DES PUNITIONS
Impossible de conduire les enfants, de même que les hommes, uniquement par les sentiments : un théoricien seul peut s’imaginer le contraire. Des utopistes l’ont essayé dans des écoles.et des colléges, mais l'expérience est venue promptement donner un démenti à leur spéculation sentimentale. Autant vaudrait abolir les tribunaux et les prisons au sein de la société ; autant vaudrait prétendre que les lois peuvent se passer de sanction. N'oublions pas que l'observation de la loi divine elle-même s'appuie sur des récompenses et des châtiments.
Examinons quels doivent être le but et le mode de toutes les punitions, quelles en sont les différentes espèces, enfin quelle est la série de punitions qu'il convient d'adopter.
Section lère—DU BUT DES PUNITIONS.
Le but général des punitions est double :
procurer l’amendement du coupable et le bien général des élèves. Ainsi il faut avoir en vue, en punissant quelqu'un, —
1° De le corriger, de le châtier, en d’autres termes, de prévenir de semblables fautes de sa
même nents :
traire.
et des mptelation es triciété ; uvent s que \ppuie
et le n sont à série
uble :
à bien n vue,
part à l’avenir, et non précisément, comme beaucoup de personnes le pensent, de lui faire racheter le passé, puisque le passé ne lui appartient plus. Par le châtiment que vous lui imposez, décidez donc le délinquant à changer de conduite, et, pour cela, que la peine soit médicinale autant que possible, c’est-à-dire, prescrivez le silence à celui qui a abusé de sa langue, quelque
. travail spécial au négligent, etc.
2° Quand même le coupable serait sincèrement converti, et que vous seriez convaincu qu’il ne retombera plus dans la même faute, si cette faute est grave et scandaleuse, il est presque toujours nécessaire de la punir pour donner une leçon salutaire à toute la classe, réparer le mauvais exemple et empêcher les autres, par la crainte des châtiments, de limiter.
Concluons de ce qui précède :—19 qu'il vaut beaucoup mieux, quand on le peut, prévenir les fautes que de ne songer qu’à les réprimer, lorsqu’elles sont commises ;—2° que les punitions, pour être efficaces, doivent être rares ; autrement les élèves s’y accoutumeraient et en feraient peu de cas ;—8° qu’elles doivent être considérées comme une mesure extrême, regrettable en soi, et comme un dernier moyen de prévenir ou de réprimer le mal.
Section 2ème.—DE LA MANIÈRE DE PUNIR.
1° En punissant, on doit toujours observer la Justice, c'est-à-dire, traiter chaque élève suivant son mérite, La punition doit donc être proportionnée—1° à la gravité de la faute, d'après ce que nous avons dit à l'Article 4e. de ce Chapitre ;—29 à la conduite ordinaire de l'élève : on traite avec plus d’indulgence celui qui a coutume de bien faire, c’est une récompense qui lui est due ;—89 à son dge: il est certaines punitions qui ne conviendraient pas du tout à des écoliers plus vieux, et qui seraient parfaitement appropriées à de jeunes enfants ; on s'adresse de préférence à la raison, lorsqu'elle est suffisamment développée ;—4® à la position de l’écolier dans la classe : il est important de ménager l'honneur des premiers élèves, de ceux qui appartiennent aux classes les plus élevées ; c’est là un puissant levier de discipline, quand on sait s’en servir: non pas qu’on doive tout leur passer, puisque, quand ils manquent, ils sont plus coupables que les autres ; mais qu’on s'efforce de réveiller en eux le sentiment de ‘ l'honneur ; —5° assez souvent même, à l’éducation première de l'écolier : telle punition serait convenable pour un enfant robuste et élevé durement, qui serait excessive à l'égard d’un autre de tempérament faible, élevé délicatement
rer ia vant Dporès ce Cha- + on coue qui aines out à arfai- \; on u’elle Dsition nt de ceux yées ; juand » tout t, ile qu'on t de l'éduserait élevé d’un ment
et qui n’est pas habitué à être puni. La capacité de l'élève doit donc être prise en considération, aussi bien que son état de santé ou d'’infirmité. N'oublions pas, par exemple, que telle tâche ne demanderait qu’une demi-heure d’ouvrage à un élève avancé, et exigerait d’un petit enfant plusieurs heures de travail.
2° Necroyez pas devoir {out punir. Beaucoup de fautes isolées, qui ne proviennent que de la légèreté ou de l'irréflexion, pourvu qu’elles ne soient pas propres à introduire le désordre dans la classe, ne demandent qu’un signe de déplaisir, un regard sévère, tout au plus un mot d'avertissement ou de réprimande. L'autorité d'un maître s’userait bientôt s’il cherchait à la déployer à tout propos.
