CHAPITRE X
La Discipline est le maintien du bon ordre :
c’est la partie essentielle dans la direction d'une école. La discipline en effet est indispczashle,
. —19 pour que l’instituteur ne ruine pas sa santé
en de vains efforts afin de dominer de la voix le bruit continuel qui se ferait dans la classe ; —20 pour que ses explications soient utiles: en vain donnerait-il l’enseignement le mieux préparé, le plus clair et le plus complet, si la dissipation empêchait les élèves de l'écouter ;—8° pour que le temps soit mis à profit : combien, dans une classe où règne le désordre, ne s’en perd-il pas, en effet, simplement à gronder et à punir ?—4° pour que les élèves puissent faire du progrès : lorsque la dissipation est l’état habituel d’une classe, elle est presque toujours accompagnée de paresse. D'ailleurs les enfants qui jouent et qui s’amusent, n’entendent point les explications du maître et ne peuvent en profiter, tandis que ceux qui veulent être sages, sont sans cesse dérangés et distraïts par les autres. Comment les progrès n’en seraient-ils pas considérablement retardés ?—5° enfin, pour que l’école acquière une bonne renommée:
rien ne donne une meilleure réputation à un
instituteur ou une institutrice que l’habileté à établir ou à maintenir la discipline. Beaucoup de personnes préfèrent ave: “aison un maître d'une instruction médiocre, mais qui a le don de se faire écouter, à un autre qui est bien plus instruit, mais qui n’a pas le talent de conduire les écoliers.
Quand on prend une nouvelle école, il faut y élablir la discipline à tout prix. Si c'est une ancienne école où elle règne déjà, il suffit de travailler à la maintenir ; si, au contraire, l’école a été mal conduite par le prédécesseur, il faut de toute nécessité y rétablir la discipline.
La maintenir est ce qu’il y a de plus aisé ; l'établir solidement présente bien des difficultés ; mais la rélablir, quand elle est disparue d’une Æcole, demande une adresse toute particulière.
Ne considérez cependant pas comme un vrai désordre une certaine liberté de mouvement, inhérente à la nature de l’homme, et surlout à celle de l'enfant. N'entreprenez donc point de faire de vos élèves des espèces de statues immobiles pendant des heures entières, ou des esclaves tremblant sous les yeux d’un tyran impitoyable,
Il y a en effet deux sortes de discipline : la discipline matérielle, que l'on pourrait appeler militaire, et qui s'arrête au bon ordre extérieur et apparent, et la discipline morale, qui modère
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et dirige l'esprit et le cœur, aussi bien que le corps. C'est celle-ci qu'il faut tâcher d'obtenir parmi les élèves.
Voyons, dans autant d'articles séparés, les principaux moyens d'établir ou de conserver la discipline.
ARTICLE lez.
DE L'AFFECOTION.
L'affection, lorsqu’elle est sincère et profonde, est un solide fondement de la discipline. Un maître qui est aimé de ses écoliers, est comme un père au milieu de ses enfants. Ils craignent de lui déplaire par leurs étourderies, de l’affliger par leur mauvaise conduite, de mériter ses reproches par quelque faute grave. Pour tout obtenir d'eux, il suffit à un tel instituteur de leur montrer que telle ou telle chose lui ferait plaisir, que telle ou telle autre le contrarierait.
Mais vous ne pouvez gagner ainsi le cœur de vos élèves, que s'ils sentent que vous avez pour eux une affection paternelle, que vous prenez un intérêt vif et réel à leurs succès, à leur avancement, à leur santé, à tout ce qui les concerne. Il ne s’agit pas ici d’un attachement factice, qui ne consisterait qu’en quelques bonnes paroles,
ni d’une amitié qui s’appuierait uniquement sur quelque agrément extérieur ou quelque amabilité de caractère ; non, maïs bien d’une affection solide, que ne rebutent point les défauts des enfants, ni même trop souvent leur ingratitude. Ayez en vue leur bonheur temporel et éternel ; qu’ils s’en aperçoivent, qu'ils en soient convaincus, et ils ne sauront rien vous refuser.
ARTICLE 2e.
DU RESPECOT.
Il ne suffit pas que les enfants vous aiment ; il faut encore qu'ils vous respectent. A l'amour doit donc se joindre la retenue, de manière qu'ils soient animés envers vous d'une affection révérencielle et d’une crainte filiale. Ce ne sont pas les coups qu'ils doivent redouter ; vous ne voudriez sans doute pas paraître vis-à-vis d'eux comme un régisseur au milieu d’une troupe d'esclaves. Ilest cependant des maîtres de cette espèce, devant lesquels les élèves n’osent ni lever les yeux, ni ouvrir la bouche, ni permettre le sourire à leurs lèvres; sorte de tyrans, qui parviendront à obtenir un certain ordre matériel, mais qui ne règneront jamais sur les cœurs.
Ce qui subjugue les volontés et les entraîne, ce
qui donne à un maître une autorité morale,
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raîne, ce morale,
un ascendant irrésistible sur ses écoliers, c’est un admirable composé de bonté et d'énergie, de gravité et de tact, auquel doivent céder les natures les plus brusques et les plus rebelles.
ARTICLE 3e.