donc uno’ haute importance à ce que vos élèves aïent une belle main. Tous n’ont pas les mêmes disrsitions naturelles pour la calligraphie; mais en vous y appliquant, vous réussirez à donner à tous une écriture passable. Exigez pour cela que tous les devoirs soient bien écrits; si l’on vous en présente de négligés, de préparés trop à la hâte, faites les recommencer. N'’en imposez pas non plus de trop longs à ceux dont la main n’est pas encore bien formée.
Mais, pour les besoins ordinaires de la vie, il ne suffit pas’ d'apprendre aux enfants à bien écrire à main posée; tenez surtout à leur donner une bonne expédiée, ou écriture courante et pratique. Les dictées, pourvu qu’elles ne soient pas trop rapides, peuvent contribuer beaucoup à ce résultat.
L'écriture cursive généralement employée dans le pays est l'anglaise. Quant aux autres, telles que la ronde, la bdtarde, la gothique, on ne s’en sert guère que pour les titres. L'écriture féminine est ordinairement anguleuse,
ARTICLE 4e.