8? Corrigez avec calme de votre part et de celle de l'enfant. Nous disons de votre part, parce que la colère vous exposerait à perdre votre gravité et le sentiment de votre dignité, et à outre-passer les bornes, et aussi parce que les enfants s’en apercevraient, et que la passion qui vous emporterait, ôterait à la punition toute efficacité. Nous ajoutons de la part de l'enfant, parce que, si l'élève est en colère et hors de luimême, il ne se trouve pas en état de pouvoir profiter du châtiment que vous lui imposez.
Pour l'ordinaire donc, attendez, avant de corriger un élève, que vous soyéz de sang-froid et
meme Em rate de +
que lui-même soit calme. Cette règle ne souftre d’exceptions que bien rarement.
40 Autant que possible, que l'élève accepte la punition de bonne volonté, c’est-à-dire, qu’il en sente l’opportunité, la nécessité ; qu’il soit convaincu que votre devoir vous force à le châtier et que le bon ordre le demande. À quoi serviraitil de faire comme certains maîtres qui vont jusqu’à employer la force brute, et même jusqu’à engager une sorte de combat pour réduire un écolier à se soumettre ? Sans doute, vous ne devez pas reculer ; mais retarder n’est pas céder, montrer plus de raison que lui ne peut nuire à votre autorité.
5° En donnant une punition quelconque, il faut toujours rester dans les bornes de la modération.—1® Modération dans les paroles : ne jamais employer de termes trop bas et grossiers, n'avoir point recours à des expressions insultantes. Ainsi l’on peut appeler un élève dissipé, paresseux, impoli, malpropre, selon le cas; mais comment excuser les mots, cruche, bêle, âne, et autres semblables ?—2° Modération dans la matière dé la punition : la proportionner, comme nous l'avons dit plus haut, à l’âge, à la santé, à l'éducation et à la capacité de l’écolier, ainsi qu’à la faute même ; ne point lutter avec un enfant qui s’obstine et qui raisonne, de façon à lui augmenter indéfiniment une punition, et à
soufre
cceple la qu’il en oit conâtier et 2rviraitai vont jusqu’à uire un ous ne iscéder, nuire à
nque, il la modéles : ne rossiers, 8 insul- > dissipé, 8; mais , âne, et 8 la macomme santé, à er, ainsi vec un façon à ion, et à
être obligé plus tard de la lui diminuer. Nous entrerons un peu plus loin dans les détails, —39° Modération dans le mode : prouver à l’élève que ce n’est point par vengeance ou par mauvaise humeur qu'on le châtie; se montrer affligé dé la nécessité où l’on se trouve ; tempérer la punition par quelques paroles affectueuses ; enfin en restreindre l'effet à l'enceinte de la classe et à la maison paternelle.
6° Gardons-nous bien encore, par nos punitions, d’avilir un. élève à ses propres yeux et de le dégrader à ceux de ses compagnons.
Quelque coupable qu’il soit, ménageons son
:amour-propre, conservons dans son cœur une
étincclle d'honneur ; autrement quel ressort nous resterait-il pour agir sur sa volonté ?
Faisons lui entrevoir qu’il peut toujours se réhabiliter par le repentir et une meilleure conduite,
79 Comprenons que des punitions continuelles, ou même simplement fréquentes, sont propres à décourager les écoliers. Combien parmi eux se corrigeraient de leurs défauts, si, au licu de les punir sans cesse, le maître les encourageait à faire des efforts vers le bien, leur indiquait les moyens de s’amender, leur aidait même à s’en servir ? Oh ! comme ils trouveraiënt bonne une telle parole amicale et pater-
nelle, eux qui ne sont accoutumés qu'à des
rebuffades et à des châtiments !
Section 3ème.—DIVERSES ESPÈCES DE PUNITIONS.
Les punitions en général se divisent en deux espèces : punitions naturelles et punitions positives. Par punitions naturelles on entend celles qui résultent nécessairement d’une faute, par exemple, la honte, l'ignorance, la perte de l’estime, le chagrin et le déplaisir des parents, etc. Il est salutaire d’attirer l’attention des élèves sur ces suites funestes de leurs manquements ; tout enfant qui a bon cœur, y sera certainement très-sensible. Par punitions posiives on entend celles qui sont imposées par la volonté du maître.
Parmi ces dernières, on peut distinguer les châtiments moraux, destinés à provoquer uniquement la honte et à réveiller le sentiment de l'honneur, et les punitions corporelles, qui ont pour but d’exciter la sensibilité physique ; ces
‘ punitions corporelles cependant emportent aussi
toujours avec clles une idée de déshonneur et de flétrissure. -
Mais ici se présente une grande question :
les punitions corporelles doivent-elles être employées souvent, ou faut-il complétement les condamner ? Nous croyons être dans le vrai en nous tenant éloigné des deux opinions extrémes qui se rencontrent sur ce sujet, et en ré-