DES REPROCHES
Un maître se trouve dans l'obligation d’adresser des reproches à un grand nombre de ses écoliers, maïs que ces reproches ne soient pas trop fréquents, surtout pas continuels. Il est des maîtres qui grondent, qui disputent sans cesse, comme il est des parents qui querellent, qui menacent leurs enfants du matin au soir: ce sont ceux qui réussissent le moins dans la grande œuvre de j’éducation. Les enfants g’habituent à ces criaïilleries sans fin, à ce tapage sans bornes, et ils viennent à n’en pas faire le moindre cas, ou bien à se fatiguer et à se décourager,
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Que les reproches ne soient pas non plus trop longs ; ce n’est pas le grand nombre de paroles qui produit le plus de fruit. Quelques mots partis du cœur et appropriés à l’âge et aux circonstances du coupable, sont toujours sûrs de faire impression. Evitez donc que les écoliers puissent vous accuser de leur adresser des sermons ; c’est ainsi qu'ils désignent malignement des exhortations à perte de vue et, pour ainsi dire, en plusieurs points que certains maîtres infligent.
Si la faute a été secrète, faites ordinairement votre réprimande en secret ; si eile a été publique, examinez-en la nature, consultez le caractère du délinquant, et décidez-vous ensuite à le reprendre publiquement ou privément, selon le cas.
Par les reproches il faut chercher à exciter chez les élèves : —
19 Les remords de la conscience.—Le sentiment religieux doit être le plus puissant sur des enfants élevés chrétiennement. Voir qu’ils ont manqué à un devoir essentiel, qu'ils ont transgressé la loi divine, qu’ils ont donné mauvais exemple, scandale à leurs compagnons, qu'ils sont devenus les véritables esclaves de quelque passion, comme la paresse, la colère, l'orgueil, l’envie, le mensonge, la gourmandise, etc.: c'en devra être assez pour leur in-
spirer du regret de leur conduite passée, et un ferme propos pour l'avenir.
2° La sensibilité. —C'est un bon signe chez un enfant que la sensibilité, pourvu qu’elle ne soit pas portée à l'excès, comme nous en avons déjà fait la remarque, qu’il ne soit pas un pleureur. S'il verse des larmes sur les remontrances que vous lui faites, il prouve qu’il a du cœur, des sentiments, supposé toujours que ce ne soit pas les coups qu'il craigne. De même, s’il déplore ses fautes à cause de la peine qu’elles causent à ses parents, il se montre par là même un fils affectueux.
8° Le sentiment de l’'honneur.—Faites lui sentir que par ces défauts, l’inattention, la négligence, le mensonge, la vanité, etc., il se rend un objet de pitié, presque de mépris, pour ses compagnons ; qu'il se trouve à la queue de sa classe, où exyosé à être fréquemment grondé et puni ; qu’il fait la honte de sa famille, et votre désespoir ; peut-être parviendrez-vous ainsi à raviver chez lui ce sentiment de l'honneur si puissant sur tout cœur bien né, à le faire rougir de sa conduite et à le remettre dans la bonne voie.
4° Le sentiment du devoir.—Inculquez profondément dans le cœur des élèves le sentiment du devoir ; qu’ils agissent, non par la crainte du regard de leur maître, mais parce que le devoir
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5° L'intérét.—Ce motif, qui est la cause de tant de fautes et même de crimes, peut aussi porter à l’accomplissement du devoir, quoiqu'il ne soit pas le plus parfait qu’on puisse désirer. Que l'enfant comprenne donc qu’en manquant à ses obligations, il perd, pour le présent, des places honorables dans la classe, l’occasion de paraître avantageusem‘nt aux examens et d’y recevoir des récompenses, et surtout son temps, les plus belles années de sa vie, qui ne reviendront pas : Time is money, disent nos voisins. Qu'il sente que, pour l'avenir, il se condamne à une ignorance honteuse ; il se met dans l'impossibilité de remplir convenablement aucune charge publique ; il nourrit des habitudes qui feront tout probablement le malheur de sa vie entière.
Quant aux reproches en général, défiez-vous du défaut trop commun de prendre certains enfants en aversion, et d’être à les disputer sans cesse : rien n’est plus propre à aigrir leur caractère, à les décourager complétement, et à les dégoûter du maître, de l’école et de l’étude.
ARTICLE 7e.