DES LANGUES ÉTRANGÈRES
Parmi les langues étrangères vivantes, la langue anglaise seule s’enseigne dans un certain nombre de nos écoles. Avec beaucoup d'hommes bien pensants et amis de leur pays, nous croyons à l'existence d'une espèce de manie dangereuse là-dessus. Que ceux qui en ont besoin apprennent l'anglais, très-bien ; maïs vouloir l'introduire dans les moindres écoles de la campagne, c’est une chose ridicule, autant qu'une perte de temps. Dans les villes, l’enseignement de cette langue est devenu une nécessité, au moins pour les garçons ; dans les campagnes, il est à peine utile dans quelques localités pius importantes ou plus rapprochées des villes, ei pour les garçons seulement. Alors même il pourrait se borner à la lecture et à la traduction.
Ah ! comprenons-le bien : si nous voulons conserver nos institutions et nos mœurs canadiennes-françaises, nous ne devons pas mettre de côté la belle langue de nos pères, pour
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adopter uu autre langage. Ce sont surtout les hommes influents de chaque paroisse, qui devraient se constituer les gardiens et les protecteurs de notre langue.
Par rapport aux écoles où l’on 8e trouve dans l'obligation d'enseigner un peu d'anglais, disons quelques mots de la prononciation et de la traduction.
Section lère.—PRONONCIATION ANGLAISE,
Une condition essentielle pour bien prononcer l'anglais, est d'observer l’accentuation, c'est-àdire, la syllabe, dans chaque mot, sur laquelle il faut élever la voix. L'accent est ordinairement marqué dans les syllabaires anglais ; il change quelquefois complétement le sens des mots. Exemple : pres-ent (avec l'accent sur la 1ère syllabe) est un adjectif; pre-sen! (avec l'accent sur la 2de.) est un verbe.
Une autre chose qu'il faut bien remarquer, est la longueur des voyelles. Aïnsi, sheep est un moulon, et ship un vaisseau ; heat veut dire chaleur, et hil, frapper ; etc.
L'aspirahon doit aussi se fuire sentir dans beaucoup de mots où se trouve la lettre À ; autrement le sens est tout-à-fait changé. Ainsi as signifie comme, et has, a ; heat, chauffer, et eai, manger.
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Il est assez aisé d’habituer les enfants à prononcer correctement le {h, en leur faisant placer le bout de la langue entre les dents.
Rappelons-nous encore qu’une consonne entre deux voyelles se prononce très-souvent en anglais avec la syllabe précédente. Aïnsi é-cono-mie en français, ec-0n-0-my en anglais ; é-léva-tlion en français, el-ev-a-tion en anglais, etc.
N'oublions pas enfin qu’en anglais il n’y a pas de son nasal.
Section 2ème.—TRADUCTION DE L'ANGLAIS.
Pour apprendre aux enfants à mettre de l'anglais en français, ou réciproquement, on
peut leur faire dire un certain nombre de phrases dans le Vocabulaire ; on peut aussi leur donner à traduire des exercices gradués. Dans ce dernier cas, l’élève lit d’abord la phrase ; puis il la traduit mot pour mot, en ayant soin de faire les transpositions nécessaires ; enfin il donne le bon français.
Par exemple : He who is a virluous man, lives happy.” Il faut transposer virluous, et dire : ‘“ He, celui ; who, qui; 1s, est ; a, un; man, homme ; virluous, vertueux; lives, vit ; happy, heureux.” Ensuite le bon français.
Quant aux anglicismes, n'essayez pas de les ‘traduire littéralement, maïs rendez en le sens
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tout d’un coup. De même pour les auxiliaires will, shall, do, &ec.
Evidemment, les enfants doivent avoir un à dictionnaire, et savoir y faire des recherches. Expliquez-leur donc qu'il est arrangé par ordre 4 alphabétique, non-seulement par rapport à la F première lettre, mais par rapport à toutes les t lettres suivantes. Ainsi absent vient avant abstrail, à cause des quatrièmes lettres e et t; ‘4 longitude avant longueur à cause deïet de uw ; perceptleur avant perception à cause des huitièmes lettres eet à, etc. Ne vous contentez pas de ces explications, mais faites leur chercher beaucoup de mots devant vous dans le dictionnaire.
Section 3ème.—LANGUES MORTES.
Le latin et le grec sont les seules langues mortes qui s’enseignent communément. Elles sont indispensables à tout homme qui prétend
à une instruction tant soit peu complète: elles 1 le mettent en état d'étudier les chefs-d'œuvre | que nous avons dans ces langues ; elles lui | servent à trouver l’étymologie de beaucoup de mots; elles l’obligent à comparer ces langues anciennes à la langue moderne dans laquelle il les traduit, et par conséquent à en étudier la nature et le génie; elles développent son intelligence, agrandissent le cercle de ses con-
naissances, et le mettent au courant de la civilisation antique.
Quant à la question des auteurs payens et des auteurs chrétiens, elle est heureusement terminée, et elle a eu le bon effet de pousser davantage à l'étude des derniers.
Comprenons bien néanmoins que vouloir répandre partout sans discernement la connaissance du grec et du latin, c’est rendre un mauvais service, c’est causer un tort réel à notre pays. Déjà le nombre de ceux qui étudient ces langues, est bien trop considérable, vu le chiffre de notre population ; déjà nos professions libérales sont encombrées ; déjà beaucoup de jeunes gens ont abandonné la campagne pour venir végéter et se perdre dans les villes.
N'introduisons donc pas le latin et le grec dans nos écoles. On commence par une institution bien modeste, uniquement préparatoire ; bientôt on la convertit en collége plus ou moins classique. Ce qu'il nous fant, ce sont de bonnes écoles commerciales, et industrielles dans les villes, agricoles et pratiques dans les campagnes. Au nom du Ciel, ne visons plus de sitôt à accroître le nombre de nos collèges : ceux que nous possédons offrent à la jeunesse tous les avantages désirables et toutes les garanties possibles de dévouement, de savoir et d’habileté ; et la proportion de ces hauts établis-
ments d'éducation dépasse celle que l’on trouve dans les pays les plus anciens. Craignons, par un faux zèle, d'abaisser le niveau des études régulières.
Instituteurs, si, dans vos écoles, vous rencontrez quelques élèves doués de talents remarquables, et possédant le goût et les moyens de suivre un cours classique, présentez-les à monsieur le Curé, et, si vous êtes capable de vous en charger, sur l’avis de votre pasteur donnezleur quelques leçons particulières de latin, pour leur épargner l’ennui des premières classes ; mais encore une fois, ne cédez jamais à l’ambitieuse tentation de changer votre école en collége, même préparatoire.
ARTICLE 7e.